Israël : Du breuvage au nectar

Mardi 4 décembre 2007 par Catherine Dupeyron

 

Dans le cadre du 60e anniversaire d’Israël, nous débutons une série d’articles présentant des aspects très contemporains d’un pays qui s’est considérablement modernisé. Ce premier volet est consacré à l’industrie du vin, qui a connu une véritable révolution. Elle produit désormais des millésimes de qualité, dont certains sont reconnus dans le monde entier.

Finie l’époque, pas si lointaine, où les Israéliens ne buvaient qu’un breuvage liquoreux ou une piquette infecte, pour le kiddoush de Shabbat. « Ils boivent de plus en plus et surtout de mieux en mieux ! », souligne Jessy Bodec, consacré meilleur sommelier d’Israël en 2005. La révolution a commencé il y a plus de vingt ans. C’était en 1983, lorsqu’une poignée d’habitants du Golan décida de créer Golan Heights Winery, coopérative qui regroupe aujourd’hui quatre kibboutzim et quatre moshavim. Les premiers pieds de vigne avaient été plantés sur le Golan en 1976. Dès 1987, le Yarden, millésime 1984, se voit décerner une médaille d’or par le IWSC (International Wine and Spirit Competition), basé au Royaume-Uni. Une première, qui sera suivie de nombreux autres prix pour les différents vignobles israéliens, notamment en France qui reste une référence essentielle dans ce secteur. « Pendant longtemps, les vignes israéliennes étaient toutes situées dans la région côtière méditerranéenne, qui offre une terre sablonneuse, un climat chaud et humide, autant dire des conditions désastreuses pour produire un vin de qualité », souligne Adam Montefiore, directeur du département des vins à Carmel Winery. Les vignobles à flanc de coteaux en Judée, Haute Galilée ou dans le Golan, qui connaissent un climat sec, chaud en été, froid en hiver, et une terre bien drainée par les pluies hivernales, ont avantageusement remplacé les anciens; ils incarnent une révolution qualitative liée au terroir. « Cette révolution a été initiée par des nouveaux venus, Golan Heights Winery qui est devenu l’un des trois principaux acteurs du marché, mais aussi des petits domaines indépendants. Nous avons pris le train en marche », remarque Montefiore. Carmel, qui reste le premier exportateur de vin israélien, avait fait la première révolution du vin un siècle plus tôt. Lorsque les premiers sionistes russes débarquent en 1882 pour créer Rishon le Tsion, ils plantent, sous la houlette du Baron Edmond de Rothschild, les premières vignes en Eretz Israël depuis l’époque biblique. Le vin était un paramètre économique important dans toute la région jusqu’à ce que la conquête musulmane y mette fin. « Il n’y a pas si longtemps, l’image de Carmel était très mauvaise. On était perçu comme une industrie et non comme un vignoble », confie Montefiore. « Depuis, les choses ont bien changé. Le Johnson 2007, le guide du vin dans le monde entier, a placé un de nos domaines, le Yatir, dans son quarté gagnant », ajoute-t-il, non sans fierté. Les trois autres sont des petits domaines indépendants : Domaine du Castel, Flamm, Margalit.

Une véritable culture du vin

Pour s’assurer de la qualité de ses vins, Carmel a embauché en 2003 un nouvel œnologue en chef. Lior Laxer avait choisi de se former en Bourgogne; c’était de 2000 à 2002. « Un bon vin doit refléter l’endroit d’où il vient, et la Bourgogne est le meilleur endroit au monde pour comprendre l’importance du terroir dans la fabrication du vin. Là-bas, tout ce qui fait la spécificité d’un cru vient de la terre. La différence de terroir est même plus importance que je ne le pensais. J’ai été surpris par les différences existant entre deux parcelles de vignobles, l’une à côté de l’autre. Et il me semblait important d’étudier d’abord les méthodes ancestrales avant de m’intéresser au Nouveau Monde ». Il va ensuite dans le Bordelais où il apprend des techniques vinicoles plus scientifiques qu’en Bourgogne, puis part vers le Nouveau Monde. En Australie, il découvre les méthodes de travail dans une cave de production de masse, dernière étape importante avant de commencer sa carrière à Carmel en 2003. Passionné et exigeant, il n’a qu’un objectif : « Je veux que Carmel gagne un prix dans chaque catégorie ». Son rêve ? « J’aimerais que le vin israélien reflète le terroir israélien, que l’on reconnaisse mon vin à l’aveugle ». Parallèlement à cette révolution du savoir-faire, les consommateurs israéliens ont changé de goût ! Ils ont découvert le bon vin lorsqu’ils ont commencé à voyager dans les années 80, lorsque l’Etat a supprimé les taxes de sortie et que leur pouvoir d’achat a augmenté. Vingt-cinq ans plus tard, les Israéliens sont devenus des amateurs de vin. Ils ont presque aussitôt adopté le principe, assez récent en Europe, du vin au verre dans les restaurants, participent à des dégustations, prennent des cours d’œnologie ou achètent « le Rogov » (www.stratsplace.com/rogov/israel), le guide du vin israélien, comme d’autres achètent le Bettane & Desseauve, guide des 365 meilleures caves mondiales. Ainsi, le vin fait désormais partie de la culture israélienne. Si les grands vins sont, pour des raisons financières, réservés à une élite, les classes moyennes en font aussi l’apprentissage d’autant que « toutes les catégories de vin sont désormais de qualité correcte, même lorsqu’il ne s’agit pas de grands vins » signale Eli Ben Zaken. Il existe 200 cavistes répartis dans tout le pays. La revue mensuelle Vin et Gourmet participe aussi de ce mouvement ainsi que des événements grand public organisés sur le thème du vin. En octobre, le Musée d’Israël de Tel-Aviv accueillait la onzième édition du Festival du vin, qui a désormais son alter ego au Musée de Jérusalem au mois d’août. Au-delà de cette popularisation croissante du vin, il se dessine même une véritable culture du vin avec ses experts -goûteurs, œnologues ou sommeliers- et son Académie du vin à Tel Haï en Haute Galilée, une des nouvelles régions de vignobles de grande qualité. C’est dans ce contexte que le sommelier Jessy Bodec a décidé de créer Wine Society. Son entreprise conseille les restaurateurs qui ne peuvent pas s’offrir les services d’un sommelier mais qui tiennent à proposer une bonne carte à leurs clients, forme les responsables commerciaux des vignobles ou des jeunes qui veulent devenir sommeliers, ou organise encore des stages de dégustation. « De plus en plus d’Israéliens veulent éduquer leur palais aux bons vins ».

En chiffres • Israël produit 40 millions de bouteilles par an • 5 à 10 % pour l’exportation (55 % aux Etats-Unis, 35 % en Europe occidentale) • 75 % du marché est entre les mains de 3 caves : Carmel (www.carmelwines.co.il), Barkan (www.barkan-winery.com) et Golan Heights Winery (www.golanwines.co.il). • La consommation annuelle de vin par habitant est passée de 4 l à 8 l du début des années 90 à nos jours

*** Eli Ben Zaken, orfèvre du vin Le Domaine du Castel se trouve à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Jérusalem. Il produit le ‘Blanc du Castel’, comparé à un Meursault, le ‘Grand Vin’ et le ‘Petit Castel’, inspirés du Bordelais. Comment a commencé l’histoire du Domaine du Castel ?

Comme beaucoup d’Israéliens, j’ai découvert le bon vin quand j’ai commencé à voyager en Europe. J’ai étudié l’œnologie dans les livres. En 1988, j’ai planté mes premières vignes à côté de chez moi, soit un dixième d’hectare. En 1995, j’ai vendu la première cuvée -millésime 1992- soit 600 bouteilles. Ce fut un grand succès. Aujourd’hui, nous possédons 15 hectares de vignes, et la production annuelle moyenne est de 100.000 bouteilles, dont 40 % à l’exportation. Désormais, la demande est supérieure à l’offre, mais on ne peut pas produire plus. L’objectif est de faire un vin encore meilleur.

Quel est le secret de votre succès ?

Il n’y a pas de secret, il y a juste des critères de qualité. D’abord, il faut un bon terroir. Ici, on se trouve à 700 mètres d’altitude, la terre est riche en minéraux et bien drainée, les nuits sont fraîches même en été. Ensuite, je suis le seul en Israël à appliquer le principe de la forte densité, soit 6.700 pieds de vigne à l’hectare - en Israël, la moyenne est de 2.000 pieds. Et puis, tous les ans, on achète 200 barriques neuves de chez Seguin-Moreau -le meilleur tonnelier du monde- pour le ‘Grand Vin’, chacune coûtant 680€.

La production de vin est-elle une nouvelle manière d’être sioniste ?

Bien sûr. Le vignoble, c’est l’attachement à la terre, au pays et le désir de le faire fructifier.

Israël www.castel.co.il Belgique [email protected] (Tresor Wines, Anvers)


 
 

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