Conférence d'Hélène Dumas sur son livre "Sans ciel ni terre" 18/03/2021

La présentation du livre par l’auteure sera suivie d’un entretien croisé entre Hélène Dumas, Esther Mujawayo, rescapée du génocide des Tutsi au Rwanda, co-fondatrice d’Avega et thérapeute et Félicité Lyamukuru, rescapée du génocide des Tutsi au Rwanda et présidente d’Ibuka Mémoire & Justice.

A partir des procès gacaca, Hélène Dumas s’est notamment intéressée aux conditions d’exécution des massacres à l’échelle locale, un premier travail à l'origine de l'ouvrage Le génocide au village. Le massacre des Tutsi au Rwanda qui analysait la proximité géographique, sociale et familiale des bourreaux et des victimes. Elle revient aujourd'hui avec Sans ciel ni terre. Paroles orphelines du génocide des Tutsi (1994-2006) qui cette fois donne à entendre la voix des enfants.

Dans les archives de la CNLG (Commission nationale de lutte contre le génocide), institution chargée de l’histoire et de la mémoire du génocide au Rwanda, plusieurs liasses de fragiles petits cahiers d’écoliers renfermaient dans le silence de la poussière accumulée les récits d’une centaine d’enfants survivants. Rédigés en 2006 à l’initiative d’AVEGA, association rwandaise des veuves du génocide, dans une perspective testimoniale et de catharsis psychologique, ces témoignages d’enfants ont été rédigés une fois ces enfants devenus jeunes adultes. La majorité d'entre eux avaient entre 8 et 12 ans au moment du génocide. Au moment de la rédaction, ils avaient entre 20 et 24 ans. Néanmoins, ces scripteurs s'écrivent “comme des enfants”, comme figés dans le temps du génocide. Le processus d'écriture et la traduction de ces textes constituent ainsi une démarche essentielle aux yeux d'Hélène Dumas, soucieuse de ne pas rajouter de violence à celle que ces rescapés ont déjà connue.

Ces jeunes femmes et hommes racontent en trois scansions chronologiques souvent subverties ce que fut leur expérience du génocide, de la vie d’avant puis de la vie d’après. Leurs mots, le cruel réalisme des scènes décrites, la puissance des affects exprimés, livrent à l’historien une entrée incomparable dans les subjectivités survivantes et permettent, aussi, d’investir le discours et la gestuelle meurtrière de ceux qui éradiquèrent à jamais leur monde de l’enfance.

« Ce qui était très frappant dans ces textes, c'est l'hypermnésie de ces rescapés qui décrivent avec une précision terrifiante ce qu'ils ont subi : (…) les manières de se cacher, de se nourrir, la mort de leurs proches... et l'aspect très concret des descriptions de la vie d'avant, (…) » Hélène Dumas sur France Culture, 17.12.20.

Tentative historiographique qui est aussi une mise à l’épreuve affective et morale pour l’historienne face à une source saturée de violence et de douleur. Loin des postulats abstraits sur « l’indicible », le livre propose une réflexion sur les conditions rendant audibles les récits terribles d’une telle expérience de déréliction au crépuscule de notre tragique 20e siècle.

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