L'édito

Si je t'oublie Jérusalem...

Mardi 4 novembre 2014 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef
Publié dans Regards n°808

Cela devait se produire un jour. Il est même surprenant que des émeutes palestiniennes à Jérusalem-Est n’aient pas éclaté plus tôt. Depuis octobre 2014, Jérusalem, la « capitale éternelle et indivisible » de l’Etat d’Israël, n’a jamais aussi mal porté cette appellation que la Knesset lui a attribuée le 30 juin 1980 dans un excès de messianisme et de nationalisme.

 

Jérusalem n’a jamais été aussi divisée depuis que des émeutes ont éclaté dans les quartiers palestiniens de Jérusalem-Est. Ces violences ont atteint leur paroxysme le 22 octobre dernier lorsqu’un Palestinien de Jérusalem-Est a écrasé sa voiture sur un groupe de passants à un arrêt de tramway situé à la limite entre Jérusalem-Ouest et Jérusalem-Est, tuant une fille âgée de trois mois. Il a ensuite été abattu par la police.

Quelle est la cause de cette violence soudaine de la part d’une population plutôt pacifique ? Les quelque 350.000 Palestiniens de Jérusalem-Est accusent Israël de remettre en question le statu quo du Mont du Temple/Esplanade des mosquées en permettant à des Juifs religieux d’y prier. Mais ce sont surtout les expropriations et les expulsions de Palestiniens des quartiers de Sheikh Jarrah, Issawiya, et Silwan, ainsi que l’appropriation de leurs maisons par des colons israéliens qui ont mis le feu aux poudres. Tandis qu’ils voient se développer la colonisation israélienne dans leurs quartiers, les Palestiniens de Jérusalem-Est subissent également une politique d’abandon de la part de la mairie qui ne leur consacre que 10% du budget municipal, alors qu’ils représentent 38% de la population totale de cette ville « indivisible et unifiée » !

La colonisation de Jérusalem-Est n’est pas neuve, mais elle a pris une ampleur inquiétante depuis une dizaine d’années. Des mouvements nationalistes religieux et messianiques sont déterminés à expulser les Palestiniens de ces quartiers. Pour y parvenir, tous les moyens sont permis : titres de propriété douteux datant de la période ottomane, achat de maisons ou de terrain par le biais de sociétés écrans basés à l’étranger, etc. Au cœur de ce dispositif de colonisation, on retrouve une association : El Hir David (Vers la Cité de David), plus connue sous son acronyme « Elad ». Elle a aménagé un parc archéologique au sud du Mont du Temple et au nord du quartier de Silwan. Selon les références bibliques, il est situé sur l’emplacement originel de la ville de Jérusalem à l’époque du Roi David. Mais loin d’être guidés par la curiosité scientifique, les responsables de cette association ne se sont pas contentés de créer un site touristique aux prétentions archéologiques contestées. Ils poursuivent en réalité l’objectif politique de renforcer le caractère juif de Jérusalem et de créer une majorité juive dans les quartiers palestiniens de Jérusalem-Est.

L’attitude des autorités israéliennes n’est hélas pas neutre. Si Elad est une association privée, elle bénéficie non seulement de subsides publics, mais elle mène ses opérations d’appropriation immobilière avec la complicité des autorités municipales qui prennent souvent soin de transformer ses revendications religieuses et idéologiques en plans d’aménagement !

Ce processus de judaïsation de Jérusalem-Est illustre parfaitement ce mélange malsain entre politique et religion. Il entraîne l’Etat d’Israël et ses institutions à légitimer des discours fondamentalistes religieux et à avaliser des pratiques politiques et administratives contraires à la démocratie et l’Etat de droit. Une fois le processus lancé, il est difficile d’y mettre fin. Car pour ces colons nationalistes religieux, les lois de l’Etat d’Israël contraires à leur idéologie n’ont aucune valeur. Ils perçoivent d’ailleurs la démocratie comme un concept non juif sans aucune signification face à la sacralité de la Terre d’Israël que Dieu a donné toute entière au peuple juif.

« Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie. Que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens toujours de Toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies », peut-on lire dans le Psaume 37. Face à l’explosion de la violence et à la colonisation des quartiers palestiniens, ces propos ont une résonnance insupportable. En voyant les fous de Dieu juifs transformer Jérusalem-Est en un nouveau Hébron à plus grande échelle, on est bien loin du centre spirituel du peuple juif censé éclairer le monde par sa sagesse.


 
 

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  • Par Willy Lermer - 11/11/2014 - 18:00

    Je viens volontiers aux conferençes du cclj car he les trouve intéressantes et enrichissantes culturellement et intellectueelement.
    Ceci étant' je ne suis pas un homme de gauche, bien que je n'aime oas trop le clivage verbal gauche-droite, un peu simpliste a mon sens. Je ne sus pas religieux ou pratiquant non plus, bien qu aimant la tradition juive, qui fait artis de mon patrimoine culturel et national, national employé du fait que je fait partie de la nation juive et aussi de la nation israélienne.
    Donc, je veux juste dire queje ne suis oas du tout d'accord avec votre édito, qui est une critique dure envers les gouvernements présents et passes d'Israël, dont la politique ést et a été de REjudaiser Jetusalem. Pour vous' c'est un grios mot, pour moi, çe n'est qu'une correction d'une injustice historique, en effet, Jetusalem ést la capitale du peuple juif depuis plus de 3000 ans. Les juifs en ont été chasses par les europeens (romains), puis la ville a été conquise par les hordes arabo-musulmanes, totalement étrangères a la région jusqu'é 633 après jesus Christ. Donc, pour moi, les colons sont bien ,es arabo-musulmans et non les juifs qui sont bien chez eux.
    Le même phenomene de conquete musulmàne, plus calme pour l'instant , ést en train de se produire en Europe aujourd'hui. Est-ce que Lex europeens défendront leurs cités comle les israéliens le font pour Jerusalem ? Je pense que vous avez compris mon point de vue sur Jerusalem.

  • Par BêMeRb - 14/11/2014 - 13:30

    Cette ignominie de détourner les livres saints et l'histoire est la cause de cette violence extrémiste.
    Premièrement sur le fait que Dieu a donné la terre sainte au peuple juif est fausse. Cette terre est l'héritage des enfants d'Abraham, et n'oublions pas qu'il a eu 2 fils : Ismael et Isaac. Par conséquent, religieusement cette terre appartient à la descendence des 2 fils d'Abraham et non à un seul.
    Ensuite cette fausse idée que le peuple juif a été expulsé par les romains : l'histoire, et de nombreux travaux effectués prouvent que seule une minorité a fuit, le reste, c'est à dire plus de 80% a soit "fait avec", soit dans la majeure partie s'est convertie au christianisme, puis plus tard à l'Islam.
    Des recherches scientifiques américaines ont d'ailleurs conclu au caractère génétique sémite des Palestiniens. Ainsi les Palestiniens d'aujourd'hui ne sont autre que les hébreux d'hier. La terre sainte est donc leur terre au même titre qu'elle l'est bibliquement et historiquement des juifs actuels, comme celle des chrétiens qui sont eux aussi des juifs convertis au christianisme (Jésus étant juif à l'origine).
    La suprématie du peuple juif n'a donc lieu d'être sur cette terre.

  • Par RAPACE - 14/11/2014 - 17:28

    Je vous cite " La colonisation de Jerusalem Est" Quelle colonisation??? On commence par Jerusalem et on termine par Tel Aviv , Haifa,Safed,Herzliya etc etc