Catherine Fuhg : « Ah, si j'étais goy ! »

Mercredi 27 octobre 2010 par Propos recueillis par Perla Brener

 
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    Cinéaste de formation, Catherine Fuhg signe ici son premier roman en parlant avec sincérité et une sacré dose d’humour d’une problématique bien actuelle, celle de l’identité, juive en particulier. Elle viendra nous en parler plus en détails au CCLJ le mardi 9 novembre.
     
    Votre titre « Ah, si j’étais goy ! » résonne comme un cri du cœur. Est-ce si difficile d’être juif ?
    Si difficile, je ne sais pas, ce n’est en tout cas pas si facile. N’étant ni sociologue, ni ethnologue, ni philosophe, je ne m’autoriserai à parler qu’en mon nom, et, par dérogation exceptionnelle, en celui de Deborah, le personnage de mon livre. Pour elle, comme pour moi, la difficulté tient au « fait historique ». Pas au « fait religieux ». Il s’agit de la difficulté de vivre en milieu hostile, ou au moins, capable, à tout moment, de virer à l’hostilité. Cette menace pèse d’autant plus lourd que son origine n’a rien de rationnel, même si on a souvent tenté d’en expliquer les raisons. Les Juifs ont incarné pendant des siècles, avec succès, le rôle de bouc-émissaire, et ce rôle continue à leur être attribué, presque naturellement. Ainsi, la moindre crise, économique, politique, et les « Juifs » se préparent à la prochaine tempête. Il y a ceux qui font leurs bagages, pour être prêt quand « ça » éclate, ceux qui rentrent la tête dans les épaules, courbent le dos et espèrent que ça suffira pour résister aux vents de haine. Il y a ceux qui ferment les yeux, traitent les autres de « parano » en pratiquant avec ferveur toutes les méthodes recensées d’autosuggestion. Il y a ceux qui cachent leur identité. Les tactiques sont diverses pour tromper le destin, ou au moins essayer. Pour moi, donc, comme pour Deborah Pariente, alias Véronique Parent, être juif n’est pas si facile. Surtout lorsque l’on prend sur soi la responsabilité de mettre au monde des enfants, qui ne seront pas simplement des enfants, mais des enfants juifs.
     
    Peut-on échapper à son identité ?
    Ça dépend. L’identité est multiple. Je pense qu’on peut la cacher, mais pas y échapper. Peut-être en vivant seul sur une île déserte, en se soustrayant au regard des autres ? Peut-être. Mais la question n’est-elle pas plutôt : pourquoi vouloir échapper à son identité ?
     
    Ce livre évoque principalement la famille et les enfants, avec un côté très mère juive d’ailleurs. Etait-ce aussi l’occasion pour vous de mettre en lumière la vie pas toujours facile des mères célibataires qui cumulent enfants et travail ?
    Etre parent est toujours difficile. Qu’on soit seul ou accompagné face aux enfants. J’ai eu l’occasion d’essayer les deux. D’après mon expérience et les échos que j’en ai de mes amies et connaissances, les problèmes logistiques que rencontrent les femmes qui « cumulent » enfants et travail ne diffèrent que rarement selon qu’elles ont un partenaire ou pas. Mais effectivement, il y a des angoisses spécifiques à la « qualité » de mère-célibataire. Si certaines d’entre elles apparaissent dans mon livre, je pense qu’il en ressort surtout que la maternité, en général, est une aventure haletante.
     
    Vous avez vous-même reçu une éducation laïque et vous êtes tournée plus tard vers la pratique religieuse. Comment expliquez-vous ce retour aux sources. Etait-il nécessaire ?
    En effet, j’ai reçu une éducation laïque et je suis aujourd’hui « pratiquante light ». Peut-être que c’est parce que cette éducation laïque, je l’ai reçue de parents qui ont grandi dans une foi, pratiquée à différents degrés d’orthodoxie, et que, malgré tous leurs efforts, quelque chose en a transparu dans leur enseignement, leur réflexion, leur construction personnelle et familiale. Mais je dirais que mes parents, en refusant de me transmettre leur culture, m’ont privé d’une partie de moi-même. Ma quête, « mon retour aux sources », est une tentative de la retrouver et de recoller les morceaux. Est-ce que c’était nécessaire ? Peut-être pas. Il y a beaucoup de chemins possibles pour chaque individu. Mais c’est celui que j’ai choisi.
     
    Catherine Fuhg : « Ah, si j’étais goy ! »
    Mardi 9 novembre à 20h30
    Espace Yitzhak Rabin
    Infos : 02/543.02.74

     
     

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