Israël

La bombe démographique a-t-elle déjà explosé ?

Jeudi 24 janvier 2013 par O.W.

Publiée durant la récente campagne électorale, l’information est passée quelque peu inaperçue : depuis avril 2012, les Juifs sont minoritaires sur le territoire de ce que d’aucuns appellent « le Grand Israël ».

Le drapeau du « Grand Israël ?

En ce moment même, de difficiles, et sans doute longues, négociations sont en cours pour la formation du prochain gouvernement. Mais dans leurs discussions, les partis en lice aborderont-ils la question démographique ?  C’est peu probable.

Elle est pourtant essentielle, d’autant que les dernières statistiques  n’ont rien de rassurant : 12 millions de gens vivent sur les territoires de la Palestine mandature (Israël, la Cisjordanie et Gaza). Dont 5,9 millions de Juifs seulement.

Ils sont donc minoritaires.  Pas dans 10 ans, pas demain, dès à présent. Et il ne s’agit pas de propagande palestinienne. Les chiffres proviennent du Ministère des Finances d’Israël. Lequel se base sur ceux du Bureau central des Statistiques israélien.

Et comme celui-ci dépend des services du 1erMinistre, il ne devrait pas, à priori, être composé d’antisioniste gauchisants.  N’empêche, les tenants du « Grand Israël », à l’extrême-droite comme parmi les « durs » du Likoud,  ont affirmé sans hésiter qu’il y avait erreur.

Rectifiant le calcul de leur propre gouvernement, ils expliquent que, comme Israël ne contrôle pas la Bande de Gaza, il ne faut pas prendre en compte ses 1,5 million d’habitant. Du coup, il n’y a plus que 10,5 millions de gens en Israël et en Cisjordanie.

Parmi lesquels toujours  5,9 millions de Juifs mais face à  « seulement »  4,6 millions d’Arabes.  Les mêmes auraient aussi pu –mais ce n’est pas leur genre- reprendre les calculs d’un autre Bureau central de Statistiques, celui de Palestine.

Car, curieusement, celui-ci donne, même en incluant les Gazaouites, des chiffres favorables aux Juifs : en ce début d’année, ceux-ci seraient encore majoritaires (6 millions contre 5,8) et l’égalité ne serait qu’en 2016 avec 6,5 millions  pour chacune des populations.

Mais, toujours selon les statistiques palestiniennes,  en 2020 - dans sept ans !- les Arabes obtiendraient la majorité : 7,2 millions contre 6,9 millions de Juifs. Bien sûr, les partisans du « Grand Israël » rejettent  ces chiffres tronqués, fruits d’une propagande éhontée.

Et ils se lancent dans la bataille des ventres qu’Israël, prétendent-ils, est en passe de gagner. Cela parce que le taux de fécondité des Juives est passé de 2,4 enfants en 1995 à 2,9 aujourd’hui*.

Le Grand Israël : une guerre sans fin.

Alors que, durant le même laps de temps, celui des femmes arabes est tombé de 4,7 enfants à 3,5. Des chiffres indiscutables, affirment-ils : ils émanent du Bureau de statistiques israéliennes…

Souci : ces données ne concernent que les citoyennes juives ou arabes, d’Israël. Elles ne prennent pas en compte le taux de fertilité des habitantes des territoires palestiniens.  Lequel est aussi en chute libre, loin des 6,1 enfants des années 1990.

Mais il s’élève toujours à 4,4 enfants, bien plus que les 2,9 mis au monde par les Israéliennes. Réplique des colons et leurs amis : il n’y a pas de raison que les courbes s’inversent et donc il n’existe pas de menace démographique pour les Juifs. Ni maintenant ni plus tard.

On reconnaît là le raisonnement de gens pour qui le réalisme est rarement un souci majeur. Il suffirait que la crise économique s’aggrave pour que la natalité se stabilise en Israël. Et dans les pays arabe jamais, sauf erreur, le chiffre des naissances n’est descendu en dessous de 3.

Bref, un peu plus tôt (2030), un peu plus tard (2040), la balance démographique penchera du côté palestinien. Certes pour un individu lambda, un quart de siècle, c’est  bien loin. Mais pour qui entend exercer des responsabilités politiques, c’est un souci immédiat.

Qui plus est, en engageant cette guerre des bébés, l’extrême-droite pose comme une évidence le fait qu’Israël gardera d’une manière ou d’une autre  sous son contrôle la quasi-totalité des territoires occupés.  

Ce qui évacue, ipso facto, toute idée de négociations, de paix et pose donc la question des chances de survie d’un Etat condamné à une guerre sans fin. Alors qu’il existe une alternative pour qu’Israël conserve une incontestable majorité juive :

Renoncer à des territoires dont il n’a pas besoin, où la population ne veut pas de lui et que le reste du monde lui refuse. Transformer, avec quelques accommodements,  les lignes d’armistice de 1949-50 en frontières reconnues.

Et, dans ce territoire là, l’incontournable  Bureau des statistiques établit qu’en  2030, vivront 7,2 millions de Juifs et 2,4 millions d’Arabes. Les futurs dirigeants israéliens ne seraient-ils pas bien avisés d’intégrer tous ces paramètres dans leurs combinaisons politiques ? 

*Cette montée est due en bonne part aux ultra-orthodoxes qui ont en moyenne 6 enfants par famille. Mais comme ils deviendront anti ou (au mieux) a-sionistes, ils ne seront guère utiles aux partisans du Grand Israël

-http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Palestine-Israel-etat-binational/p-24034-Israel-quand-les-Juifs-seront-en-minorite.htm

-http://www.courrierinternational.com/article/2012/10/31/les-juifs-desormais-minoritaires

-http://www.israel-infos.net/Israel--2020-l-annee-du-basculement-de-la-demographie-9639.html

 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Lola - 31/01/2013 - 16:49

    Il serait temps que les politiques Israéliens prennent leur responsabilité et établisse la paix avec la cisjordanie, sinon c'est le lent suicide de cet état qui nous tient tous à coeur, c'est effrayant que le peuple juif après tout ce qu'il a subit pendant des siècles ne soit pas plus tolérant. Je prie tous les jours pour ce pays.