Musée Kazerne Dossin

La Shoah et les droits humains

Mardi 5 janvier 2021 par Roland Baumann
Publié dans Regards N°1070

Le nouveau catalogue du musée de Malines raconte l’histoire des victimes du judéocide en Belgique et leur donne un nom et un visage.

Comme l’exprime Laurence Schram, Senior Researcher au centre de documentation du musée de Malines, auteur d’une thèse de doctorat sur l’histoire de la caserne Dossin, primée par la Fondation Auschwitz, et du livre L’antichambre d’Auschwitz–Dossin (2017), « Il ne s’agit pas d’une publication scientifique mais d’un “beau livre” tout public, richement illustré et qui reprend l’histoire du judéocide en Belgique telle qu’elle est racontée au musée Kazerne Dossin. L’historienne souligne : Tout en offrant enfin au public francophone une publication qui reproduit fidèlement l’intégralité de ce parcours de l’exposition permanente de Kazerne Dossin cet ouvrage se démarque de l’approche académique des livres d’histoire tant par la qualité de ses reproductions de documents d’époque que par le soigné de ses mises en pages et de son graphisme qui en font un véritable livre d’art ».

Un « beau livre » mais un remarquable ouvrage de référence comptant quelque 700 cents reproductions de photographies et documents divers qui permettent de bien visualiser l’histoire de la solution finale en Belgique face aux visages de ses victimes. Nous y découvrons la vie des Juifs et des Roms dans notre pays avant la seconde guerre mondiale. Vient le 10 mai 1940. Nous voyons les arrestations et déportations de réfugiés du Reich, Juifs étrangers traités en suspects par les autorités belges, et internés en France pour être ensuite livré aux nazis par Vichy. En Belgique occupée nous découvrons la multiplication d’ordonnances nazies, constituant ce ghetto de papier qui vise à isoler les Juifs de la population belge. D’émouvants récits de vie nous révèlent l’impact individuel de ces mesures discriminatoires. Ces bouleversants instantanés de « vies volées » évoquent le vécu de personnes spécifiques.

Approche de Maxime Steinberg

Accompagnant de courts textes descriptifs, les reproductions de photographies et écrits divers composent de bouleversants diptyques qui font entrevoir les réalités de la Shoah vécues au quotidien par les milliers de familles victimes des persécutions nazies. « Cette approche était celle de Maxime Steinberg dans la rénovation du pavillon belge à Auschwitz-Birkenau en 2006, associant des trajets de vie individuels à chacune des ordonnances antisémites allemandes », précise Laurence Schram. « La série de « vies volées » publiée dans le catalogue et qui nous présente les conséquences vécues de la politique discriminatoire nazie en 41-42 puis des premières déportations à l’été 1942 suivies par la traque aux Juifs, reprend certains des récits de vie publiés dans les quatre volumes du Mémorial des déportés de Malines. Ils sont repris aussi dans une salle du 2e étage du musée où aboutissent les parcours des visiteurs mais qui malheureusement passe trop souvent inaperçue ! ». L’histoire des Roms et Sinti victimes du génocide est illustrée de photographies et de documents administratifs qui témoignent des stigmatisations dont ils sont l’objet avant et pendant l’Occupation. Nous y découvrons le destin tragique de familles dont les visages nous semblent pourtant si proches, remplis d’émotions et figés dans l’éternité.

Comme le parcours de l’exposition permanente, ce catalogue établit un dialogue entre l’histoire de la Shoah et la problématique universelle des droits humains et de leur violation, incite à la réflexion et à l’action dans la lutte pour la citoyenneté et la démocratie. « Cet ouvrage nous offre un récit cohérent de l’histoire du judéocide en Belgique accompagné de tous les documents visuels qui permettent d’en établir la réalité tangible », ajoute Laurence Schram.

Reproduisant cette masse de documents d’époque, tous bien identifiés, légendés et commentés, ce nouveau catalogue incite tant à l’émotion qu’à la rigueur historique. Il nous confronte à tous ces fragments de « vies volées », réalités humaines de la Shoah qu’on cherche en vain dans les discours abstraits de certains « spécialistes » universitaires de « l’Holocauste » ou de ces donneurs de « leçons de mémoire » prompts à tous les amalgames.

Musée kazerne Dossin. La Shoah et les droits humains, éditions Marot-Tijdslbeeld en collaboration avec le musée Kazerne Dossin, 2020

 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Léon CHARLOT - 5/01/2021 - 19:56

    Un ouvrage qui nous parle de vérité face au négationnisme et face à l'antisémitisme. Il devrait être lu, étudié dans toutes les écoles du pays !