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Le premier procès de John Demjanjuk (Ivan le Terrible) (16 février 1987)

Mardi 4 Février 2020 par Tarbout
Publié dans Regards n°1058

Le 16 février 1987 s’ouvre à Jérusalem le procès de John (Ivan) Demjanjuk. Il a fait partie des gardiens ukrainiens du centre d’extermination de Treblinka. Chargé de mettre en marche les moteurs des chambres à gaz et d'y injecter le monoxyde de carbone, il surveillait également l'entrée des Juifs dans celles-ci.

 

Il a également servi de gardien dans d’autres centres de mise à mort comme Sobibor et Majdanek, ainsi que dans les camps de Flossenbourg et Trawnicki. Partout, il a laissé le souvenir d’un tortionnaire cruel et sadique commettant les pires atrocités. C’est ainsi qu’il s’est fait un prénom et surnom : Ivan le Terrible (Ivan Grozny en polonais).

En dépit des témoignages accablants de survivants de Treblinka, l'avocat israélien de Demjanjuk, Yoram Sheftel, s’efforce d’établir son innocence en expliquant que son client n’est pas Ivan le Terrible : « Il y avait un monstre à Treblinka, Ivan le Terrible, mais ce n'est pas l'homme au banc des accusés ». Pour ce faire, il prétend que le document envoyé par l’URSS prouvant qu'Ivan Demjanjuk a suivi un entraînement dans le camp SS de Trawniki, dans l'Est de la Pologne, est un faux fabriqué par le KGB. Le tribunal israélien estime toutefois que John Demjanjuk est bel et bien Ivan le Terrible, le reconnaît coupable de crimes contre l'humanité et le condamne à la peine de mort par pendaison, le 25 avril 1988. Un jugement pour lequel il interjette appel.

Le 29 juillet 1993, la Cour suprême israélienne casse la décision du tribunal de Jérusalem. Grâce à l’accès à certaines archives du KGB, elle estime que des « doutes raisonnables » existent concernant l’identité présumée d’Ivan le Terrible. Après sept ans de détention, Demjanjuk retourne aux Etats-Unis où il vit depuis 1951.

Un nouveau coup de théâtre se produit début des années 2000, lorsque la justice américaine établit que John Demjanjuk est bien le tortionnaire Ivan le Terrible. Alors qu'il se voit déchu de sa nationalité américaine, l’Allemagne réclame son extradition pour le juger. Il doit répondre de sa participation au meurtre de plus de 27.000 Juifs au centre d'extermination de Sobibor. Condamné à cinq ans de prison, il fait appel du jugement devant la Cour fédérale qui ne se prononcera jamais. Demjanjuk décède en effet le 17 mars 2012.

L’allure de feuilleton judiciaire à rebondissements prise par cette affaire a hélas banalisé la dimension génocidaire des crimes commis par Demjanjuk. En jugeant ce gardien ukrainien, les justices israélienne et allemande ont bien mis en lumière la participation active de tous ces sans-grade au processus d’extermination des Juifs d’Europe. 

Le documentaire « Procès d'un bourreau » retraçant le procès de Demjanjuk est disponible sur Netflix.

 
 

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