Zoom CCLJ avec Caroline Fourest: "Génération offensée"
Visioconférence du 8 février 2021 Caroline Fourest, animatrice de la soirée : Nadia Geerts

« C’est l’histoire de petits lynchages ordinaires, qui finissent par envahir notre intimité, assigner nos identités, et censurer nos échanges démocratiques.  Une peste de la sensibilité. Chaque jour, un groupe, une minorité, un individu érigé en représentant d’une cause, exige, menace, et fait plier.

Au Canada, des étudiants exigent la suppression d’un cours de yoga pour ne pas risquer de « s’approprier » la culture indienne. Aux États-Unis, la chasse aux sorcière traque les menus asiatiques dans les cantines et l’enseignement des grandes œuvres classiques, jugées choquantes et normatives, de Flaubert à Dostoïevski. Des étudiants s’offusquent à la moindre contradiction, qu’ils considèrent comme des « micros-agression », au point d’exiger des « safe space ». Où l’on apprend en réalité à fuir l’altérité et le débat.

Selon l’origine géographique ou sociale, selon le genre et la couleur de peau, selon son histoire personnelle, la parole est confisquée. Une intimidation qui va jusqu’à la suppression d’aides à la création et au renvoi de professeurs. La France croyait résister à cette injonction, mais là aussi, des groupes tentent d’interdire des expositions ou des pièces de théâtre… souvent antiracistes ! La police de la culture tourne à la police de la pensée.  Le procès en « offense » s’est ainsi répandu de façon fulgurante. « L’appropriation culturelle » est le nouveau blasphème qui ne connaît qu’une religion : celle des « origines ».

Sans jamais vouloir revenir à l’ancien temps, Caroline Fourest trace ici une voie authentiquement féministe et antiraciste, universaliste, qui permet de distinguer le pillage de l’hommage culturel.

Caroline Fourest est journaliste, essayiste, réalisatrice, cofondatrice de la revue ProChoix et éditorialiste à Marianne. Journaliste à Charlie Hebdo pendant l’affaire des caricatures, puis chroniqueuse au Monde, elle enseigne à Sciences-Po Paris sur « Faire société : entre multiculturalisme et universalisme ». Elle a écrit de nombreux essais sur l’extrême droite, l’intégrisme (juif, chrétien et musulman), le multiculturalisme et l’universalisme. Dont les très remarqués : Tirs Croisés (2003), Frère Tariq (consacré au décryptage du double discours de Tariq Ramadan, 2004), La Tentation obscurantiste (2005), La Dernière utopie : menaces sur l’universalisme (2009) et Libres de le dire : conversations mécréantes (avec Taslima Nasreen, 2010).

Nadia Geerts, agrégée de philosophie, a été longtemps professeur de morale non confessionnelle. Aujourd'hui, elle est maître-assistante en philosophie et en morale à la Haute Ecole de Bruxelles. Militante laïque, elle est également républicaine, féministe et antiraciste. D'une plume acerbe et sans langue de bois, elle est notamment l'auteure de « Fichu voile », « École, profs, élèves : la neutralité n'est pas neutre » et "Dis, c'est quoi le féminisme". 

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