Israël

B'Tselem qualifie Israël de régime d'apartheid

Mercredi 10 mars 2021 par Véronique Lemberg

Dans un rapport que l’organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem a publié le 12 janvier dernier, elle accuse Israël de pratiquer l’apartheid tant en Cisjordanie qu’à l’intérieur même du territoire israélien. Cette qualification inappropriée n’a évidemment pas échappé à la mouvance antisioniste radicale qui compte bien l’utiliser pour mieux délégitimer Israël.

Illustration du rapport de B'Tselem

Quand on prononce le terme « apartheid », on pense à l’Afrique du Sud et aux critères racistes de ce système de ségrégation des populations. « Le mot est extrêmement gênant parce qu’il renvoie à une réalité sud-africaine de l’apartheid dont le fondement était racial alors qu’entre Israël et la Palestine, la source du problème est nationale et religieuse », estime Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d’Israël. « Toutefois, on peut qualifier d’apartheid la situation en Cisjordanie à condition de bien préciser qu’il ne s’agit pas de petty apartheid, c’est-à-dire celui qui interdit et limite les contacts des blancs avec les non-blancs sur base raciale. La situation en Cisjordanie correspond aujourd’hui à la définition de l’apartheid couramment admise par le droit international selon laquelle un groupe en domine un autre : les colons israéliens de Cisjordanie sont protégés par le droit commun israélien et les Palestiniens sont privés de ces droits en étant soumis à un régime d’occupation militaire ».

Dans son dernier rapport, B’Tselem, l’organisation de défense des droits de l’homme israélienne ne se contente plus de dénoncer ce qui se passe dans les territoires occupés, mais accuse Israël d’entretenir « un régime de suprématie juive entre le Jourdain et la Méditerranée », régime que cette très sérieuse organisation israélienne qualifie d’apartheid. B’Tselem s’affranchit donc pour la première fois depuis sa création en 1989 de la distinction qu’elle avait établie entre Israël (à l’intérieur de la ligne verte) d’un côté, et les territoires occupés de l’autre.

« C’est l’occupation qui est illégitime, pas Israël »

« Si Israël est un régime d’apartheid, il est donc un Etat illégitime », déplore Elie Barnavi. « Or, c’est précisément l’occupation des territoires palestiniens depuis 1967 qui est frappée d’illégitimité et non pas l’essence même d’Israël ni son idéologie fondatrice. Il n’y a donc plus rien à sauver car que faire avec un Etat d’apartheid sinon le boycotter et le mettre au ban des nations civilisées ». Il est absurde d’affirmer que l’apartheid est pratiqué en Israël dans ses frontières d’avant 1967. Il existe des discriminations et personne ne le nie. « Si chaque situation discriminatoire doit être considérée comme de l’apartheid, alors il y a de l’apartheid partout, même en Belgique », fait remarquer Elie Barnavi. « Les Arabes israéliens jouissent de tous les droits civils et politiques. Ils participent à la vie politique, culturelle et économique du pays et ne sont en aucun cas soumis à un régime d’apartheid. Ils sont d’ailleurs les premiers à le reconnaître ! Aujourd’hui, ils revendiquent une meilleure insertion dans la société israélienne. Si Israël était un régime d’apartheid, ils ne s’engageraient pas dans cette voie, mais exigeraient sa destruction ».

Ce rapport permet surtout aux ennemis d’Israël de s’engouffrer dans cette brèche. Ainsi, des professeurs de l’Université de Gand, actifs au sein de la plateforme BACBI (Belgian Campaign for an Academic and Cultural Boycott of Israel), se sont appuyés sur le rapport de B’Tselem pour adresser une lettre ouverte au gouvernement belge en l’invitant à durcir les mesures envers Israël, notamment en utilisant « les instruments disponibles de la politique internationale, tels que l’embargo, le boycott ou d’autres formes d’isolement. Seules des politiques claires de cette teneur peuvent inverser la détérioration sans fin de la situation des Palestiniens ».

Si ce rapport ne risque pas d’affecter le processus de normalisation entre Israël et les pays arabes sunnites, il y aura de l’agitation anti-israélienne en perspective sur les campus occidentaux où la mouvance antisioniste aura du grain à moudre. Ce qui est dommage pour B’Tselem qui n’a jamais tenu à s’afficher comme un repaire de gauchistes antisionistes. « Cette ONG s’est toujours distinguée par la qualité et le sérieux de son travail de documentation et de sensibilisation aux violations des droits de l’homme dans les territoires occupés par Israël », rappelle Elie Barnavi. « La radicalité dans laquelle elle s’engage en qualifiant tout Israël d’apartheid la décrédibilise. Elle se condamne à alimenter le moulin de la droite israélienne la plus obtuse qui n’a de cesse de la présenter comme une organisation de propagande anti-israélienne. C’est dommage ». 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Henri Roanne-Ro... - 11/03/2021 - 10:29

    Préoccupe par le risque que B’Tselem perde de sa crédibilité, Elie Barnabi remet l’ONG sur le droit chemin sioniste.

  • Par Daniel donner - 11/03/2021 - 11:06

    Ce n est pas nouveau chez eux de rechercher les titres a sensation. Souvent quand on lit le contenu du site la realite n y correspond pas. Helas. Car ils apportent (volontairement apres tant d annee ils doivent le savoir) surtout de l eau ( empoisonnee) au moulin des ennemis d israel plus qu ils ne se soucient reellement de droits de l homme..