Grande-Bretagne

Le nouveau leader du Labour déterminé à éradiquer l'antisémitisme au sein de son parti

Vendredi 10 avril 2020 par Nicolas Zomersztajn

Dès l'annonce de son élection à la tête du Parti travailliste le 4 avril dernier, Keir Starmer s'est engagé à extirper le poison de l'antisémitisme qui s’est répandu au sein du Labour durant la présidence de Jeremy Corbyn.

 

« Nous devons envisager l’avenir avec honnêteté. L’antisémitisme a entaché notre parti. J’ai pu observer le chagrin de nombreuses communautés juives. Au nom du Parti travailliste, je m'en excuse », a déclaré Keir Starmer dans une allocution télévisée. « Je vais m’attaquer à ce poison par la racine et je n’évaluerai le succès de cette éradication que par le retour de nos membres juifs et de tous ceux qui estimaient ne plus pouvoir nous soutenir ».

L'élection de Keir Starmer à la tête du parti permet donc au parti travailliste de tourner enfin la page de l'antisémitisme qui a ravagé ce parti depuis l’arrivée de Jeremy Corbyn à sa tête.

Les dirigeants de la communauté juive britannique ont salué les déclarations de Keir Starmer concernant sa détermination à lutter fermement contre l'antisémitisme au sein du Parti travailliste.

Une question se pose : Keir Starmer peut-il réussir ? Avant que le Parti travailliste, ou quiconque, puisse résoudre efficacement le problème, les Travaillistes doivent surtout mener une réflexion sur les mécanismes de l’antisémitisme contemporain.

Dans de nombreux cas, les membres travaillistes accusés d'avoir exprimé des idées antisémites ont été défendus en expliquant qu’ils n'étaient pas antisémites. C’est le refrain qui était systémiquement entonné concernant Jeremy Corbyn. « Il n’y a pas un os antisémite dans son corps », a déclaré un porte-parole du Parti travailliste en 2015. Répéter sans cesse que quelqu'un n'est pas antisémite alors que ses propos le sont, revient à évacuer le problème.

« L'expulsion, bien que parfois nécessaire, ne sera jamais la solution miracle du problème », écrit dans une tribune du Guardian du 8 avril 2020 David Feldman, professeur d’histoire au Birkbeck College de l’Université de Londres et spécialiste de l’antisémitisme. « Vous pouvez expulser les antisémites, mais vous ne pouvez pas expulser l'antisémitisme. Bien que les antisémites puissent être éliminés, l’antisémitisme, qui traverse notre culture politique, ne le peut certainement pas ».

Ce qui importe donc en matière d’antisémitisme, ce ne sont pas les intentions mais les faits et les déclarations. Cela ne sert à rien de dire que tel ou untel n’est pas antisémite alors qu’il ne cesse de proclamer que les Juifs s'enrichissent aux dépens des autres, qu’ils nourrissent des projets de domination du monde au détriment des peuples les plus déshérités, ou qu’ils soutiennent un Etat nazifié qui commettrait un génocide à gaza.

Alors que le soutien à la cause palestinienne a été l’occasion pour certains militants du Labour de donner une tonalité antisémite à leur engagement, l’hostilité aux Juifs se nourrissait aussi d’antisémitisme économique associant les Juifs au capitalisme, qui à son tour recyclait des préjugés antisémites chrétiens en mêlant tout cela à des thèses conspirationnistes.

Ces préjugés se sont accumulées au fil des années et sont profondément ancrées dans une sous-culture politique de gauche. « Si nous avons besoin d'une métaphore pour comprendre l'antisémitisme, ce n'est pas d’un virus dont il faudrait parler mais d’un réservoir », précise David Feldman. « Un réservoir profond de préjugés, de stéréotypes et de récits qui est alimenté er reconstitué au fil du temps, et dans lequel les gens peuvent puiser facilement. C'est pourquoi l'éducation, plus que la discipline, doit être une priorité pour le Labour. Cela devrait viser à favoriser une meilleure compréhension de l'antisémitisme en tant que forme de racisme, et à cultiver la familiarité avec sa rhétorique et les dommages qu'ils causent, quelle que soit l'intention ».

L'élection de Starmer à la tête du Parti travailliste doit être l'occasion de tourner la page et ramener au bercail tous les dégoutés pour inciter ainsi tous les dégoutants à s’en aller ou à faire leur examen de conscience.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/