Santé publique

Quand le Coronavirus bouleverse notre quotidien

Lundi 16 mars 2020 par Géraldine Kamps

Alors que le CCLJ s’est vu contraint comme l’ensemble des organisations culturelles et autres lieux de réflexion et de divertissement de suspendre ses activités jusqu’au 3 avril 2020, aucun secteur ne semble échapper à la crise, touché en plein cœur. Face à cette situation sans précédent, toutes les mesures ont cependant été prises pour tenter de rassurer la population.

A l’Heureux Séjour, comme dans toutes les maisons de repos de Belgique, les mesures préconisées par le gouvernement fédéral sont bien sûr respectées : interdiction des visites et des sorties, à part le personnel et les fournisseurs, « qui déposent leurs livraisons dans notre sas », assure le directeur Marcel Joachimowicz. « Nos résidents nous disent qu’ils se sentent plutôt bien, parce que protégés. Ce sont peut-être les familles qui ont plus de mal à l’accepter ». Un système de vidéo-conférences est d’ailleurs en train d’être mis en place pour qu’elles puissent rester en contact avec leurs proches. Les activités ont quelque peu changé, elles aussi, remplacées par des séances d’ergothérapie, entre autres. « On veut être très prudent », confie la direction qui affirme avoir pour le moment des masques et désinfectants « en suffisance ».

Au Service social juif, on ne veut pas non plus céder à la panique. « Dans les moments de crise, les plus fragilisés ont besoin d’une oreille attentive », soutient la directrice Véronique Lederman. « En dehors du Club Amitié et de notre école des devoirs qui ont dû annuler pour l’instant leurs activités, nos équipes sont sur le pont, aussi bien du côté des assistants sociaux qu’au Centre médico-psychologique et à la médiation de dettes. Nous resterons ouverts tant qu’on ne nous obligera pas à fermer », insiste-t-elle.

Les habitudes ont été adaptées : plexiglas pour protéger la personne de l’accueil, gel désinfectant à disposition, distance de sécurité indiquée au sol, savon dettol et serviettes en papier dans les toilettes, désinfection régulière des clinches de portes, des rampes et des boutons d’ascenseur… « Nos membres sont bien sûr un peu déçus, parce qu’ils se retrouvent isolés, certains sont angoissés, mais la plupart sont compréhensifs, il faut surtout respecter les consignes », note Véronique Lederman. « Nos survivants de la Shoah, bénéficiaires de notre programme de maintien à domicile avec la Claims Conference, se montrent plutôt très costauds. « On a survécu au nazisme, ce n’est pas un virus qui va nous faire peur », nous disent-ils, rassurés de savoir aussi qu’ils peuvent compter sur nous et nous appeler même pour parler ».

Du côté des écoles, les classes sont vides comme l’ont imposé les autorités. Les élèves présents dans les garderies de Beth Aviv comme de Ganenou se comptent sur les doigts de la main. Preuve que la solidarité a sans doute joué chez les employés qui se sont vus réquisitionner, dans le secteur des soins de santé et de l’enseignement notamment.

La faculté de rebondir

Dans les commerces aussi, on a dû revoir quelques pratiques pour tenir bon. La fermeture des restaurants, bars et cafés fera sans doute d’énormes dégâts si elle se poursuit de trop longs mois. Lara Dratwa, à la tête des trois restaurants Poké House, a dû faire un choix en fermant momentanément l’établissement de la chaussée de Boondael, et en se séparant de 70 étudiants jobistes pour pouvoir conserver son personnel fixe. « Nous maintenons les restaurants de Louise et d’Uccle, avec lesquels nous développons les livraisons. Tout notre personnel porte des masques, aucun client ne peut s’asseoir, les comptoirs sont désinfectés et les distances de sécurité respectées pour l’attente », confie-t-elle. Les commandes semblent d’ailleurs plutôt bonnes. « Si cela dure trois semaines, on s’en sortira. Cela dépendra aussi des mesures que l’Etat prendra pour nous venir en aide ».

Fournisseur des écoles de la communauté, de nombreux hôtels aussi, sans compter le gros, le traiteur Marco Serfaty se retrouve particulièrement impacté lui aussi, puisque tous les événements qu’il couvrait ont été annulés, dans le meilleur des cas reportés. Comme tant d’autres, il a fait le choix de rebondir en se lançant dans le Catering grâce à une page Facebook qui semble avoir déjà atteint quelque 3.000 personnes. « Il faut maintenant que ces gens commandent », espère celui qui compte sur une trentaine de repas par jour pour s’en sortir, avec sa femme et ses trois employés. « C’est la première fois que cela arrive, j’ai donc dû respecter sept jours ouvrables avant de pouvoir les mettre en chômage économique. Les pertes de la semaine sont pour moi ! »

Chez Top House et Edan Clean, sociétés de nettoyage pour les particuliers (titres-services) et les entreprises, « on est encore en train de faire le point, mais la situation est assez catastrophique », comme nous l’explique Déborah Orzechowski. « Si les professionnels se montrent plutôt compréhensifs, les particuliers sont plus agressifs, ne comprenant pas pourquoi nos ouvriers et femmes de ménage se présentent chez eux. Nous ne pouvons pas leur interdire d’annuler le service qu’ils avaient demandé, mais ils doivent nous prévenir qu’ils souhaitent l’annuler », précise Déborah. C’est le cas déjà de 60% des clients… « Nous avons mis en place toutes les mesures d’hygiène : nos travailleurs se lavent les mains avant d’arriver, ils maintiennent les distances, changent de vêtements et portent des gants jetables. Nous avons également commandé d’urgence des masques en lin à défaut de masques jetables, mais cela ne semble pas suffisant pour rassurer les gens ».

Rien ne semble en effet calmer l’hystérie et l’angoisse d’une partie de la population, ce qui ne fait qu’empirer la situation. « Nos travailleurs vivent déjà bien souvent dans des conditions précaires, je crains qu’ils réaliseront vraiment ce qui se passe en recevant leur fiche de paie du mois de mars… ». A l’heure actuelle, les mesures d’indemnisation que prendront les autorités restent la grande inconnue. Quid en effet des ouvriers qui travaillent à l’heure ou par demi-journées, alors que le chômage économique ne couvre que des journées entières ?

Marc Filipson compte sur la clémence des propriétaires notamment, « qui devront peut-être revoir leurs loyers au prorata des jours d’ouverture », suggère-t-il. Pas du genre lui non plus à baisser les bras, le patron de la librairie a avancé le lancement de son site de vente en ligne pour parer au plus urgent. « Notre site de vente en ligne devait être lancé en août, il sera prêt dès ce mercredi » affirme-t-il, « avec des chroniqueurs qui feront des vidéos sur leurs coups de cœur. Nous livrerons nous-mêmes les commandes sur les 19 communes de Bruxelles ». La librairie reste ouverte en semaine, ainsi que la vente de boissons et sandwichs à emporter, avec les précautions qui s’imposent : tout le personnel travaille avec des gants, et des gants sont offerts aux clients qui ne disposeraient pas de gel désinfectant.

Si de nombreux clients semblent avoir pris les devants en faisant des réserves de livres, de jeux et de puzzles ces derniers jours, il n’empêche que la fermeture imposée le week-end porte à conséquence. « Elle constitue une perte de 30 à 40% sur la semaine », admet Marc Filipson, « sans compter une grosse partie de ma clientèle des bureaux qui est en télétravail la semaine ». Rarement à court d’idées, le libraire propose le maintien de l’ouverture des librairies, comme « produits de première nécessité » et envisage la lecture de contes par vidéo-conférences, si les mesures venaient à se prolonger. « Nous sommes chacun responsable de ne pas contaminer les autres, alors nous devons tous trouver des petites idées pour nous occuper ».

Et si Le Coup de grâce de Pietro Pizzuti et Monsieur Optimiste d’Alain Berenboom programmés en ce mois de mars au Théâtre Le Public avaient été visionnaires.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Remy - 21/03/2020 - 1:07

    S agit il d un article informatif ou d une publiscopie pour quelques commerces?
    Vraiment vous devez vachement vous ennuyer pour devoir en arriver à ce niveau.
    J étais habitué à autre chose de la part de Madame Kamps

  • Par Rédaction Regards - 22/03/2020 - 9:58

    Si ce que vous nommez "publicité" renforce la solidarité, cela n'aura été que bénéfique.
    Bien à vous
    La Rédaction