Polémique

Bart De Wever et les Berbères

Mercredi 25 mars 2015 par Nicolas Zomersztajn

Le Président de la N-VA crée à nouveau la polémique en épinglant cette fois-ci la communauté « berbère » d’Anvers à laquelle il reproche son attitude négative en matière d’intégration. « Berbère », voici le nouveau lapin que nous sort Bart De Wever de son chapeau pour désigner une fois de plus les Marocains.

 

« Je ne suis pas raciste, mais… ». La précaution oratoire la plus connue des démagogues s’apprêtant à vous assener un propos bien raciste. Il y aura malheureusement toujours un juriste bien avisé pour rappeler que les propos de Bart De Wever sur les immigrés d’origine marocaine ne relèvent pas du racisme tel que l’a défini la loi.

Certes. C’est aussi un vieux refrain qu’on entend trop souvent. Il suffit de remplacer « Berbères » par n’importe quel groupe pour comprendre qu’on se situe face à une stigmatisation haineuse d’une population complètement essentialisée.

Pour rappel, voici ce qu’a déclaré entre autres Bart De Wever sur les plateaux de la VRT ce lundi 23 mars 2015 : « Ce que je veux dire c’est que, quand, pendant des années, les pouvoirs publics ne gèrent pas correctement l’intégration, cela peut provoquer comme réponse, chez les citoyens, du racisme. Cela crée une culture de la méfiance. Cela peut se traduire par une attitude très négative à l’égard de certains migrants, en particulier d’origine marocaine, notamment les Berbères, à Anvers. Ce que je veux dire, c’est que le racisme est le résultat, la conséquence, pas la cause de nos problèmes. Ceux qui pensent qu’en luttant contre le racisme on va tout résoudre se trompent ».

Après allochtone et musulman, berbère pourrait devenir le nouveau terme en vogue à Anvers dans les milieux nationalistes flamands. Est-ce un vieux tropisme d’historien qui pousse Bart De Wever à recourir à ce terme. De cette manière, il peut à nouveau montrer qu’il est très cultivé et qu’il rehausse à sa manière le niveau du débat. Rappelez-vous, quand il passait son temps à répéter devant les caméras des citations latines.

Ses propos sont inacceptables et il est temps qu’il présente ses excuses au lieu d’apporter des justifications à ses déclarations qui ne font que confirmer la stigmatisation de la communauté marocaine d’Anvers.

Et si Bart De Wever continue de parler des Berbères, il se peut qu’un jour les Juifs lui tombent aussi dessus et exigent de sa part des excuses. Car il ignore sûrement qu’avant les invasions arabes et musulmanes du 7e siècle en Afrique du Nord, il y avait des tribus berbères juives ! Et une de ces tribus, les Djerawa, s’est particulièrement distinguée grâce à une femme ayant pris la tête de la lutte berbère contre l’envahisseur omeyyade.

Cette femme, Dihya, est plus connue sous le nom de Kahina. Fille unique, elle a été nommée à la tête de sa tribu après la mort de son père. Dihya rassemble ensuite de nombreuses tribus de l'Afrique du Nord orientale (Algérie et Tunisie actuelles) pour déclencher la guerre contre les Omeyyades.

Elle défait par deux fois les armées omeyyades et règne sur toute l’Afrique du Nord pendant cinq ans. Vaincue en 693 dans la dernière bataille contre les Omeyyades, elle est faite prisonnière, puis décapitée au lieu-dit Bir El Kahina.

Bart De Wever joue un jeu dangereux. Une fois que la machine de la stigmatisation est lancée, il est difficile de l’arrêter. Le bourgmestre de la Métropole, première ville de Flandre, se doit de traiter et de parler de tous ses administrés en termes respectueux. Il en va de l’égalité de traitement des citoyens. Et ce n’est pas avec des préjugés dignes du café du commerce qu’il garantira la paix sociale et le vivre ensemble.

Une dernière chose. Dans son reportage (édition du mercredi 25 mars 2015) à Borgerhout (district d’Anvers), Frédéric Delepierre, le journaliste du Soir, a recueilli la réaction de quelques Anversois d’origine marocaine dans un salon de thé. Les propos d’Abdel, son interlocuteur, sont rudes, choquants, voire antisémites : « Avec les propos qu’il a tenus, j’ai encore plus l’impression que De Wever tient à protéger les Juifs ». Et son voisin de table d’ajouter : « De Wever est juif pour ce qui est de l’économie… » ! Aucune mise en perspective ni le moindre commentaire n’apparaît dans l’article. En revanche, le titre choc est au rendez-vous : « De Wever protège les Juifs » !

Loin de permettre au lecteur de mieux cerner la problématique, ce journaliste ne fait que reproduire tels quels des propos haineux sans les expliciter. Ce qui laisse entendre deux choses : il n’y en a que pour les Juifs, puissants chouchous du pouvoir communal. Et les Marocains sont tous des antisémites obsédés par les Juifs, leur argent et leur pouvoir. Une manière plutôt singulière et douteuse de dénoncer les préjugés racistes de Bart De Wever. 


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par SAMUEL - 25/03/2015 - 12:28

    Quel raccourci Monsieur Zomerstajn.
    Ce n'est pas digne de quelqu'un qui se dit journaliste.

  • Par Daniel Linden - 25/03/2015 - 12:39

    Où est le raccourci ? Je n'y vois rien d'indigne dans cet article.
    Daniel

  • Par Olivier - 25/03/2015 - 13:40

    Très bon article qui montre toute la bêtise, l'imbécilité et les limites vites atteintes des colporteurs de haine. Merci M. Zomersztajn !

  • Par Kalisz - 25/03/2015 - 13:41

    L'ennui, c'est que ces propos, rapportés sans aucun commentaire, justifient les propos de Bart De Wever: pour ces habitants marocains, souvent d'origine berbère , en effet, tout se ramène inévitablement à des histoires de Juifs!
    Ceci dit, lorsque j'ai fait mes repérages pour mon film en tant qu'étudiant à l'INSAS concernant des portraits de Juifs ( il y a longtemps, d'accord), j'ai trouvé une communauté juive très fermée ( pourtant en rapport international quant au commerce de diamants). Dans tous ces domaines, le jeu des paradoxes est infini.
    Décourageant, car personne ne fait les analyses sérieuses. On se contente de phrases très générales et parfois de pavés dans la Meuse, sans faire face à une réalité étayée réellement.
    Le MR s'insurge. O.K. Au nom de l'individu. Or comment ne pas voir que certaines communautés nient totalement l'individu faisant régner la loi communautaire. Là est souvent le problème et provoque, en retour, alors, des jugements globaux sur une communauté.

  • Par Etienne - 25/03/2015 - 17:37

    Bon texte de monsieur Nicolas Bart De Wever s'est à nouveau profilé comme l'animal politique du moment en trouvant les images qui flattent la fraction d'extrême-droite de électorat tout en restant en de-ça d'une action en justice menée contre lui. Comme le soulignait l'édito du Soir à ce propos: un démagogue mais pas un bourgmestre.
    Quant à la critique formulée par monsieur Zomersztajn contre la réaction du soir, je la trouve très, voire trop indulgente. Je suis abasourdi quand, à l'occasion de exhibition de Bart De Wever, je vois ce journal donner une fois de plus la parole à Abou Jahja. Je ne me risquerais pas à citer toutes les sorties proférées au fil du temps par d'Abou Jahjah qui dégageaient des relents antisémites . Il faut en effet être très exact quand on formule des reproches de genre. Ce serait pourtant un travail instructif dont le CCLJ aurait éventuellement la capacité de se charger - puis d'en transmettre les résultats aux rédactions des journaux de ce pays. Or Abou Jahjah n'est pas un pauvre immigré, un homme sans instruction se nourrissant des préjugés de la rue. C'est un intellectuel qui surfe sur une vague saumâtre, une vague de plus en plus grosse. Elle est aujourd'hui mortelle.

  • Par Hermine Leboutte - 25/03/2015 - 19:12

    Il faut faire votre introspection et vous demander « pourquoi » vous attaquez tellement Monsieur Bart De Wever ?

    Et si c'était vous qui ne le comprenez pas ?

    Je pense en effet qu'il vous faut regarder et comprendre l'intention réelle de ce monsieur. Je ne pense pas, moi, qu'elle est négative. Les Flamands ont le souci d'intégrer les étrangers chez eux... leur faire épouser leur culture flamande.

    Votre article n'est pas tendre avec lui, il serait en droit de vous le reprocher, me semble-t-il.

    Non, l'utilisation du mot « Berbère » n'est pas « une stigmatisation haineuse », comme vous l'écrivez. Les Berbères sont fiers de l'être... Cette appellation peut très bien, simplement, parler de Berbères vivant à Anvers.

    N'oubliez pas, je vous prie, que Monsieur Bart De Wever est « un grand amoureux de l'histoire... » (je ne fais que répéter un journaliste d'un quotidien belge francophone).

    Désolée de vous contrarier.



  • Par viviane tits - 25/03/2015 - 20:23

    Bonsoir,

    Je me demande si Monsieur De Wever connaît ne fusse qu'un seul Berbère.

    Je me demande même s'il serait capable d'en reconnaître un en tant que tel dans la rue.

    Il semble croire que seuls les Marocains peuvent être d'origine berbère, ce qui prouve qu'il parle visiblement sans avoir approfondi le sujet.

    Je trouve regrettable que les gens, et surtout les politiciens en particulier, abordent si souvent des sujets qu'ils ne connaissent pas ou presque pas, pour tenir des propos dont le seul but est d'attiser des haines.

  • Par Loos Pierre - 25/03/2015 - 20:35

    merci Nicolas pour cette analyse pleine de nuances et riches en connaissances historiques et géo politiques
    merci aussi pour le calme et la paix sous jacents
    pierre Loos

  • Par Pierre Lambert - 25/03/2015 - 20:36

    Bonjour,
    je vous laisse lire les commentaires d'un berbère à l'article du Soir :
    Mr De Wever devrait interroger les délinquants d'origine nord africaine sur leur régime linguistique et il remarquera de lui même qu'il n'y a aucun berbérophone parmi les prisonnier de droit commun ! Il y a, au contraire, des berbères arabophones - ceux qu'on appelle vulgairement les "arabes" - qui sont le résultat du laxisme des Autorités belges qui ont permis au gvnt saoudien, marocain, algérien, tunisien, etc. d'investir dans les mosquées et les cours d'arabe. Ce processus d'arabisation a mené ces berbères arabohones à la délinquance, à l'anti-sémitisme et au terrorisme. Il devrait savoir que celui qui a christianisé l'Europe n'était autre qu'un berbère (Saint Augustin), que Cicéron (grand penseur de la laicité) l'était aussi comme d'ailleurs le mercenaire et grand stratège à la solde des carthaginois, Hannibal .... Comment des gens dont la culture est si riche pourraient "ne plus se tenir"? Eh bien quand vous arabêtisez un berbère cela donne ceux que vous fustigez ! Essayez donc de leur enseigner leur culture d'origine à la place de l'arabe et de l'Islam et vous verrez....
    Dans ce que dit Bart De Wever (les hypothèses de son "raisonnement"), on ne peut rien dire : il est un fait que quart-monde berbère ne s'intègre pas comme les autres couches de la communauté nord africaine. Mais, que je sache, Hadja Lahbib (JT) est Kabyle (Berbère d'Algérie), le directeur financier de Renault est berbère, etc. et voici un lien non-exhaustif, car il faudrait rajouter ceux qui ne se déclarent pas comme tels : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_personnes_berb%C3%A8res .
    Ce qu'il ne dit pas c'est que la responsabilité de cette non-intégration incombe à ceux qui ont joué le jeu des pétro-dollars... comme le dit bien ce berbère au soir.
    Concernant les commentaires sur les juifs, il faut rappeler que chez les berbérophones, le juif fait partie de son univers collectif mais pas chez les berbères arabisés qui on tété amenés à les détester par l'idéologie arabiste que devrait critiquer Mr Bart De Wever.... Car c'est elle qui amène chez ces berbères arabisés la haine contre le juif et l'occidental !!!!
    Pierre Lambert

    Bien à vous

  • Par Michaël U. - 26/03/2015 - 10:30

    Quelles sont les "intérêts supérieurs de la Nation" qui justifient que la coalition fédérale tienne ? S'agit-il de simple échauffements par voie de presse ?

    Bart de Wever a accès au Parlement, il y joue la politique de la Chaise Vide. Quant il faut parler aux médias francophones : même topo : refus systématique.

    Et toujours cette dialectique de la stigmatisation avec cette généralisation absurde et insensée.

    Bravo à Nicolas d'avoir soulevé la phrase dans l'article du Soir reprenant cette tentative d'un seul témoin de mettre dos à dos les "berbères" et les "juifs". Puis cette volonté de partir combattre en Syrie. Comme si cette personne ne pouvait pas chercher à améliorer la situatoin de son pays qui est également le mien: la Belgique.


    Par contre, j e ne suis pas membre du MR et ce parti comporte de nombreuses personnes censées : combien de temps vont-elles continuer à accepter ces discours stigmatisants qui attisent les haines, les préjugés et les rancoeurs ? Il est temps d'un geste fort et courageux du premier ministre !

  • Par Metelo - 26/03/2015 - 17:23

    Qui suivre, si ceux qui nous gouvernent ne savent pas nous donner l'exemple de vivre en communauté, de manière juste et vrai.
    L'intégration en soit n'est pas un problème. Le vrai problème vient des coeurs et de manque de juste éducation humaine des uns par rapport aux autres, et de la reconnaissance de la culture de l'autre.
    Les cultures, sont là, selon le Créateur de tout Temps, pour se compléter et non pour se détruire ou inférioriser l'autre.
    Les peuples sont sur la terre, pour se compléter les uns les autres. Nous n'avons pas à imposer autres notre culture. Tous st e qui nous dirigent doivent chercher la Sagesse, comme le roi Salomon, pour unir les différentes communautés du pays. Développons plus le Bon pour noyer le Mal. Merci Nicolas pour votre analyse.

    METELO

  • Par Samuel Pienica - 13/09/2015 - 16:27

    Cher monsieur Zomerstajn,

    Pour une fois je ne peux pas m'identifier avec votre éditorial à propos de Mr. Bart De Wever. En ce qui concerne les réfugiés, migrants, ou immigrés, il n'a en aucune manière déclaré qu'il ne faut pas les accueillir. Concernant le devoir humanitaire de la Belgique il trouve que si il faut leur donner une aide leur permettant de vivre il y a , certainement au début, une distinction a faire entre les Belges ayant terminé une vie de travail et des personnes n'ayant pas encore contribué à l'économie du pays.
    A ce propos je tiens à mentionner que je suis également un petit-fils d'un immigrant. Mon grand-père est arrivé en début du vingtième siècle en Belgique venant de la Pologne. Il était reconnaissant de l'hospitalité de la Belgique mais n'a jamais demandé, ni reçu, une aide de l'Etat Belge.
    Je vous souhaite une très bonne bonne année 5776 et espère pouvoir continuer longtemps à lire votre éditorial.
    Sami Pienica