Vers une paix juste et possible

Mercredi 4 juin 2003

 

Les Etats-Unis, l'Union européenne, les Nations unies et la Russie ont élaboré ce qu'on appelle la «feuille de route» pour le Moyen-Orient. Ce processus doit mener à la création en 2005 d'un Etat palestinien et à la sécurité de l'Etat d'Israël. C'est évident: ce processus obtient le soutien de ceux qui estiment les revendications nationalistes et ultra-nationalistes de loin moins importantes que la paix. Il faut dire qu'il n'y a pas d'alternative: si ce plan de paix devait échouer, on verrait resurgir le cycle de la haine et de la violence. Il faut le répéter: dans ce conflit, deux revendications nationales, deux causes justes s'opposent et les intérêts sont contradictoires. Pour dépasser ce constat, la seule solution réside dans les concessions consenties par chacune des parties, même sur ce que chacune considère comme une part de sa légitimité. D'un côté, il faut qu'Israël renonce à certains territoires de la Palestine historique sur lesquels il pense pourtant avoir des droits. De l'autre côté, les Palestiniens doivent renoncer à des villes sur lesquelles eux aussi pensent avoir des droits. Si l'on revendique Jaffa ou Haïfa, là où ont résidé des Palestiniens, là où l'on estime avoir non seulement des droits historiques mais aussi un droit fondé sur l'établissement de deux générations qui y ont habité, alors on empêche Israël de vivre dans des frontières viables. De vraies négociations ne peuvent se concevoir sans prendre en considération l'autre et ses droits, notamment celui de vivre dans un Etat viable. Cela signifie que les revendications israéliennes en matière de territoires et de frontières doivent tenir compte de la nécessaire viabilité du futur Etat palestinien. Mais cela signifie aussi que les revendications palestiniennes doivent tenir compte de la nécessaire viabilité de l'Etat israélien. Il en va de même pour les revendications - légitimes de part et d'autre - de souveraineté totale sur leurs propres territoires. Les deux parties doivent s'engager à ne pas nuire à la souveraineté de l'autre. Cela implique qu'il n'y ait pas d'attentats, pas d'incursions, qu'il y ait une paix décrétée à la suite d'un armistice, justifié par le réalisme et l'intérêt des deux peuples. Et pourquoi ce processus de paix n'aboutirait-il pas à la naissance de nouveaux liens d'amitié et de solidarité? Tôt ou tard, l'Etat palestinien et l'Etat israélien seront amenés à avoir des intérêts économiques et politiques communs dans leurs relations avec les Etats du Moyen-Orient, avec l'Europe et les Etats-Unis. Les frontières sont tellement entremêlées que dans un avenir aussi proche que possible - espérons-le - se formera inévitablement une sorte de marché commun moyen-oriental, incluant, pourquoi pas, la Jordanie et le Liban. Ce serait logique. Que penser dès lors, des revendications palestiniennes ou israéliennes que l'autre ne peut satisfaire? Avoir de telles exigences revient en réalité à saboter la discussion et, dès lors, à ne pas vouloir la paix. Pour Israël, il est impossible d'accepter l'exigence du retour des réfugiés palestiniens de 1948, représentant aujourd'hui 3,5 millions de personnes dispersées dans le monde. Aucun pays, d'aussi bonne volonté soit-il, ne peut accepter d'oeuvrer à sa propre destruction. Maintenir l'exigence du retour des réfugiés palestiniens revient à demander à Israël de se suicider. Dans l'opinion publique israélienne, ils sont moins de 3 pc à accepter une telle exigence. Le peuple israélien et ses amis se dresseront contre cette proposition suicidaire. Par contre, il est juste de mettre fin au problème des réfugiés. La loi du retour doit être appliquée dans le futur Etat palestinien auquel Israël, les Etats-Unis et l'Europe doivent donner les moyens économiques d'intégrer les réfugiés et de développer ses infrastructures. Il est juste qu'Israël en assume une part. En ce qui concerne Israël, vouloir garder des implantations dans le futur Etat palestinien, avec des routes qui permettraient d'y accéder, revient à empêcher la création d'un Etat palestinien viable. Certaines colonies ne pourraient, le cas échéant, être maintenues qu'à la suite de négociations et d'accords israélo-palestiniens garantis par les Nations unies et leurs alliés. L'affrontement de deux causes justes est toujours douloureux. Les concessions qui permettent de le dépasser doivent se faire sur le terrain et dans les coeurs. Mais le résultat sera inestimable. Nous pourrons enfin cueillir les fruits de la paix. Et alors, mes amis, quelle récolte!


 
 

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