Islamisme

OPA des Frères musulmans sur l'islam de Belgique

Lundi 13 avril 2015 par Willy Wolsztajn
Publié dans Regards n°817

Surfant sur l’émoi causé par la terreur jihadiste, les Frères musulmans de Belgique lancent une OPA sur l’islam local, via des « Convergences musulmanes contre la radicalisation et pour la citoyenneté ». Une initiative aux apparences démocratiques qui ne remet pas en cause l’essentiel de leur idéologie fondamentaliste.

 

Les cadavres des journalistes de Charlie Hebdo étaient encore tièdes, en ce tragique mercredi de janvier 2015, qu’un groupe d’associations publia à Bruxelles un étrange communiqué[1]. Le cosignaient Empowering Belgian Muslims (EmBeM), le Collectif contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB), European Network Against Racism (ENAR), l’Association belge des Professionnels musulmans (ABPM) et Toutes Egales au Travail et à l’Ecole (TÊTE – militantes pour l’autorisation du port généralisé du foulard islamique).

Toutes ces structures renvoient au Complexe éducatif et culturel islamique de Verviers – mosquée Assahaba (CECIV)[2], principale base des Frères musulmans en Belgique et, incidemment, collecteur de fonds pour le Hamas, via sa fondation Al-Aqsa[3].

A cette phalange islamiste s’étaient joints Tayush, club de dialogue entre intellectuels de gauche et Frères musulmans, l’Union des Progressistes juifs de Belgique (UPJB), le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX) ainsi que Pax Christi Wallonie-Bruxelles.

Bizarrement, ces associations éprouvaient le besoin de se justifier, de se démarquer du massacre. « Nous n’avons rien en commun avec les idéologies qui prescrivent de régler les tensions sociales à coup de mitraillette[4] » clamaient-elles. Craignaient-elles de voir leur propre idéologie amalgamée avec celle des tueurs ? Trouvaient-elles quelque excuse à leurs mobiles criminels ? Des analyses tordues les poussaient-elles à imaginer qu’ils désirassent « régler » de quelconques « tensions sociales » ?

Dévoiement de manif post Charlie

Deux jours plus tard, ce même groupe réunit une petite trentaine de personnalités issues des mondes syndicaux, patronaux, universitaires et culturels. Avec, en cadeau surprise, on se demande pourquoi, Leila Shahid, ambassadrice de Palestine à Bruxelles.

Ils convoquèrent pour le 11 janvier une « marche citoyenne » baptisée, ça ne mange pas de pain, « Ensemble contre la Haine. » Ainsi, des islamistes enragés décimaient Charlie Hebdo pour ses blasphèmes et on jetait Charlie Hebdo à la trappe. Les mêmes massacraient des Juifs parce que juifs, et l’antisémitisme assassin passait au bleu.

Par contre, Farida Tahar, représentante du CCIB s’exprima à la tribune. « Oubliant » les victimes juives de l’Hyper Cacher, elle fustigea « la montée de l’islamophobie » et les « conséquences inévitables (des attentats) sur les Belges de confession musulmane[5]. » Ensuite, on la vit plastronner en tête de cortège avec l’ambassadeur de France.

Vieille tactique politicienne. Quand un monstrueux événement contrecarre vos plans, prenez le contrôle de l’irrésistible protestation publique et dévoyez-la. Outre l’imposture quant au thème de manifestation, la manœuvre mettait sur la touche les partis démocratiques et les légitimes élus du peuple, tout comme les institutions représentatives du judaïsme (Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique) et de l’islam (Exécutif des Musulmans de Belgique). Avec ses 20.000 participants, la manif recueillit un franc succès. Fin du premier acte.

Soutiens matériels, politiques, médiatiques

Acte deux. Le 22 janvier étaient lancées des « Convergences musulmanes de Belgique contre la radicalisation et pour la citoyenneté. » Les Frères musulmans en tirent les ficelles. Empowering Belgian Muslims déjà citée lui prête son adresse électronique. L’administrateur et secrétaire d’EmBeM Fouad Gandoul lui sert de contact flamand. C’est Hajib El Hajjaji, administrateur du frériste (et wallon) CECIV (voir supra) qui assure le contact francophone.

Les signatures alignent entre autres la Ligue des Musulmans de Belgique (LMB), organisatrice de la Foire musulmane de Bruxelles, petite sœur nordique du Rassemblement du Bourget de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). La LMB compte le CECIV parmi ses piliers. Au sein de « Convergences », celui-ci côtoie European Muslims Network (EMN), une structure internationale fondée et présidée par Tariq Ramadan, ainsi que les CCIB, ABPM, TÊTE déjà présentés au premier acte et, bien sûr, EmBeM lui-même. En tout, on retrouve une cinquantaine de personnes et une soixantaine d’associations, dont quelques hommes/femmes de paille et coquilles vides.

Un homme d’affaires belgo-tunisien, Lassaad Ben Yaghlane, proche du parti Ennahda, branche tunisienne de la Confrérie des Frères musulmans, dote « Convergences » d’un Espace Poincaré – Dar Al Quran, local chic dont Hajib El Hajjaji assure la gestion. Radio Arabel, émetteur propriété du même mécène, s’est quant à elle attaché les services de Fatima Zibouh, présidente d’EmBeM[6]. Radio Arabel et EMN constituaient les partenaires exclusifs d’une conférence sur les « dilemmes éthiques » tenue à Bruxelles les 14 et 15 mars 2015 par le très qatari Center for Islamic Legislation and Ethics (CILE)[7], autre structure créée et dirigée par Tariq Ramadan.

Les Etats-Unis couvent tout ce petit monde. Administrateur du CECIV, vice président d’EmBeM, directeur général d’ENAR (voir supra), longue carrière militante frériste, le converti Michaël Privot participa dès 2005 avec quelques dizaines de coreligionnaires belges à un colloque organisé par le Département d’Etat. Le 19 février 2015, Taoufik Amzile, administrateur d’EmBeM et président de l’ABPM prit la parole à Washington devant Barack Obama et le ministre belge de l’Intérieur Jan Jambon. Empowering Belgian Muslims lui-même germa en marge d’une réception en 2012 à l’ambassade américaine à Bruxelles, suivie d’un stage d’empowerment aux Etats-Unis[8].

Ce ne serait pas la première fois que les Etats-Unis s’égarent en matière d’islamisme. Sous administration républicaine comme démocrate, Washington semble décidément incapable de tirer les leçons de ses déboires à ce sujet. Quant à toute une intelligentsia post gauchiste, il est piquant de la voir rallier avec ferveur une bigoterie islamiste en marche parrainée par « l’impérialisme US ami d’Israël » honni.

Côté relais politiques belges, « Convergences » étend ses pseudopodes vers les partis socialiste, centriste et écologiste. Farida Tahar (PS) exerce un mandat communal à Molenbeek. Hajjib El Hajjaji, militant Ecolo à Verviers, brigua la deuxième suppléance au scrutin européen 2014. Administratrice d’EmBeM et proche du président turc AKP Recep Tayyip Erdogan, Mahinur Özdemir (CDH) siège au Parlement régional bruxellois et au Conseil communal de Schaerbeek. Jusqu’ici, seuls les libéraux paraissent épargnés.

Depuis des années, des médias et organisateurs de conférences complaisants ouvrent grand les vannes aux Yacob Mahi, Malika Hamidi, Franck Amin Hensch, Mahinur Özdemir, Hajjib El Hajjaji, Fouad Benyekhlef, Fatima Zibouh, Farid El Asri et consorts. Sans omettre le Grand Communicateur en chef, le télé prédicateur Tariq Ramadan, désormais coutumier des auditoires ulbistes au nom d’un libre examen niais. L’ULB inviterait-elle jamais le télévangéliste protestant Pat Robertson ? Non bien sûr. Pourquoi alors son alter ego islamiste ? Les tueries parisiennes ont propulsé Michaël Privot en coqueluche de panels radio, TV, débats universitaires, expert ès islam attitré des salles de rédaction. Comme si, en ce plat pays, seule une bruyante fanfare sous baguette frériste était capable de s’exprimer sur l’islam du 21e siècle !

Stratégie minoritaire d’influence

Nous devons toujours garder à l’esprit la nature de la Confrérie[9]. Combattants de la Vraie Foi, ses activistes s’appliquent certes à afficher un gentil sourire, à tenir un discours lisse et à tendre la main. Berner le mécréant entre dans leur habitus et ne leur pose aucun problème éthique. Et ils possèdent l’éternité pour unique horizon. Secte politique totalitaire plutôt qu’accomplissement spirituel, les Frères musulmans se dévoilent quand ils exercent le pouvoir, comme on l’a vu en Egypte, en Tunisie, en Turquie, à Gaza, au Maroc.

La Charte (1988) du parti armé Hamas, une des branches palestiniennes de la Confrérie,  expose sans fard le fond de sa pensée[10]. Elle hait la démocratie libérale, l’Occident, l’athéisme et, cela va de soi, les Juifs, cause des maux qui accablent l’humanité. Elle accrédite le faux antisémite « Les Protocoles des Sages de Sion » comme source authentique. En un style très Allemagne 1933-1945, la femme musulmane se voit réduite à la fonction « d’usine à hommes[11]. »  Sous couvert de soutien humanitaire à la cause palestinienne, les Frères musulmans européens ne ratent jamais une occasion de manifester leur solidarité active et leur connivence avec la dictature islamique gazaouie.

« Les Frères agissent dans une perspective léniniste de prise de contrôle[12] », souligne Tewfik Aclimondos. Ils adaptent leur stratégie à l’Europe, où l’islam est minoritaire. Pas question d’organiser ici un grand parti islamiste autonome. En revanche, ils visent à établir leur hégémonie sur les populations musulmanes locales et, par ce biais, à faire levier sur les partis démocratiques par une politique d’influence.

Dans une Ville-Région comme Bruxelles ces populations de tradition islamique comptent pour 25-30% du total, dont la moitié sécularisées et non pratiquantes[13]. Terrain de manœuvre idéal pour une entreprise de conquête politique.

Exploiter le jihadisme pour obtenir un brevet de virginité démocratique

Les Frères musulmans exploitent la vague glauque des massacres djihadistes afin d’obtenir un brevet de virginité démocratique. D’où leurs magouilles pour détourner l’émoi populaire consécutif aux tueries de Paris, suivies de la création de « Convergences musulmanes contre la radicalisation et pour la citoyenneté. » Ils bénéficient de relations politiques intérieures et internationales ainsi que de soutiens matériels et de visibilité médiatique.

Une même espérance porte Frères musulmans et djihadistes : « libérer » l’humanité entière par sa conversion à l’islam, réaliser l’Oumma universelle. Les premiers cherchent à l’accomplir par des moyens politiques, les seconds par la terreur. On comprend pourquoi ceux-là redoutent comme la peste de se voir assimilés à ceux-ci. Ils partagent une finalité commune associée à une proximité idéologique forte. Seuls les modes opératoires les distinguent de manière radicale. Voilà qui éclaire sous un jour singulier le sens du texte évoqué en ouverture de cet article.

 

[1] Charlie Hebdo : un collectif d’associations réagit – 07.01.2015.

[2] EmBeM via M.PRIVOT, vice président ; CCIB via H.EL HAJJAJI, vice président ; ENAR via M.PRIVOT, directeur général, ABPM via H.EL HAJJAJI, administrateur, chargé de projets ; TÊTE via sa collaboration avec F.BENYEKHLEF (Muslims Rights Belgium ; Musulmans Proactifs/Progressistes, asbl aujourd’hui dissoute).

[3] St.MERLEY – The Muslim Brotherhood in Belgium – The NEFA Foundation – April-May 2008, M.C.ROYEN – Extrémisme, la nébuleuse des Frères en Belgique – Le Vif/L’Express – 25.04.2008.

[4] Un collectif,…

[5] Ph.BREWEAYS – Vers une gauche bigote ? – M…Belgique – 27.03.2015.

[6] M.C.ROYEN – L’omniprésent Lassaad Ben Yaghlane – Le Vif/L’Express – 06.03.2015.

[8] M.C.ROYEN – La love story américaine – LeVif/L’Express – 06.03.2015

[9] M.PRAZAN – Frères musulmans. Enquête sur la dernière idéologie totalitaire – Grasset – 2014.

[10] Charte du Mouvement de la Résistance islamique (Hamâs) – 1988 - http://iremam.cnrs.fr/legrain/voix15.htm

[11] Charte, art 17.

[12] M.PRAZAN, T.ACLIMANDOS – Les Frères musulmans au pouvoir – CCLJ – 05.02.2013 - http://cclj.be/article/3/4122

[13] F.DASSETO – L’iris et le croissant – Presses universitaires de Louvain – 2011. 


 
 

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