Hommage

Marcel Hastir s'en est allé...

Mardi 6 septembre 2011

Doyen généreux et emblématique des artistes belges, résistant exemplaire, Marcel Hastir, notre « Mensch de l’année 2007 », s’est éteint paisiblement le 2 juillet 2011, à l’âge exceptionnel de 105 ans. Quelque 200 personnes ont assisté à ses funérailles en la Cathédrale Sainte-Gudule, à Bruxelles, pour lui rendre un dernier hommage. Extraits choisis des discours prononcés pour l’occasion, révélant toutes les facettes d’un homme admirable.

L’artiste-peintre

« (…) Vous avez commencé à dessiner très jeune, à 8 ans, sur les livres d’échantillon de papier peint que votre père adoptif, qui travaillait comme tapissier dans les châteaux, vous donnait.

(…) Ensuite, vous êtes allé à l’Académie de Saint-Gilles, puis à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Vos Maîtres étaient : Adolphe Crespin, Constant Montald, Emile Fabry, Jean Delville, Victor Rousseau, Emile Vauthier…

(…) Votre spécialité : les portraits, les femmes. La danse aussi, les paysages d’Italie, de Saint-Paul-de-Vence, de Grèce… Vous m’avez raconté beaucoup d’anecdotes sur les nombreux peintres que vous avez rencontrés : Picasso, Churchill, Ensor, Paul Delvaux, Magritte avec qui vous avez exposé et avec qui vous jouiez aux cartes !

(…) Quand je vous ai annoncé que j’allais continuer votre atelier de dessin, vous m’avez dit : « C’est bien, il faut continuer… Il faut poursuivre l’atelier et en faire un musée ». Vous allez nous manquer. Mais votre âme, Cher Marcel, est en nous à tout jamais ».

Bernadette Draye / administratrice de la Fondation Atelier Marcel Hastir, ancienne élève de dessin

Le résistant

« (…) J’aperçois de nombreux membres de la communauté juive ici présents ce matin. Et je puis assurer que chacun d’entre eux regrette le grand départ d’un ami sincère, de l’homme exemplaire, de l’idéaliste récipiendaire du titre de « Mensch », d’homme au sens le plus complet, octroyé, voici quatre ans, par le Centre Communautaire Laïc Juif.

Si aujourd’hui il paraît banal d’ouvrir une école de peinture, de rassembler des mélomanes pour un concert, d’inviter camarades et citoyens de toutes origines, notre ami, entre 1940 et 1944, s’affranchissait, s’aventurait accueillant, dans son atelier, des Juifs. Il jouait avec sa vie. 

(…) Marcel avait modelé une forme, sa forme, raffinée de résistance à l’oppresseur, celle d’utiliser l’écran de l’art pour des activités clandestines... Il avait fait croire aux envahisseurs allemands, documents parfaitement falsifiés à l’appui, que son Atelier était depuis longtemps une école de peinture.
(…) Marcel, nous tous, Juifs et non-Juifs, te sommes reconnaissants pour l’humanité, le répit prodigués avec tant de pudeur au cours de ces années de détresse. Nous te remercions et te promettons de protéger l’Atelier qui témoigne du passé, qui fait partie de nous 
».

Rivka Cohen / membre de l’ASBL Atelier Marcel Hastir, animatrice de l’émission « La Voix sépharade » sur Radio Judaïca

Le promoteur des jeunes talents artistiques

« (…) Quelle vie ! Quel parcours exemplaire ! Il me revient de vous parler du Marcel Hastir promoteur de jeunes musiciens à travers une tradition de concerts, une tradition de 75 ans…

(…) Sa biographie regorge d’anecdotes de générosité. Un exemple: son geste envers Jacques Brel, en juin 1954, auquel il fait cadeau de toute la recette de la soirée, pour que celui-ci s’achète un billet de train vers Paris. Nous connaissons la suite… Son geste envers Barbara, dans la même année, pour laquelle il engage un pianiste afin qu’elle puisse se construire un programme qui sera présenté à l’Atelier même, le 1er octobre, et qui donnera lieu à deux productions discographiques : son tout premier disque et son tout dernier disque, posthume, qui contient son concert à l’Atelier.

Deux exemples parmi des centaines d’autres. Marcel Hastir était fier de pouvoir dire qu’il avait organisé plus de 2.000 concerts.

(…) La scène culturelle belge -et même au-delà- a pleinement profité de la pépinière Hastir.

(…) Le hasard faisant étrangement bien les choses, voici deux semaines, trois jeunes musiciens récemment issus du conservatoire ont contacté notre centenaire pour lui demander de les autoriser à nommer leur trio « le trio Marcel Hastir ». Il accepta avec enthousiasme. Merci pour tout, Monsieur Hastir. Merci, Marcel ».

André Reinitz / Musicien, fondateur du groupe « Krupnik »

Le philosophe humaniste

« (…) En d’autres temps, il y a eu des génies universels. Difficile de nos jours, tellement les champs de la connaissance sont vastes. Mais Marcel Hastir, sûrement, était à la quête de l’universel. Il s’intéressait à tout - et avant tout, à l’être humain. Il a accueilli dans son Atelier -et dans sa cuisine- de grands humanistes, pacifistes, écologistes, comme Lanza del Vasto, le Père Pire, l’Abbé Pierre. Leurs idées, ses propres idées généreuses, elles n’ont pas seulement été proclamées dans son Atelier. Elles ont été vécues, aussi après la guerre - par l’accueil de réfugiés politiques, par l’attention constante portée aux jeunes.

Avec Marcel Hastir, nous disons adieu à un homme à la porte ouverte, à l’oreille ouverte, au cœur ouvert. Que son lieu de création et d’action puisse garder cette vocation de générosité, d’utilité publique ! »

Laurette Onkelinx / Vice-Première ministre et Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique

L’ami

Marcel Hastir repose désormais aux côtés de son ami Carl Sternheim.

« Après l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes en mai 1940, Carl Sternheim a dû se cacher à Ixelles - et Marcel Hastir était parmi ceux qui gardaient le contact avec lui, lui apportaient à manger.

(…) Il a été parmi la petite poignée d’amis qui a accompagné Carl Sternheim en 1942 sur son dernier chemin, au cimetière d’Ixelles.

(…) La nouvelle rencontre de ces deux grands hommes, ici, n’éclaire-t-elle pas ce qui a été le plus précieux dans la vie de Marcel ? La solidarité avec les persécutés, la volonté de vouloir aider l’être en danger.

Tout visiteur de ce caveau aura, devant la double inscription que le caveau portera, une double raison de recueillement, de méditation sur l’essentiel : un écrivain - un peintre; un Allemand - un Belge; un Juif - un Théosophe; un persécuté - un protecteur; deux âmes sœurs dans la lutte pour la dignité humaine, contre l’oppression ».

Roland Schmid / président de la Fondation Atelier Marcel Hastir et ami intime de Marcel

Il y a peu la Vice-Première ministre Laurette Onkelinx permettait d’assurer financièrement à l’Atelier l’avenir dont Marcel Hastir avait toujours rêvé. Haut lieu de la culture, où se retrouvent toute l’année des musiciens du monde entier, l’Atelier Marcel Hastir
(51 rue du Commerce, 1000 Bruxelles) continuera longtemps à porter ses valeurs humanistes et artistiques.

infos : [email protected]


 
 

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