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A la recherche des traces de la Résistance

Mercredi 1 juillet 2020 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°1065

Nouveau guide historique de la Seconde Guerre mondiale, « Papy était-il un héros ? »  nous incite à retrouver les traces de ceux qui s’opposèrent à l'ordre nazi en Belgique occupée.

Manifestation à Bruxelles du Front de l'Indépendance et d'organisations communistes le 25 novembre 1944 pour empêcher le désarmement de la Résistance © CegeSoma

Initiateur de cette publication, Nico Wouters, directeur du CegeSoma (Centre d'études et de documentation guerre et sociétés contemporaines des Archives de l'Etat) précise : « L’histoire de la Résistance est méconnue ou oubliée. Après 1945, l'Etat belge n’a pas cherché à en faire une histoire nationale et sa politique de reconnaissance individuelle des statuts a renforcé la concurrence et la division entre les mouvements de Résistance ». Historien au CegeSoma, spécialiste de la Résistance en Belgique, Fabrice Maerten est l'auteur de ce véritable guide de voyage, récit « entre histoire et mémoire », qui évoque les origines des groupes résistants et leurs formes d’action : renseignement, presse clandestine, résistance civile, et enfin lutte armée. Quelque 100 à 150.000 personnes s’engagent dans cette guerre de l’ombre. Vient la Libération : vite désarmés, les résistants perdent toute capacité d’influencer la vie politique après la Question royale. Leur héritage mémoriel se calque sur la mémoire combattante nationale de la guerre 14-18, et la reconnaissance des statuts de résistant au nazisme s’accompagne de marchandages politiques teintés d’anticommunisme.

« Au fil des archives », deuxième partie de l'ouvrage, bien plus épaisse, est une traversée du paysage complexe et très fragmenté des sources d’archives. Générées surtout dans l’après-guerre pour honorer les résistant(e)s belges en leur reconnaissant des statuts et en leur accordant des distinctions honorifiques, les séries d’archives, disséminées dans différentes institutions, comptent des centaines de milliers de dossiers individuels et de fiches, mais aussi des témoignages de résistants.

Le guide décrit l’origine et le contenu de chaque fonds d’archives, identifie son lieu de conservation et explique comment on peut y accéder. Des sources importantes conservées à l’étranger (France, Israël, USA, etc.) sont de même identifiées. L’ouvrage aide donc toute personne lancée sur les traces de « papy » ou « mamy » résistant à trouver les archives utiles à sa recherche mémorielle.

Critique historique

Un « tableau des principales séries de dossiers individuels relatifs aux statuts et aux distinctions honorifiques attribuées aux résistants » permet d'aller au plus court en fonction des modes d'action de l’ancêtre résistant et des différents mouvements clandestins auxquels il a pu appartenir. Comme l’indique son titre, le guide veut rendre ses lettres de noblesse à la Résistance, mais Fabrice Maerten se livre aussi à une véritable critique historique des sources conservées. Il ne limite pas « l’héroïsme résistant » aux critères officiels qui décidèrent de la reconnaissance ou du rejet d’un des statuts officiels de résistant. Il explique : « Plus de 70% des demandes du statut des résistants civils sont refusées alors que pour recevoir celui de résistant armé, il suffit d'avoir fait partie d’un mouvement comme l'Armée secrète (AS) dont plus de 50.000 membres sont reconnus résistants armés. Paradoxe des reconnaissances officielles ! Beaucoup de “résistants armés” ont fait en réalité de la résistance civile, sans jamais porter d'arme ! ».

Selon la logique officielle d’après 1945, celui qui a caché des Juifs étrangers et risqué la déportation ne sera probablement pas reconnu résistant civil, mais un membre de l’AS qui n’a jamais agi deviendra un résistant armé « héroïque » ! Ce voyage mémoriel conduit aussi aux traces de la Résistance juive : dossiers de partisans armés du Front de l’Indépendance, dont tous ces jeunes Juifs étrangers, premiers à se lever en armes contre l’occupant et ses collaborateurs ; fonds du Comité de défense des Juifs (CDJ) et de sa section Enfance dont les fiches et carnets figurent parmi les rares documents produits par la Résistance sous l’Occupation et aujourd’hui conservés ; fonds des enfants cachés qui, en 1999, obtinrent enfin un statut de reconnaissance nationale ; dossiers des Justes parmi les Nations ; témoignages vidéos de résistants juifs réalisés par la Fondation Auschwitz ou Johannes Blum. Un guide utile donc pour tous ceux qu’interpelle la mémoire juive dans l’histoire héroïque de la Résistance en Belgique occupée !

Fabrice Maerten (dir.), Papy était-il un héros ? Sur les traces des hommes et des femmes dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, Tielt, éditions Lannoo/Racine.


 
 

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