J'vous dis pas...

La voie chilienne

Dimanche 7 novembre 2010 par Emmanuel Hollander

Alphonse Allais, l’un des rares auteurs français (1855-1905) dont l’humour noir n’avait rien à envier à celui des grands Anglo-saxons, disait si je ne m’abuse : « Shakespeare est mort. Racine aussi et moi, je ne vais pas bien non plus ».

 

Permettez que je reprenne le propos à mon compte; il y a des périodes où rien de ce qui se passe ne porte à rédiger la chronique optimiste que le lecteur, du moins je le suppose, attend avec impatience chaque mois : la reprise des constructions à Jérusalem-Est, Ahmadinejad proclamant à la frontière libano-israélienne « Les sionistes n’ont pas le choix : ils doivent retourner dans leurs pays d’origine », Bart Déwé (oui, comme la marque de lingerie féminine) devenu l’homme politique le plus populaire et le plus puissant en Flandre…

Si je m’en rapporte à tout ce que nous avons vu et entendu depuis un mois dans les médias, la seule véritable bonne nouvelle a été le sauvetage contre toute attente des 33 mineurs chiliens emmurés pendant 69 jours à 700 mètres sous terre. Comment, au cours des trois interminables premières semaines, ces hommes coupés de tout contact avec la surface sont-ils parvenus à tenir dans le silence et l’obscurité des grandes profondeurs ? Comment réussirent-ils à surmonter la peur panique, la soif, la faim, les inévitables désaccords, le désespoir ? Comment ont pu surgir parmi eux les leaders qui allaient se révéler capables de motiver le groupe et d’organiser les modalités pratiques indispensables à une survie dont la probabilité était quasi nulle ? Nous en saurons certainement davantage au moment où vous lirez ces lignes, mais quelles que soient les précisions qui tomberont encore, il reste que les mineurs ont offert à tous les habitants de la planète une extraordinaire leçon de solidarité et de courage. Quant aux autorités chiliennes, elles ont fait preuve d’une efficacité et d’une humanité rares. Contrairement à Vladimir Poutine qui, lors de la tragédie du sous-marin « Koursk », n’avait pas cru utile d’interrompre de sportives et luxueuses vacances au bord de la Mer Noire pour si peu et qui, trop longtemps, refusa l’aide que lui proposaient la Grande-Bretagne et la Norvège, le Président chilien Sebastian Pineira fit aussitôt appel aux spécialistes américains (notamment ceux de la NASA), anglais et allemands, pour épauler les ingénieurs et les mineurs chiliens. Il est vrai que le Chili est désormais un pays démocratique pour lequel le respect de la vie humaine est fondamental.

La démocratie, le moins mauvais des systèmes dit-on. On notera que les adversaires politiques de Sébastian Pineira n’ont pas manqué de souligner que celui-ci profite de la réussite de cette opération miracle. Mais pourquoi diable un Chef d’Etat ne pourrait-il pas bénéficier des retombées positives de son action ? Pourquoi, dès lors qu’aucun effort n’a été épargné pour accélérer les opérations, le Président devait-il négliger un plan de communication qui a changé l’image du Chili aux yeux de l’opinion mondiale ?

Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud et pionnier des relations publiques dès 1940, recommandait à ses clients de « bien faire » avant de « bien faire savoir ». Vous me voyez arriver avec mes gros sabots, non ? Je pense que la mauvaise image d’Israël n’est pas une question de communication inadéquate. Lorsque les responsables israéliens décideront de quitter les territoires occupés, le problème de la communication sera en bonne voie d’être résolu et une image positive pourra être reconstruite. Ce ne sera pas simple. Peut-être est-il trop tard, mais un Etat palestinien viable est la condition nécessaire pour assurer l’avenir d’Israël et pour retrouver le cœur et l’estime des nations. Ce n’est pas une question de jours comme le sauvetage des mineurs chiliens, mais la course de vitesse n’en est pas moins vitale.


 
 

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