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Les similitudes troublantes entre les partisans de Trump et de Netanyahou

Lundi 8 Février 2021 par Stéphane Meyer
Publié dans Regards N°1071

La rhétorique anti-élites et l’activisme violent des partisans les plus dévoués de Donald Trump entrent curieusement en résonance avec les violences verbales et physiques que les militants pro-Netanyahou les plus acharnés commettent en Israël. De trop nombreuses similitudes qui n’ont pas échappé aux médias israéliens.

Depuis que de nombreuses manifestations pacifiques sont organisées chaque semaine en Israël pour appeler à la démission du Premier ministre suite à son inculpation, des incidents violents ont été causés par des militants pro-Netanyahou. Ces derniers agressent les manifestants en les frappant, en projetant du gaz lacrymogène, ou en essayant de les écraser avec leur voiture. Des dizaines d’incidents de ce type ont été commis cette année.

C’est la raison pour laquelle, le lendemain de l’assaut du Capitole par les partisans les plus violents de Donald Trump, de nombreux journalistes israéliens n’ont pu s’empêcher de penser aux partisans les plus fanatiques du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Si ce dernier perd les prochaines élections ou s’il est condamné dans la procédure judiciaire qui le vise, ils craignent que ses partisans organisent des manifestations qui risquent de se terminer par une prise d’assaut de la Cour suprême. Si ce scénario est peu probable, tout le monde, à gauche comme à droite, a fait le lien entre les partisans les plus acharnés de Trump et ceux de Netanyahou.

« Il y a effectivement dans la base du Likoud, une frange de partisans inconditionnels et fanatiques de Benjamin Netanyahou présentant de nombreuses similitudes avec les partisans les plus opiniâtres de Donald Trump aux Etats-Unis », observe Simon Epstein, historien israélien. « Du point de vue sociologique, les partisans de Trump et ceux de Netanyahou sont largement issus des classes moyennes inférieures et des couches populaires en voie de prolétarisation et surtout, en voie de précarisation. Privés de couverture sociale et de sécurité de l’emploi, ce sont des victimes de l’effondrement de l’Etat-providence. Ce sont eux qui paient le prix du capitalisme sauvage dont Trump et Netanyahou, leurs idoles, furent les idéologues et les promoteurs, chacun à sa manière et chacun dans son pays. Au plan politique, ils tirent leurs informations, voire leurs directives d’action, des réseaux sociaux où prolifèrent les mensonges et les théories conspirationnistes. Ils évoluent dans une sphère culturelle étrange et fantasmée, toute empreinte de religiosité, de racisme et de culte du chef ».

Une haine commune des « élites »

Ils partagent une vision du monde lourde de récriminations et de ressentiment dans laquelle les « élites » sont responsables de leurs malheurs. « Dans les deux cas, les élites abhorrées sont identifiées aux professions libérales ou intellectuelles, soupçonnées de voter à gauche. Le système judiciaire est particulièrement visé, et c’est ainsi que l’inculpation et le procès de Netanyahou ont maximisé le prestige dont il jouit auprès des membres de son parti, auprès de l’ensemble de la droite israélienne et, tout particulièrement, auprès du public religieux. Trump et Netanyahou sont passés maîtres dans l’art d’orchestrer les sentiments complotistes qui animent leurs partisans. Ils savent leur parler, ils savent qu’il suffit d’agiter l’épouvantail des médias, des juges ou de la gauche pour les mobiliser », fait remarquer Simon Epstein.

Cela peut apparaitre comme un détail marginal mais parmi les manifestants aux abords du Capitole de Washington, il y avait un petit groupe d’Israéliens vivant aux Etats-Unis. Des journalistes israéliens présents ont réussi à les identifier et à les interviewer. On a pu remarquer, que ces Israéliens étaient semblables à ceux qui soutiennent Netanyahou avec obstination et violence : une même manière de parler, une même démonisation de la gauche, des médias et de la justice. S’exprimant devant les caméras de la Douzième chaîne, l’un de ces manifestants israéliens a même raconté qu’il a pénétré dans le Capitole où il est resté environ trente minutes. Y trouvera-t-il une source d’inspiration lorsqu’il s’agira de défendre Benjamin Netanyahou ? Une question qui traverse effectivement les esprits.


 
 

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  • Par Giacomo Douenias - 17/02/2021 - 9:39

    Vous êtes sérieux ?
    Vous appelez manifestations “pacifiques” des manifestations de fanatiques anti-Netanyahou contre lesquels la police est obligée d’intervenir, avec des canons a eau, souvent. Des manifestants qui foulent aux pieds la présomption d’innocence et qui ont condamné Bibi avant même que son procès n’ait débuté !
    Pour eux, comme pour vous il me semble, une inculpation vaut condamnation ! Voilà une conception bien étrange de la justice !
    Depuis plus de 40 semaines, ces fanatiques inconditionnels manifestent devant les domiciles officiels et prives du Premier Ministre d’Israel, créant un climat d’insurrection et de chaos. Ils manifestent en masse dans les rues des grandes villes d’Israel, sur les ponts qui enjambent les autoroutes. Ils bloquent la circulation par leurs défilés de voitures claxonnant sur un rythme convenu.
    Toutes ces actions ne peuvent avoir lieu qu’avec une organisation chapeautée par des chefs, donnant leurs instructions via les réseaux sociaux.
    La question qui devrait traverser les esprits est : jusqu’où les mènera leur haine contre Benjamin Netanyahou

  • Par Pierre Lasky - 17/02/2021 - 10:30

    Je pense que les auteurs de cet article sont très sérieux car le problème qu'ils évoquent est très préoccupant. Il y a parmi les soutiens inconditionnels une fange dangereuse et violente prête à tout pour donner libre à leur violence.
    J’ai malheureusement pu le constater personnellement un jour à Tel-Aviv lorsque j'accompagnais des bénévoles aidant des réfugiés soudanais dans le quartier de l'ancienne takhanat Hamerkzit. La violence verbale et physique avec laquelle ils s'en prenaient à nous ne peut en aucun cas être comparée avec les manifestations pacifiques dénonçant la corruption de Netanyahou. Ce n'est pas de la haine qui s'y exprime mais bien une exigence démocratique et une volonté qu'Israël demeure un Etat de droit.
    Ce qui n'est absolument pas le cas de cette racaille (et je pèse mes mots car ils possèdent presque tous un casier judiciaire chargé) brutale de fans de Netanyahou. Ils sont violents, racistes et peu soucieux des droits de l'homme et de l'Etat de droit.
    Pierre L.

  • Par Giacomo Douenias - 17/02/2021 - 14:02

    Monsieur Laski
    Unilatéralement, vous liez ce dont vous avez été témoin et victime, à la « fange dangereuse » des soutiens inconditionnels de, je le suppose, Netanyahou que vous ne citez pas. Qu’est-ce qui vous permet de le faire ?
    Puis-je vous rappeler que plus de la moitié des israéliens, et je pèse mes mots, vote à droite et que l’éventail de ceux qui s’en sont pris aux malheureux soudanais peut s’avérer très large.
    Comme beaucoup qui ne sont pas de droite, et je pèse mes mots, vous préférez reporter sur Bibi et ses fans tous les malheurs d’Israel.
    A tort ou à raison, je me considère comme fan de Netanyahou. Je n’ai pas de casier judiciaire. Je ne suis ni violent ni raciste et je suis soucieux des droits de l’homme et de l’Etat de droit. Je trouve donc vos propos insultants car ils m’englobent dans la généralisation que vous faite de « fans de Netanyahou ».
    Vos propos sont insignifiants car, TOUT CE QUI EST EXCESSIF EST INSIGNIFIANT (Talleyrand)

  • Par Pierre Lasky - 17/02/2021 - 16:03

    Je ne vous vise pas. Je ne vous connais pas.
    Le rebut de la société dont je parle appartiennent à cette racaille d'hommes violents qui s'attaquent physiquement à des manifestants pacifiques et à des militants d'associations des droits de l'homme. Allez voir du côté de "la familia" du Beitar Jérusalem et vous comprendrez.
    Pierre L.