Voile islamique

Le monde laïque déplore l'attitude de la STIB

Mardi 1 juin 2021 par N.Z.

Le Centre d’Action laïque (CAL) et le Conseil des Femmes francophones de Belgique dénoncent le refus de la société des transports publics bruxelloise, la STIB, de ne pas interjeter appel de la décision du tribunal du travail qui la condamne à autoriser le port des signes religieux de ses agents.

 

La présidente du Centre d’Action Laïque (CAL), Véronique De Keyzer se déclare choquée par la décision la STIB de ne pas interjeter appel de l’ordonnance du tribunal du travail lui enjoignant de ne plus mettre en œuvre sa politique de neutralité.

« La question de la neutralité des agents des services publics est trop importante que pour être le simple jeu de calculs électoralistes », déplore-t-elle. « Le CAL appelle la STIB à s’expliquer en toute transparence sur les raisons qui l’ont amenée à ainsi accepter d’être qualifiée sur le plan judiciaire d’entreprise discriminante et, le cas échéant, à revenir sur cette décision. Il demande également au gouvernement bruxellois d’enjoindre à la STIB de faire marche arrière ».

Le CAL invite surtout les responsables politiques à adopter, dans le cadre d’un débat démocratique au Parlement fédéral, une législation garantissant fermement la neutralité des agents publics. « Légiférer en cette matière permettra enfin de sortir de la gestion au « coup par coup » de cette question et de l’insécurité juridique comme de l’inégalité de traitement suscitées par cette absence de clarification », précise le CAL.  

Le Conseil des Femmes Francophones de Belgique regrette aussi que la STIB n’ait pas interjeté appel de la décision du tribunal autorisant le voile islamique suite au jugement rendu par le tribunal du travail de Bruxelles le 3 mai dernier. « En Belgique, le port du voile islamique, comme tout autre signe d’appartenance et de conviction, est PARTOUT et TOUT LE TEMPS autorisé, sauf dans deux circonstances : dans l’enseignement obligatoire ainsi que dans une fonction publique. La position du CFFB va dans le même sens que les législations actuelles : une liberté individuelle pour les jeunes filles dès la fin de leurs études secondaires, ainsi qu’une liberté de décision pour les femmes qui souhaitent suivre l’orthodoxie de prescrits religieux. Ces droits s’assortissent de devoirs, dont celui d’assumer les conséquences de ses choix : vouloir intégrer une fonction dans une administration ou un organisme public exige le respect de tous les usagers dans leur diversité. Imposer visiblement sa vision ou ses convictions personnelles est incompatible avec toute fonction de service public », a souligné la présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique, Sylvie Lausberg dans un communiqué publié le 31 mai 2021.

« Défendre le port du voile ou le droit à l’avortement rejoint un combat commun en faveur des minorités », a déclaré Rajae Maouane le 31 mai sur les ondes de la Première. L’assimilation de ces combats a évidemment heurté celles et ceux qui se sont battus pour le droit à l’avortement. Le droit à l’IVG et celui de porter le voile islamique ne sont en aucun cas les deux facettes d’une même lutte pour les droits des femmes. Comme les défenseurs des signes religieux s’étaient distingués dans leur volonté de légaliser le droit à l’avortement. Une évidence qui n’échappe pas au Conseil des Femmes francophones de Belgique : « Hier comme aujourd’hui, les opposants à l’IVG avancent des préceptes religieux pour refuser aux femmes le droit de décider ou non de poursuivre une grossesse. Et, à notre connaissance, nous n’avons jamais vu de responsables de quelque confession que ce soit manifester publiquement son approbation de l’IVG, ni même de la contraception dans toutes ses dimensions. Au contraire, aux entraves légales et à la réprobation sociale s’ajoutent des attaques de plus en plus fréquentes, dans notre pays, mais aussi partout dans le monde à des degrés divers ».

Il est clair que ces deux combats sont diamétralement opposés et qu’ils ne peuvent être placés dans la même catégorie. « Assimiler le droit à l’IVG et celui de porter le voile islamique comme deux formes égales d’émancipation des femmes repose donc sur une confusion très dangereuse. Un choix religieux n’a rien à voir avec une situation de vie subie, parce qu’on est femme », a réagi Sylvie Lausberg. « Ce parallèle fait non seulement l’impasse sur l’histoire des mouvements de libération des femmes, mais aussi sur ce que celles-ci doivent subir en et hors Europe, quand des préceptes religieux rigoristes sont appliqués. Faire comme si ces violences n’existaient pas à l’encontre des femmes qui ne se soumettent pas aux prescrits religieux – allant parfois jusqu’à la torture et l’assassinat – est, pour nous, insupportable ».

Pour sortir de ce mauvais feuilleton que ne peut connaitre que des prochains épisodes où l’insécurité juridique règne, il n’y a que le recours à la voie parlementaire. Une loi claire sur la neutralité des services publics et de leurs agents doit être votée. L’inscription du principe de laïcité dans la Constitution permettra aussi de mettre fin à l’immixtion du religieux dans la fonction publique, l’enseignement et l’entreprise. Autant d’espaces qui ne sont pas des lieux de culte.


 
 

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