Mazal Tov! Le mariage juif laïque est né…

Jeudi 8 mai 2003 par Delphine Szwarcburt

 

Le 23 juin 2002, Naomi et Lionel ont été les premiers mariés à se dire «oui» lors d’une cérémonie de mariage juif laïque. Cette date constitue un événement majeur, puisque pour la première fois, le Cclj a officiellement marié un couple. Continuer notre combat pour la laïcité en réussissant le pari de créer une cérémonie nuptiale profondément juive, c’est le défi que nous avons tenté de relever.

L’idée de proposer au Cclj une cérémonie de mariage juif n’est pas nouvelle. Cela fait des années que nous nous battons pour que le judaïsme laïque vive et se renforce autour de fêtes et de rites hérités de la tradition. Cette idée s’est cristallisée autour d’un constat terrible : le peuple juif disparaît. Il s’agit malheureusement d’une donnée démographique que l’on peut facilement vérifier. Il disparaît tout d’abord parce que nous faisons moins d’enfants, mais il disparaît aussi à cause de ce phénomène inexorable qu’est l’assimilation. Si nous nous définissons comme des Juifs laïques, notre combat essentiel est d’arriver à transmettre un judaïsme humaniste, riche de connaissances, aux générations futures afin qu’à leur tour elles puissent le transmettre à leurs enfants. Que ce soit lors de la célébration des fêtes, pendant les cours de préparation à la bar-mitzva, au sein de notre crèche ou de notre mouvement de jeunesse, notre démarche reste la même : transmettre le judaïsme au plus grand nombre dans un esprit de tolérance et d’ouverture. Pour faire vivre le judaïsme auquel nous tenons, il faut apporter du contenu, mais il faut avant tout donner du sens. C’est cette même démarche qui nous a conduits à créer la cérémonie de mariage juif laïque. Pour pouvoir vivre pleinement une identité et pour lui permettre de s’enraciner profondément, il faut lui offrir des étapes auxquelles se raccrocher. Le calendrier juif nous permet de vivre l’année juive au rythme de ses fêtes, mais les rites de passage qui marquent des moments clés dans la vie de chacun sont des instants privilégiés pour affirmer les liens qui unissent notre destin particulier à celui de tout un peuple. Depuis des années déjà, nous avions remarqué que de nombreux couples souhaitaient se marier mais ne trouvaient pas le cérémonial qui leur convenait. Il fallait soit renoncer à ses convictions de laïcité et se marier à la synagogue pour avoir un mariage juif ou bien renoncer à la synagogue pour respecter ses convictions, mais c’était du même coup abandonner l’idée de donner une dimension juive à son mariage. Nous étions arrivés à deux constats. D’une part, notre programme de bar-mitzva fonctionnait très bien et répondait chaque année à la demande de nombreux parents et enfants; il fallait donc être cohérents avec nous-mêmes et continuer sur cette voie en proposant la célébration d’un nouveau rite de passage. D’autre part, et dans le même esprit, nous souhaitions répondre aux nombreuses demandes de couples qui souhaitaient «faire un mariage juif», mais qui, pour différentes raisons, ne voulaient ou ne pouvaient le célébrer à la synagogue. Comme pour la préparation à la bar-mitzva, nous ne souhaitions pas être une solution de rechange, un second choix. Nous voulions créer une cérémonie qui serait tout à la fois un très beau rituel qui couronne et officialise un acte d’amour mais qui serait aussi porteur d’un engagement envers un judaïsme laïque et humaniste. C’est pourquoi nous avons décidé de créer une cérémonie de mariage qui nous ressemble. Une cérémonie qui serait entièrement et authentiquement juive, mais aussi laïque. Un rite se référant et s’inscrivant dans une tradition, dans une histoire, dans une culture, mais pas dans une religion. C’est au sein du groupe de réflexion -qui se penche depuis quelques années sur différentes questions ayant trait à l’identité et à l’avenir du peuple juif- que le projet du mariage s’est développé. La cérémonie que nous proposons est issue d’une année de réflexions, de recherches, de débats en petits et en plus grands comités. Notre position de départ était très claire : il ne s’agissait ni d’imiter ce qui se faisait déjà, ni de pratiquer une anti-religiosité primaire. Notre volonté était d’offrir une alternative à ceux qui n’étaient pas satisfaits par les solutions proposées, par ceux qui voulaient plus que la maison communale, mais pas dans la maison d’un Dieu auquel ils ne croient pas.

Une cérémonie qui n’exclut personne

Très rapidement nous nous sommes mis d’accord sur des règles de base : la cérémonie que nous proposons ne peut être célébrée que pour un couple déjà marié civilement et ce, en accord avec la loi belge. De même et pour éviter des problèmes inextricables, ce mariage serait dissout en cas de divorce. La question la plus délicate a été celle de savoir à qui s’adressait notre cérémonie. Devions-nous accepter d’unir des couples mixtes? Notre réponse est claire : accepter de marier des couples mixtes, ce n’est pas contribuer à briser un tabou, ce n’est pas favoriser leur augmentation, c’est être cohérents avec nous-mêmes et dire haut et fort que celui qui veut être accueilli au sein de notre communauté doit l’être, que nous devons vivre dans l’acceptation d’autrui et non dans son rejet. C’est le refus qui crée l’assimilation, c’est le sentiment de ne pas se trouver à sa place dans une communauté qui donne envie d’en sortir. Il faut faire le pari de cette ouverture. Il serait totalement absurde de proposer une «conversion laïque» au judaïsme. En revanche, nous nous devons de proposer un accueil dans notre communauté et faire comprendre au conjoint non juif qu’il peut s’y sentir chez lui, tout en gardant sa culture, ses racines. Tel a toujours été l’esprit du Cclj, qui n’a jamais eu une conception frileuse et étriquée de l’identité juive. Au contraire, nous avons toujours cherché à développer une identité ouverte, respectueuse des différences et en dialogue constant avec celle des autres. Et dans le cadre de cette conception, qui est au fondement de notre réflexion et de nos activités, nous n’avons cessé de nous employer à œuvrer en faveur de la perpétuation de cette tradition typiquement issue du judaïsme laïque. C’est l’accueil qui est le garant de la pérennité du peuple juif. C’est lui qui aidera ce couple à créer un foyer juif dans lequel naîtront des enfants juifs. Passé cet épineux problème, il faut tout de même préciser que cette cérémonie de mariage s’adresse aussi et avant tout aux couples dont les deux conjoints sont juifs. A ces couples qui pourraient choisir un mariage traditionnel, mais ne se reconnaissent pas dans la synagogue. Le rituel que nous leur proposons suit un canevas qui reprend les symboles et les étapes du mariage juif «classique» (houppa, bris du verre, coupes de vin…). Mais chacun de ces symboles est expliqué pour qu’il puisse être porteur de sens pour les mariés. La cérémonie est ponctuée par des extraits du Cantique des Cantiques et rythmée par de douces mélodies telles que «dodi li». Contrairement à la synagogue où le rabbin joue le rôle le plus important, les acteurs principaux sont ici les mariés, leurs familles et amis. Le maître de cérémonie est surtout là pour jouer un rôle de chef d’orchestre. Il a aussi pour tâche importante d’accueillir le nouveau couple dans notre communauté. Lors de l’élaboration du cérémonial, il était aussi essentiel pour nous que la femme et l’homme y occupent une place égale, c’est ensemble qu’ils ont choisi de partager leurs vies et il ne peut être question de soumission ou de supériorité de l’un vis-à-vis de l’autre. Une ketouba est remise à la fin de la cérémonie. Cette dernière est en grande partie rédigée par les mariés eux-mêmes afin de pouvoir y échanger leurs engagements mutuels. Elle sera lue à la cérémonie et se termine par l’accueil offert au couple au sein de la communauté juive. Naomi et Lionel ont été les premiers à franchir le pas et à choisir la «cérémonie de mariage juif laïque», nous leur souhaitons un très chaleureux mazal tov. Nous espérons qu’ils vivront heureux et auront beaucoup d’enfants (dont le premier est déjà inscrit à la crèche du Cclj!).

Pour toutes informations supplémentaires : 02/543.02.86


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Valmont - 6/07/2016 - 19:11

    Bonjour,

    Je suis de religion juive et mon ami de religion chrétienne. Nous nous marions dans 3 semaines Et réalisons une cérémonie d'engagement dans le jardin de notre lieu de réception. Nous souhaitons y placer symboliquement un rituel judaïque. Nous avons alors pensé au verre brisé, symbole d'autant plus fort qu'il est réalisé par le marié qui n'est pas de cette religion. Néanmoins nous ne savons pas comment expliquer simplement ce rituel à nos invités. Nous ne trouvons que l'explication religieuse quant à la destruction de Jérusalem. Sauriez vous comment ajouter une explication plus "laïque", liée au mariage Et au couple?

    Bien cordialement

  • Par bitton - 12/08/2017 - 10:18

    nous aimerions avoir des renseignements sur le déroulement cérémonie qui airait lieu le 6 ou le 7 mai 2018
    merci