Belgique

La rafle d'Anvers, il y a 70 ans

Jeudi 16 août 2012 par Nicolas Zomersztajn

A l’occasion de la commémoration du 70e anniversaire de la rafle de la nuit du 15 au 16 août 1942 des Juifs d’Anvers, la première effectuée en Belgique, le bourgmestre d’Anvers Patrick Janssens a inauguré une plaque en mémoire de cet événement tragique à l’Hôtel de ville de la Métropole. L’occasion de revenir sur cet épisode déterminant dans la déportation des Juifs de Belgique.

 

Le 27 mai 1942, les autorités allemandes adoptent une ordonnance obligeant les Juifs de se procurer (pour un franc belge) l’étoile jaune auprès des autorités où ils étaient inscrits dans le registre des Juifs. Cela signifie qu'ils doivent aller la chercher dans les administrations communales. Pour celles d’Anvers où vivent 40% des Juifs de Belgique, cette mesure ne posera aucun état d’âme. Pire, elle sera appliquée avec un zèle particulier.

Non seulement les autorités communales anversoises acceptent de distribuer l’étoile jaune, mais elles se chargent également d’apposer sur la carte d’identité des Juifs un signe distinctif supplémentaire, une étoile mauve ou rouge, qu’aucune ordonnance allemande n’exige !

Cette disponibilité des autorités communales anversoises est une aubaine pour les Allemands : ils savent qu’ils ont les mains libres pour fixer le sort des Juifs anversois et qu’ils peuvent aussi compter sur la collaboration des autorités communales.

Car une fois l’étoile jaune distribuée aux Juifs, leur situation se dégrade rapidement. « Le prochain pas à franchir serait leur évacuation de Belgique », indiquait l’administration militaire allemande le 15 juin 1942. Par ailleurs, les officiers SS responsables des affaires juives réunis à Paris dans le courant du printemps de cette année avaient déjà insisté sur le fait que « l’introduction d’un signe distinctif des Juifs dans les territoires occupés de l’Ouest était une étape dans la solution de la question juive européenne ». Et comme le mentionnait un officier présent, il s’agit bien d’une « solution finale de la question juive ayant pour but l’extermination totale de l’adversaire ».

Comme l’écrivait l’historien Maxime Steinberg, le spécialiste de la déportation des Juifs de Belgique, dans Un pays occupé et ses Juifs (éd. Quorum), « les conditions politiques locales anversoises autorisent une action punitive plus audacieuse qu’ailleurs. L’instauration du port obligatoire de l’étoile jaune, le 1er juin 1942, fut à cet égard un test lourd de conséquences les plus graves pour les Juifs d’Anvers ».

Dans la nuit du 15 au 16 août 1942, la première rafle de Juifs de Belgique s’opère à Anvers. Les forces de l’ordre belges sont impliquées directement dans cette rafle. C’est en effet la police communale anversoise qui, réquisitionnée, procède à cette première grande rafle. Elle permet d’arrêter 998 Juifs. « Avec les raflés de cette nuit, Malines put former le 4e convoi de 1.000 déportés, le seul convoi dont personne -absolument personne- ne revint », rapporte Maxime Steinberg.

Quinze jours plus tard, une deuxième rafle intervient dans la nuit du 28 au 29 août (1.243 Juifs arrêtés), toujours avec le concours de la police communale anversoise. Au total, ces deux rafles nocturnes réduisent de plus de 10% la population juive d’Anvers. « Toutes proportions gardées, ces rafles firent autant de ravages que la grande rafle du Vel’ d’Hiv’ dans la capitale française, un mois plus tôt », constate Maxime Steinberg.

Une troisième rafle est organisée à Anvers dans la nuit du 11 au 12 septembre 1942. Comme le précisent les auteurs de l’étude du GEGES sur les autorités belges et la persécution des Juifs La Belgique docile, « cette rafle a un caractère tout autre que les deux actions précédentes. Il ne s’agit plus d’une « opération éclair » nocturne (…). L’action se déroule progressivement sur une période de 24 heures jusqu’à l’après-midi suivant ».

Après cette chasse à l’homme systématique qui se déroule pendant Rosh Hashana (nouvel an juif), les Juifs d’Anvers ont compris que la menace de déportation les concerne tous s’ils demeurent dans la légalité. La clandestinité s’impose. « Dès l’automne 1942, la ville où ils étaient les plus vulnérables se vida de ses Juifs. Ils refluèrent en masse vers Bruxelles et la province », souligne Maxime Steinberg.

Même les Juifs de nationalité belge n’ont pas été épargnés par ces rafles. Ils seront déportés vers Auschwitz par le 22e convoi en 1943. « Cette liquidation de toute présence juive légale à la fin de l’été 1943 signifiait qu’à l’instar de la solution finale aux Pays-Bas dans le même temps, Anvers était désormais, du point de vue nazi, Judenrein », conclut Maxime Steinberg.


 
 

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  • Par Etienne - 16/08/2012 - 21:33

    Comment body text

  • Par Lempel Michel - 22/08/2012 - 0:26

    Comment se fait-il qu'aucun représentant de ''Mémoire de la Shoah '' n'ai été invité ???????
    Sans carton d'invitation personne ne pouvait assister a cette cérémonie

  • Par jacques Jacobs - 2/09/2012 - 21:17

    Moi j'ai reussi a m'enfuir avec mon papa.....j'ai vu et connu le monde entier, et je remarque que les gens ne savent meme pas ce que c"est un juif. Ont est vu comme des avars et tout ce qui est mauvais. Ils sont mal informer. Ont a meme donner un Dieu au monde, nous devons organiser une grande vague d'information de ce que nous sommes. Ce que nous avons donner au monde dans toute les activitees., Medecine, les arts, etc etc. L'ignorance humaine declanche la haine violante gratuitement. Ça coute du sang et des larmes. Je craint que ça ne va jamais changer.