La sexualité : mon corps m'appartient !

Mercredi 5 décembre 2007

 

La lutte en faveur de la libération sexuelle correspond à une lente progression vers la liberté. Loin de l’image idyllique d’une marche irrésistible vers l’émancipation complète, cette évolution se heurte encore à des obstacles, des retours en arrière. Si, depuis quelques décennies, les femmes disposent plus librement de leur corps, elles doivent encore faire preuve de vigilance à l’égard de traditions dégradantes qu’on souhaite leur imposer aujourd’hui, en 2007. Ces remises en cause suscitent notre inquiétude et celle de toutes ces femmes qui se sont battues pour se réapproprier leur corps. Très concrètement, que penser de ces traditions plaçant l'honneur de toute une famille, de tout un clan, dans la sexualité des femmes, la virginité des filles ? Que penser de ces intégristes de tous bords qui, par exemple, harcèlent des institutions publiques comme les hôpitaux ? Ceux-ci sont de plus en plus confrontés à l’intrusion de traditions patriarcales rétrogrades de tous types, poussant le corps médical à modifier son comportement éthique. Des femmes atteintes du SIDA expliquent à leur médecin qu’elles ne souhaitent pas de traitement parce que tel directeur de conscience autoproclamé leur a garanti une guérison par la prière et le jeûne. Des maris refusent que leur femme soit soignée par un homme. Des jeunes filles craignant le scandale, la répudiation familiale, les représailles, demandent aux médecins des certificats de virginité ou une reconstitution de l’hymen pour apparaître vierges devant leur futur époux. D’autres se voient interdire de vivre librement la vie de leur choix avec la personne de leur choix. D’autres encore, se voient opposer des interprétations rétrogrades de prescrits religieux interdisant ou décourageant des mariages mixtes. Dans ce contexte, on peut s’interroger légitimement sur la possibilité qu’ont les femmes de disposer librement de leur cœur, de leurs désirs et de leur corps. Ces quelques exemples, nullement exhaustifs, montrent à quel point, et de plus en plus, les individus doivent s’effacer au profit de communautés niant leurs droits individuels. Les traditions qui enferment retentissent également sur des adolescents ayant du mal à s’approprier leur corps et leur sexualité. Si certains sont tiraillés entre une société libre et une structure familiale marquée par le conservatisme, d’autres sont confrontés à une surstimulation sexuelle ou à des archétypes marchands parfois dégradants ou violents. Faire silence sur ces questions ou se contenter de belles postures morales n’arrange strictement rien. Alors, au boulot ! Libérons la parole, faisons sauter les verrous des tabous. Travaillons à ce qu’ensemble, filles et garçons puissent mettre des mots sur leurs malaises, sur leurs expériences. L’éducation sexuelle n’est pas un luxe ! Nous voulons qu’elle retrouve sa place légitime dans les programmes scolaires et dépasser le stade de l’information pour accompagner les adolescents à appréhender une sexualité qu’ils découvrent souvent seuls ou trop tôt. Cette situation ambivalente caractérise aussi ce que vivent gays et lesbiennes. Depuis plusieurs années, les responsables politiques ont pris acte des évolutions de la société, malgré les résistances des milieux conservateurs, en harmonisant la législation à la réalité. De la dépénalisation de l’homosexualité au mariage des homosexuels, l’évolution légale a largement contribué à améliorer le regard de la société. Pourtant, de nombreux problèmes graves subsistent : violence physique et verbale à l’égard des homosexuels, ou jeunes tétanisés à l’idée de révéler leur homosexualité à leurs parents ou à leurs camarades de classe. Ces exemples montrent la fragilité des progrès accomplis quand il est question de disposer librement de son corps. Ceux qui sont déterminés à réintroduire un contrôle rigide sur les femmes, à leur appliquer des normes archaïques recourent à tous les moyens, même violents et illégaux, pour aboutir à leurs fins. Dans une société plurielle, cette question ne peut être évacuée. Elle touche à l’intégrité physique et morale des individus. Aussi, nous estimons que l’autosatisfaction n’est pas de mise, qu’il y a encore beaucoup de travail pour que tous les progrès accumulés en matière de mœurs et de sexualité soient généralisés à toutes les composantes de la société. Seule cette généralisation pourra garantir à toutes les femmes et à tous les hommes sans distinction, la maîtrise d’un corps qui, d’instrument de domination et de souffrance, peut et doit devenir une source de bien-être, de plaisir, d’épanouissement. Cela nous regarde toutes et tous !


 
 

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