Mémoire de la Shoah

L'Enfant caché fête ses 30 ans

Dimanche 7 novembre 2021 par Denis Baumerder

Voici exactement 30 ans naissait l’Enfant Caché sous l’impulsion de quelques « anciens » particulièrement motivés, avec à leur tête la regrettée Sophie Rechtman. Cette association juive qui a compté jusqu’à plus de 1000 membres s’investit depuis 1991 dans la réalisation de ses objectifs, parmi lesquels transmettre la mémoire, honorer le courage des sauveurs, lutter contre la xénophobie et le racisme. 

 

C’est dans la salle gothique de l’Hôtel de Ville de Bruxelles que Monsieur Philippe Close, Bourgmestre, a accueilli près de 150 enfants cachés venus fêter le 30ème anniversaire de leur association. Dans sa vibrante allocution, il a notamment rappelé les crimes nazis, le courage des Sauveurs, la résilience des survivants et stigmatisé l’antisémitisme. 

Ensuite, Sandrine Borkowski, enfant d’enfant caché, a entretenu l’auditoire de sa thèse de master consacrée à la transmission de la Mémoire de la Shoah par des enfants cachés au travers de récits de vie qu’elle a récoltés avec émotion. Par sa participation active et sensible, Sandrine Borkowski a démontré que l’Enfant Caché continue à vivre à travers des recherches dans les institutions d’études supérieures du pays. 

Né au mauvais moment...

Autre point fort de la séance, le récit poignant du Baron Jacques Brotchi, président honoraire du Sénat, dont voici un résumé bien trop réducteur :

« Je suis né le 11 août 1942. Ce n’était pas une bonne époque pour qu’un enfant juif vienne au monde. Mes parents venaient de Bessarabie. Il retrace alors un parcours de vie périlleux que bon nombre d’enfants cachés dans la salle ont partagé sous des formes similaires. Les parents Brotchi déchirent la convocation pour Malines et s’enfuient. Dans la foulée de ces événements je viens au monde en pleine tourmente à l’hôpital des Anglais à Liège. Aucun gynécologue n’a daigné s’occuper d’une parturiente juive. Le gynécologue qui suivait ma mère durant sa grossesse a refusé de mettre au monde un enfant juif… ». 

Heureusement, la directrice de l’hôpital, Simone Verhoost, membre du Comité de Défense des Juifs (CDJ), a résolu le problème, au grand bonheur des parents Brotchi. Moment de bonheur éphémère, la traque se poursuit. La famille trouvera ensuite refuge à Mont (Comblain-au-Pont). Ecoutez Jacques Brotchi : « La famille Simon nous a cachés de l’automne 1942 jusqu’à la libération. Dans ce village de 200 habitants où tous connaissaient notre présence, personne ne nous a trahis. Et il termine : Au péril de leur vie, ils nous ont cachés, mes parents et moi. En sauvant une vie, la mienne, ils ont sauvé de dizaines de vie par l’intermédiaire de mes mains de neurochirurgien, métier que j’ai exercé durant 45 ans. Jamais je n’oublierai. Il est important de perpétuer la Mémoire car dans 10 ou 20 ans, il n’y aura plus personne pour témoigner ». 

De nouveaux projets

Le président de L’Enfant caché, Adolphe Nysenholc, a dressé le bilan des activités, rappelant les différentes actions entreprises au fil des 30 années écoulées : témoignages dans les écoles, colloques, hommages aux Sauveurs, participation active aux Cérémonies du Souvenir, négociation pour la reconnaissance officielle du statut des Enfants Cachés, etc. 

Mention spéciale pour la publication de l’album-souvenir « L’Enfant Sauvé » qui constitue une somme considérable de documents, témoignages, photos et historique du CDJ dont Andrée Geulen, Marraine d’Honneur des Enfants Cachés, est la seule survivante de l’héroïque équipe de l’époque. 

L’Année des Justes se poursuit par une série d’événements, notamment à la Grande Synagogue de l’Europe, à l’ULB avec un Colloque international, au CCLJ par un Salon du Livre de l’Enfant Caché etc. 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Anne Boucart - 7/11/2021 - 14:45

    Fille d’enfant cache, grâce à Madame Andrée, (Sara Lamhaut, nom de guerre Jeannine Van Meraeghen). Thank you for your wonderful work to keep the stories of the hidden children and all survivors alive. Respect!!

  • Par Jean-Marc Finn - 7/11/2021 - 17:10

    Nous devons, toutes et tous, témoigner du plus profond de notre respect pour celles et ceux qui se sont succédé au long de toutes ces années pour maintenir vivante, toujours, et rappeler, souvent, ce qu'ont vécu tous ces enfants pendant et depuis la fin de la guerre ainsi que le sort funeste réservé à leurs familles.