Israël/Portrait

La révolution tranquille d'Adina Bar Shalom

Lundi 3 octobre 2011 par Nathalie Hamou

La fille aînée d’Ovadia Yossef, chef spirituel de Shass, aime les chemins de traverse. Son cheval de bataille : mettre les « haredim » sur les rails des études académiques. Cette année, elle s’est mise au service des « Indignés » israéliens. Et a paraphé l’Initiative israélienne pour la paix.

 

La rencontre a lieu dans le café d’un centre commercial de Ramat Aviv, une banlieue cossue de la capitale écono-mique israélienne. Coiffée d’un béret bleu azur laissant dépasser une large frange brune, Adina Bar Shalom semble tout à fait à son aise. « Voilà 41 ans que j’ai choisi d’habiter à Tel-Aviv. On peut-être ultra-orthodoxe et très bien vivre au milieu des laïques. Mon père, lui-même, résidait boulevard Rothschild, lorsqu’il occupait le poste de Grand Rabbin de Tel-Aviv dans les années 60 ».

La fille aînée du chef spirituel du parti séfarade religieux Shass, le Rav Ovadia Yossef, refuse de se définir comme une rebelle. Et pourtant, celle qui s’est engagée cet été aux côtés des leaders de la « révolte des tentes », ce mouvement de protestation contre la vie chère et les inégalités, représente bel et bien une figure atypique du monde « haredi ».

Mère de  trois enfants (ndlr : la moyenne est de six dans la communauté ultra-orthodoxe), Adina Bar Shalom est de tous les combats, mais préfère le qualificatif d’activiste sociale à celui de révolutionnaire. « Se rebeller, c’est remettre en cause la tradition, moi je souhaite la perpétuer. Et puis, je ne suis pas la seule personne de la famille à avoir pris des chemins de traverse », précise-t-elle. « Ma sœur Rivka est devenue membre de la direction du grand syndicat Histadrout ! »

Son cheval de bataille : mettre les ultra-orthodoxes sur les rails des études et les préparer au monde du travail. Pour ce faire, Adina Bar Shalom a fondé en 2001 le Collège haredi de Jérusalem. Cette institution dispense une véritable formation académique à 1.350 étudiants issus du monde ultra-orthodoxe, en permettant aux hommes et aux femmes d’étudier dans des classes séparées. A l’origine de cette initiative, la volonté d’aider les « haredim » à améliorer leur situation socio-économique, mais aussi leur image au sein du pays. « Certes, la plupart des hommes en noir étudient la Torah et ne servent pas dans l’armée. Mais la société israélienne reproche au monde haredi d’être responsable de tous ses maux. On nous regarde comme une communauté oisive, qui ne paye pas son tribut à l’Etat : j’ai souhaité corriger cette perception », insiste celle qui se fait un point d’honneur à travailler bénévolement au sein du Collège haredi.

Indépendante

Soucieuse d’associer les ultra-orthodoxesà un authentique mouvement populaire, Adina Bar Shalom n’a pas hésité à prêter main-forte au comité d’experts alternatif -composé de soixante universitaires- qui s’est créé fin août pour aider les « Indignés » israéliens. « Les haredim font partie des couches faibles de la population, mais il n’est guère dans leurs habitudes de défiler dans les rues », souligne-t-elle. « En les représentant, j’ai souhaité indiquer que laïques et religieux sont dans le même bateau. Même si certaines réformes doivent intervenir pour aider la société haredi à évoluer». La fille de l’ex-Grand Rabbin d’Israël considère, par exemple, que la législation Tal, conditionnant la possibilité de mener des études supérieures avant l’âge de 23 ans au service militaire, est « contre-productive ». A ses yeux, ce dispositif ferme les portes du monde académique aux jeunes ultra-orthodoxes.

Issue d’une famille d’origine irakienne de onze enfants, Adina Bar Shalom a elle-même consenti à faire de douloureux sacrifices. A 14 ans, elle doit subir la volonté paternelle et interrompre ses études générales pour apprendre la couture. Après son mariage, elle se plie au souhait de son époux, et s’inscrit au collège de mode et de design Shenkar, après avoir renoncé à étudier la psychologie. Une discipline qu’elle est parvenue à proposer depuis trois ans aux étudiantes du Collège haredi...

Son engagement ne se limite d’ailleurs pas au terrain social. En avril, Adina Bar Shalom a paraphé l’Initiative israélienne pour la paix, pour une résolution du conflit israélo-palestinien sur la base de l’initiative arabe de 2002. Et s’est rendue dans la foulée à Ramallah à la rencontre de Mahmoud Abbas, avec les signataires. « Je ne suis pas plus de gauche que Bibi Netanyahou », confie-t-elle avec malice. « Simplement, je dispose de plus d’indé-pen-dance. Et mon père n’était pas au courant ! ».


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Daniel Donner - 5/10/2011 - 15:13

    "La fille aînée d'Ovadia Yossef"

    Je suis certain que s'il s'agissait d'un professeur de l'Universite vous feriez preceder son nom du titre de professeur.
    De meme s'il s'agissait d'un rabbin reforme ou conservative.
    Que penser du fait que vous fassiez une exception pour un rabbin orthodoxe? Et qui de plus n'est pas n'importe quel rabbin.

    "Son cheval de bataille : mettre les ultra-orthodoxes sur les rails des études et les préparer au monde du travail. Pour ce faire, Adina Bar Shalom a fondé en 2001 le Collège haredi de Jérusalem. Cette institution dispense une véritable formation académique à 1.350 étudiants issus du monde ultra-orthodoxe, "

    Bien plus, elle a commence avec une poignee ... de filles! Ce qui montre plus encore son succes, 1350 etudiants et etudiantes.

    Quant a ses initiatives de paix qui vous semblent si etranges au monde religieux, je vous rappelle que Shas faisait partie du gouvernement Rabin. De meme que Meimad d'ailleurs, englobe aujourd'hui dans Avoda.