Success Story

Tania Garbarski : "Ma passion, un moteur de vie inépuisable"

Mardi 3 novembre 2015 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°829

Ce n’est pas d’avoir baigné dans un milieu de cinéastes qui a suscité chez Tania Garbarski la passion du cinéma, puisque son père, Sam Garbarski, au départ publicitaire, n’est devenu réalisateur que sur le tard. On peut véritablement parler de vocation. Portrait d’une comédienne qui a toujours cru en elle.

« J’ai encore la photo du jour exact où ça m’est tombé dessus », sourit Tania Garbarski que nous attrapons entre deux rendez-vous. « J’avais 8 ans et c’était Pourim, je m’étais déguisée en comtesse et j’ai dit à ma mère : je veux faire un métier où je me déguiserai tout le temps ! C’est alors devenu une idée fixe… »

Le second choc sera la vision du spectacle L’Exodus, avec le jeune Laurent Capelluto, en petit garçon dont les parents tombent du bateau. « Je suis rentrée chez moi et je n’ai pas cessé de pleurer. Je me suis alors rendu compte de ma sensibilité, voire de mon hypersensibilité à cette façon de communiquer », poursuit la comédienne. Après avoir harcelé le professeur de l’Académie pour commencer les cours de théâtre un an avant l’âge requis, ce dernier finira par craquer. Tania entre ensuite dans la Compagnie semi-professionnelle « L’Etincelle », où elle joue sa première pièce, Un meurtre annoncé d’Agatha Christie, mise en scène par Michel Kacenelenbogen, actuel directeur du Public. « Comme Laurent Capelluto, Michel fait partie de ces bonnes étoiles que j’ai croisées sur ma route et qui apparaissent régulièrement au fil de mon parcours », relève Tania Garbarski.

Après avoir fait ses primaires à l’Athénée Ganenou, la jeune fille poursuit sa scolarité à Dachsbeck, puis à Uccle 1, avec un professeur de français réputé pour insuffler à ses élèves la passion du théâtre. Chez Tania, il la décuplera. Particulièrement motivée, celle qui cumule l’école en journée et le théâtre en soirée choisira naturellement l’INSAS pour parfaire sa formation. « J’ai eu la chance de grandir avec une passion », note Tania. « Je pense que c’est un cadeau inespéré, un moteur de vie inépuisable, qui fait que l’on ne s’ennuie jamais. On n’a pas assez d’une vie pour lire tout ce qui s’écrit, pour voir tout ce qui se joue ».

Pour en faire profiter ses deux filles, elle essaie de les orienter : « Je voudrais que quelque chose les pique, même si ce sont les maths, après c’est magique », estime-t-elle, consciente toutefois que cela pour autant ne nous préserve pas. Issue de deux parents juifs, tous deux remariés avec un conjoint non juif, Tania Garbarski ne se posera pas réellement de questions jusqu’à leur séparation. « Mon identité juive avait toujours été instinctive et naturelle, mais j’ai soudain commencé à ressentir le bagage, essentiellement traditionaliste, qu’ils avaient voulu me transmettre. Mes parents se sont rencontrés en Israël, leurs parents sont des rescapés et ont dû se reconstruire après avoir perdu leurs proches déportés. Cette histoire, que je n’ai apprise qu’à 18 ans parce que moi non plus je n’avais finalement jamais posé de questions, a marqué la mienne pour toujours et accompagnera mes enfants ».

Citoyenne du monde

Une histoire dont elle a retenu aussi des valeurs fondamentales, l’instinct de survie, le sens de la famille « plus fort que tout », « qui ont conditionné mes choix et mes attentes », assure la comédienne, « avec une volonté de ne jamais abandonner. Un vrai désir aussi de mixité. J’ai transposé le mythe du peuple errant en citoyen du monde. Les dernières actualités m’ont fait réfléchir sur la place de la religion qui doit rester, selon moi, dans la sphère privée et n’a rien à faire par exemple à l’école ».

Côté carrière, son premier film avec Michèle Morgan La veuve de l’architecte a marqué le début d’une série d’autres, notamment ceux de son père Sam Garbarski, qui l’ont vue recevoir le prix du Public et le prix du Jury au Festival Jean Carmet pour son interprétation dans Le Tango des Rashevski (2002), et le meilleur second rôle aux Magritte du Cinéma dans Quartier Lointain (2010). Elle vient de tourner dans le premier film de Solange Cicurel, Faut pas lui dire, avec la chanteuse Jennifer. L’histoire de quatre filles dont l’une se marie, où elle joue l’amoureuse de Laurent Capelluto. Tania Garbarski enchaîne aussi les pièces de théâtre, avec un agenda très chargé. Le 19 novembre prochain, au Centre culturel d’Uccle et à partir de janvier au Théâtre Le Public, elle sera sur scène avec son mari Charlie Dupont dans Tuyauterie de Philippe Blasband. L’actrice prépare encore une pièce de Woody Allen, toujours avec son mari, et tournera en allemand début 2016 dans le nouveau film de Sam Garbarski, Auf Wiedersehen Deutschland. « Une comédie de mafieux, une bande de bras cassés juifs qui essaient de s’en sortir à Berlin après la guerre », résume Tania Garbarski. « Tristement drôle et drôlement triste, avec beaucoup de tendresse, comme tous les films de mon père, le deuxième homme de ma vie ».

« Tuyauterie » de Philippe Blasband, au CCU le jeudi 19 novembre 2015 à 20h15.

Infos et réservations 02/374.64.84 ou www.ccu.be

 
 

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