Culture/Cinéma

Guet. Le procès de Viviane Amsalem

Vendredi 22 août 2014 par Florence Lopes Cardozo

Intense, prenant, révoltant, Guet, sélectionné dans la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2014, témoigne, au-delà de l’histoire de Viviane, de la condition des femmes à travers le monde, regardées par la loi et les hommes, comme inférieures à eux, parce que femmes.

 

D’abord, il y a ce rouge, celui qui tapisse l’affiche du film et ses génériques de début et de fin, le rouge intense des yeux rougis, de la colère, de l'interdit, de la vie, de la rupture, de la violence ou du sang bouillonnant. Après quoi, les réalisateurs Ronit Elkabetz et son frère Shlomi nous projettent dans un huis clos de deux heures de tension soutenue. Face aux trois rabbins détenteurs de la loi, Viviane, séparée de son mari depuis trois ans, demande le divorce pour cause d'incompatibilité. Pas de faute, pas de délit, elle demande « juste » « son » guet, sa liberté enjointe de sa reconnaissance légale. Son mari, Elisha Amsalem, le lui refuse. Dès les premières images, les premiers regards, les premiers mots, le ton est donné.

Respectivement défendus, l’une par un avocat laïque, l’autre par son frère rabbin, les deux protagonistes pénètrent les méandres d'une justice religieuse, incontournable dans la démocratique Israël.

Séquestrés avec les protagonistes face à un « jury » vaseux, qui semble perdre et pied et la face, nous traversons, aux côtés de Viviane, une guerre des nerfs, une guerre des sexes, une guerre de pouvoirs inégaux. Parce qu'acter la volonté d'un être -d'une femme en l'occurrence-, ne suffit pas, le système s'engouffre dans la recherche de cause, de faute et de justifications, s'immisçant dans l'intime. Surgissent l’incommunicabilité du couple, la fermeté de l'épouse dans sa décision, leurs souffrances respectives, le déni et le refus du mari de « libérer » sa femme... qu'il aime toujours.

Déferlent ensuite une galerie de témoins qui pensent savoir, masquent, manipulent, appuient, infirment. La famille, les voisins, les amis interviennent pour rabibocher, séparer, défendre, gaffer et par la même occasion parler d'eux, de leur rôle dans la vie, dans le couple, dans la société, se mettre en scène. Célibataires, mariés, la vie ne semble légère nulle part, de surcroit dans une société où tout le monde épie tout le monde. A la barre, le poids des paroles des femmes semble aussi plus léger que celui des hommes. Le procès avance d’un pas, recule de deux. La tension monte. Les séances sont interrompues, levées et reportées. Tel un cri muet, une souffrance sans fin, le temps s'étire outrageusement. Lieu de débat et de décision, le tribunal semble à l'abandon, ressemblant, en lui-même, à une prison. Prison psychologique, prison de liberté d’expression et encore, prison du temps. A la merci de la décision d'Elisha,  la cour semble piétiner la demande de la plaignante et stagne encore, pour tenter et retenter la conciliation, mieux, la réconciliation.

Huis clos

La couardise, la partialité, l’absence de dialogue, l’autoritarisme, le silence, la perversion dans les interrogatoires, dans le temps de parole ou le crédit accordé aux uns ou aux autres signent ce récit. La difficulté de la vie de couple, le droit au bonheur, l'inadéquation de la religion face à certaines questions cruciales, à la « modernité », l'individualité, l'inégalité de traitement des hommes et des femmes sont ici soulevées. Dans ce huis clos, l'air, le ciel, le bruit de la ville, de la vie n’a pas lieu d’être. Pas une vue en dehors du tribunal rabbinique, de ses couloirs et salles d’attente. Attente insupportable du « oui », attente de liberté, intimidation, supplice. Voilà Viviane, tel un oiseau en cage, privée d’air et de lumière.

Autour de Ronit Elkabetz qui traduit de son visage et de ses yeux expressifs un panel d'émotions des plus contrastées, on sera tout aussi interpellé par la prestance de Simon Abkarian, son mari à l'écran, qui, par une économie de moyen, suscite la plus vive irritation, mais aussi l'empathie. On savourera l'humanité de l'avocat incarné par l'avenant Menashe Noy et la roublardise malicieuse de Sasson Gabai. Le film, tout en sobriété, des décors aux vêtements, s'apparente à un double match de pressions, de regards explosifs, de mots et de silences, de présence et d'absence, de demande et de refus, de violences d'hier à celles de demain, hélas, en passant par celles d'aujourd'hui.

Le procès de Viviane Amsalem

Un film de Ronit et Shlomi Elkabetz
Durée : 1h55
Israël - France - Allemagne
Sortie le 10 septembre 2014

Avant-première le lundi 1er septembre 2014 à 20h

à Bozar, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles

En présence de Ronit et Shlomi Elkabetz

Tarif normal: 10 € - Tarif réduit: 8 € Pour acheter des billets: bozar.be

Lire aussi notre interview de Ronit et Shlomi Elkabetz


 
 

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