Vive l'histoire

Vendredi 2 avril 2010 par Joël Kotek

 

Rien de neuf vraiment sous le soleil... D'un côté, la bonne conscience antisioniste dont le leitmotiv n'est plus de « libérer le monde des Juifs » (Drumont), mais « l'Europe des sionistes » (Bricmont). De l'autre, l'inconscience du gouvernement israélien qui pose le statu quo, voire l'insulte en vertu cardinale. Pour se persuader de la démesure de l'antisionisme radical et de l'obsession juive des ennemis d'Israël, il suffit de surfer sur la toile. Ainsi cette phrase du jour (postée en réalité le 9 juin 2009) trouvée sur le site de Michel Collon l'Info décodée : « Laissons les Juifs, qui proclament être le peuple élu, prouver leur titre en choisissant le chemin de la non-violence pour revendiquer leur position sur terre » (Gandhi).
Pour comprendre le sens de cette citation, qui date de novembre 1938, il faut évidemment se replacer dans son contexte originel, celui de la Nuit de Cristal et d'un Mahatma qui, ne comprenant rien à la nature de l'hitlérisme, invitait les Juifs à s'offrir en martyrs : « Si les Juifs abandonnaient la position de non-violence par nécessité pour celle de la non-violence active (...) je suis certain qu'ils réussiraient à faire fondre le plus endurci des coeurs nazis ». Martin Buber eut beau lui expliquer qu'il ne pouvait en être avec les nazis comme avec les colonisateurs britanniques, Gandhi n'en démordra pas. Rappelons que Gandhi fut assassiné trois mois avant la naissance de l'Etat d'Israël.
Plus récemment, lors d'une émission de Radio-Al Manar, à laquelle participait un camarade de l'UPJB et un collègue de l'ULB (en fac de psy), l'auteur de cette chronique s'est vu taxé d'agent stipendié de l'Etat d'Israël pour être trop pro-israélien dans ses cours. Il importe peu que je n'assume aucun cours sur le Moyen-Orient : tout simplement, tout professeur qui n'affiche pas un antisionisme militant tient de l'a®gent du Mossad.
N'allez pas croire pour autant que tout irait pour le mieux du côté des miens. S'il y a bien un peuple qui devrait apprendre de l'histoire et qui ne le fait pas, c'est bien le peuple juif. Dernièrement, nous avons été un certain nombre à recevoir un article de Jacques Benilouche proclamant haut et fort que « Jérusalem pouvait se passer aujourd'hui facilement de l'aide économique et militaire américaine ». Cette analyse se rapportait sans doute à l'annonce de la construction de 1.600 logements à Jérusalem-Est, en pleine visite du Vice-Président des Etats-Unis. Non sans raison, Stéphane Jouffa (Metula News Agency) a qualifié la mesure d'Eli Yishai, ministre non sioniste, « d'initiative grossière », de « gigantesque erreur de gouvernance » car, écrit-il, « pour l'extrême droite religieuse (...) la conservation de la Judée et de la Samarie passe par l'isolement d'Israël ». Pour ma part, je vois aussi dans ce geste, une énième expression du dramatique optimisme juif. C'est le grand historien Raul Hilberg qui m'avait alerté, il y a près de quinze ans, de cette absurde propension juive à croire que tout finira par s'arranger. Or, le pire est malheureusement toujours possible. Si seulement les Juifs avaient fait montre à la veille de la Shoah d'un peu moins d'optimisme, ils ne se seraient pas offerts aussi facilement à leurs bourreaux. Tout Juif devrait accepter l'idée qu'il naît à l'âge de 2.000 ans, sinon bien davantage, si l'on songe aux nombreuses Catastrophes de la plus haute Antiquité.
Permettez-moi d'évoquer ici l'immense travail d'historien de Thierry Rozenblum. Son opus magnum, Une cité si ardente. Les Juifs de Liège sous l'Occupation (Luc Pire éditions), a d'ores et déjà fait date pour avoir amené le Bourgmestre de Liège à reconnaître les égarements de son administration durant l'Occupation nazie. Saluons le geste de Willy Demeyer et l'oeuvre de Thierry (Yohaï à l'Hashomer Hatzaïr) que je compte proposer comme Mensch. Oserais-je suggérer à mes collègues de l'ULg de lui conférer un diplôme de Docteur honoris causa de leur belle université ?


 
 

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