Témoignage de la rue Balfour

Sous les masques, les sourires

Mardi 11 août 2020 par Yonatan Alexandre

Avertissement : cet article n’est pas une analyse, avec des sources référencées, des chiffres et des conclusions. Cet article est un simple témoignage, le mien. A chaque Motse Shabbat ce dernier mois, et pendant la semaine aussi, j’ai arpenté la place de Paris, devant Balfour, masque au visage, Kippah sur la tête, parfois avec une pancarte tenue bien haut, parfois sans. Une sorte de nouveau rite, après la Havdalah : le vin, les épices, la bougie, et puis Balfour.

 

Quand j’y suis allé pour la première fois, un indépendant sur une camionnette, avec des baffles surpuissants – sans doute était-il dans l’évènementiel – hurlait son désespoir dans l’un des discours les plus poignants que j’ai entendu en Israel. « Nous savions déjà, nous les indépendants, que le gouvernement nous voyait comme des ordures, mais en vous voyant tous ici, nous comprenons que c’est tout le peuple qui est vu comme une ordure ! ». Cet homme était en larmes. Et la foule, bien moins nombreuse qu’aujourd’hui. 

J’ai l’immense chance d’avoir des amis de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique, depuis Meretz jusqu’à UTJ (United Torah Judaism). L’un d’entre eux, Likudnik, me dit que de toutes façons les Israéliens râlent toujours. C’est vrai lui ai-je dit, ils râlent, mais ne pleurent pas. Et là, j’ai vu des gens, parfois des anciens électeurs du Likud, pleurer, pleurer de toutes les larmes de leur corps, de voir les affaires qu’ils avaient montées depuis tant d’années, avec une fierté méritée, s’effondrer comme un château de cartes. Et même ces naufrages, ils auraient pu les regarder en face, si les autorités avaient pu leur montrer ne serait-ce que de l’empathie. Voir le Premier Ministre insister sur un remboursement de taxe, juste à ce moment, a servi de détonateur. 

Les indépendants qui ont réussi ont déjà quelques années, et la foule était composée à leur image. Peu de jeunes à ce moment. J’ai fait plusieurs panoramas en vidéo. On y voit distinctement les barrières et la police à travers les rangs clairsemés des manifestants. Ces manifestations étaient une réussite de leur point de vue, mais pas de celles qui font trembler un Premier Ministre.

Il y a 3 semaines, le public a commencé à changer. J’y ai vu plus de jeunes, de ceux qui n’ont certainement pas voté plus de trois fois – les trois dernières - et même des très jeunes, qui sans doute n’ont jamais voté. Par quels mystérieux canaux ont-ils été inspirés à participer ? Mystère pour nous les adultes. Il existe entre les jeunes et les réseaux sociaux une sorte de symbiose magique qui les fait apparaitre aux mêmes endroits et au mêmes moments. Va savoir.

Mais les jeunes ont cette très belle qualité de ne jamais broyer du noir très longtemps. Leur arrivée a tout d’abord amené un formidable surcroit de créativité. On en trouve quelques exemples sur cette page. Le fameux « BA-MA » de Sarah Netanyahu en a inspiré plus d’un. On les accuse de violence ? Ils viennent avec des fleurs, organisent des méditations, à même la rue (pensez profondément « Bibi, démissionne »). On fait donner les autopompes ? Ils viennent en maillot, avec des bouées, et même des pistolets à eau (authentique). On les traite d’extra-terrestres ? Ils s’en moquent sur leurs panneaux, ils se déguisent en Yoda, ou avec des œillères en forme de soucoupes. L’humour est le désespoir qui refuse de se prendre au sérieux, disait Arland Ussher.

Mais bien plus que cela, leur arrivée a donné aux manifestants de la première heure ce qui leur manquait le plus, et – surprise - ce n’étaient pas des subventions, c’était l’espoir ! Ce n’est pas leur faute, c’est juste que le désespoir est insoluble dans la jeunesse. La haine non plus d’ailleurs. Et même si les masques le cachent, ce sont des sourires que j’ai vu fleurir sur la place Balfour. Toute une génération a acquis une conscience politique spontanée, l’espoir d’un avenir politique meilleur et la volonté d’y travailler. Peut-être – j’espère – iront-ils voter en plus grand nombre. Que ce soit le cas ou non, il y a une sorte d’épiphanie à Balfour, il faut aller y voir. Courrez-y vite consommer de leur stock d’optimisme : il y en a en quantité. Ce genre d’évènement n’est pas si fréquent.

Aujourd’hui, la brise est devenue vent. Les jeunes attirent les jeunes. Balfour est devenu l’endroit où il faut être vu, le soir après Motse Shabbat, et même avant pour certains. Ce ne sera certainement pas un « printemps juif », il y a bien trop de retenue pour cela. Pas mai 1968 non plus : les jeunes d’ici sont déjà libres. Leurs chants résonnent d’une joie contagieuse. Laissez-vous infecter sans retenue. Voilà ce que j’ai vu à Balfour. 

Il y aussi ce que je n’y ai pas vu. Je n’y ai pas vu d’anarchistes, j’ignorais même qu’il en existait en Israel avant la crise, pas non plus d’extra-terrestre, même si le sujet me passionne d’un point de vue astronomique. Il y a quelques oripeaux rouges avec le mot « Mahapecha » (révolution), mais ils sont rares. 

Une autre chose que je n’ai pas vue : je n’ai jamais entendu parler d’une seule infection Corona à Balfour. Un miracle ? Va savoir. Mais il faut y croire, comme disait Ben Gourion.

https://hashiva.org/politique/f/sous-les-masques-les-sourires


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Daniel Donner - 12/08/2020 - 12:36

    Peut etre parce qu on ne sait plus rien des infectes. Ni leur age. Ni le lieu d infection. Plus de tableaux comparant des chiffres incomparables selon les pays. Plus rien ces derniers temps.