Extrêmes droites

Likoud-Vlaams Belang, même combat ?

Lundi 6 juin 2011 par Ouri Wesoly

Un ministre israélien qui sympathise avec le chef du parti raciste Vlaams Belang. Erreur de casting ? Même pas. Juste de la politique de caniveau.

Ayoub Kara : ni un politicien débutant ni un imbécile.

C’est le mensuel « Joods Actueel », principal magazine de la communauté juive d’Anvers qui a révélé l’information : le Secrétaire d’Etat israélien au  Développement de la Galilée et du Néguev, Ayoub Kara, a rencontré ce 3 juin 2011 Filip Dewinter, chef de file du Vlaams Belang (VB).

Les deux hommes ont visité ce que le leader d’extrême droite flamand appelle les « quartiers islamisés » d’Anvers avant de tenir une conférence de presse commune. Une nouvelle qui a, c’est le moins qu’on puisse dire, choqué la communauté juive.

De son côté, l’Ambassade d’Israël en Belgique a déclaré ne pas être au courant de cette visite, faite à titre individuel. Des propos confirmés par le porte-parole de Benjamin Netanyahou qui a précisé que « cette visite ne reflète pas la politique du gouvernement ».

Mais, même s’il s’agit effectivement d’une « visite personnelle », l’étonnement des autorités israéliennes semble quelque peu surjoué : Ayoub Kara n’est ni un politicien débutant ni un imbécile. Député du Likoud depuis 1996, il n’est pas non plus homme à agir ou à parler au hasard.

En fait, c’est un de ces fers que la diplomatie israélienne actuelle garde avec soin au feu. Celui des contacts, plus ou moins discrets avec les extrêmes droites européennes. Un franc-tireur, donc, qui peut être sacrifié devant l’opinion publique... avant de reprendre sa mission ailleurs.

En réalité, la « visite personnelle » d’Ayoub Kara est une réponse à celle, tout aussi « personnelle », qu’avait faite Dewinter à la Knesset début décembre 2010. Il y avait été convié par le député Arié Eldad « d’Union Nationale » (extr. dr.). Une « initiative privée » de ce dernier, bien entendu...

Comment comprendre un rapprochement à ce point contre nature ? Que peut-il y avoir de commun entre un Dewinter qui cache peu sa sympathie pour les néo-nazis et les négationnistes et certains membres dirigeants de l’Etat juif ?

Un brevet d’honorabilité politique

Plus qu’on ne pourrait le croire : en premier lieu, ils partagent un socle commun d’idées : supériorité de son propre peuple, haine de la démocratie, prépondérance de la force... Ils ont aussi un adversaire commun.

Cela depuis que, non sans hésitations et restrictions mentales, le Vlaams Belang a remplacé, pour l’heure, le Juif par l’Arabe comme ennemi principal. Heureuse coïncidence, c’est aussi celui de l’extrême droite israélienne.

Enfin, des deux côtés, on ne trouve que des avantages à un tel rapprochement : Dewinter considère qu’une entente avec Israël vaut brevet d’honorabilité politique. Et, côté israélien, on estime que, question alliés, ce n’est pas le moment pour Jérusalem de faire la difficile.

C’est ce qu’a expliqué Ayoub Kara durant sa conférence de presse avec Dewinter : « Ces derniers temps, le Vlaams Belang est le seul parti qui soutienne franchement Israël ». Cerise sur le gâteau, ces extrêmes droites ont le vent en poupe dans toute l’Europe.

Quoi qu’il en soit, Ayoub Kara a été désavoué. Les temps ne sont pas mûrs. Comme pour la rencontre qu’il avait aussi espéré avec Marine Le Pen et qui a aussi manqué. Mais ce n’est que partie remise, tout comme le voyage de la Présidente du Front en Israël. En visite privée, bien sûr...

Et inutile de parler à cette droite israélienne là, d’honneur, de morale ou de mémoire. Tout cela pèse peu face à ce qu’ils considèrent comme de la haute stratégie. Mais que beaucoup voient comme la politicaillerie de bas niveau. Voire de  caniveau.


 
 

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