Maïmonide rebondira

Mardi 7 septembre 2010 par Géraldine Kamps

 
Quel avenir pour l’Athénée Maïmonide ? La question brûle les lèvres à chaque rentrée des classes. Face aux rumeurs et aux « on-dit », nous avons tenté d’y voir plus clair. Etat des lieux, sans langue de bois, d’une école qui, aux côtés de Ganenou et Beth Aviv, constitue sans conteste l’une des richesses de la communauté juive bruxelloise.
 
« C’était magique ! On a passé notre après-midi à rire et à être ému, avec le sentiment unanime qu’on s’était quitté la veille… ». Cela fait trente ans que Chantal Dratwa-Krischek, Michèle Grau, Marco Serfaty, Benny Fajwlewicz et une vingtaine d’autres ont terminé leur rhéto à l’Athénée Maïmonide. Leur amitié pourtant ne semble pas avoir pris une ride. C’est en Israël que sera née l’idée de ce rassemblement de la « promo 1980 », très réussi, selon tous les avis, et qui aura permis de revoir quelques personnalités inoubliables telles Mme Van Genechten, 90 ans, institutrice primaire, les anciens directeurs Monsieur Devroom, Monsieur Benizri... « Mon idée de l’école, c’est une famille », souligne Chantal Krischek. « Bien sûr, la situation actuelle nous attriste, mais nous sommes convaincus que Maïmo a encore sa place ».
 
Le calme après la tempête ?
L’inquiétude semble réelle chez les anciens. L’effet de groupe jouant, nombreux sont les élèves qui ont préféré quitter l’établissement sentant le vent tourner. C’est le cas de cette maman qui parle de « promesses non tenues » en rappelant les innombrables annonces de déménagements. La critique est sévère : succession des directions, manque de personnel, changements dans le programme d’immersion pour lequel elle avait choisi cette école. « Peut-être que si des améliorations sont faites, je reviendrai, je souhaite longue vie à Maïmo, mais j’ai voulu sauver ma peau… ».
Myriam Garti-Spira a, elle, refusé de quitter le navire. Sa fille, Havaya, vient de sortir de rhéto, après 17 ans passés dans l’école. « Ce qui m’a séduite à Maïmo, c’est sa simplicité, son intégrité », explique Myriam. « Je suis fière que ma fille sache manipuler un siddour (livre de prières), réciter le Birkat Hamazon (prière après le repas), elle pratiquera ou non plus tard, en connaissance de cause. Je n’ai pas connu mes oncles et mes tantes parce qu’ils étaient juifs. Nous avons la chance aujourd’hui d’avoir trois écoles juives, et certains font la fine bouche en voulant protéger leurs enfants de la tempête. Même au pire de ses jours, je n’aurais pas retiré ma fille de Maïmo. Et je tire mon chapeau à tous ceux qui se battent pour la sauver ». Havaya garde en mémoire les bons souvenirs : « On était 12 en classe, ce qui demandait beaucoup d’attention, mais cela nous a aussi donné des relations privilégiées avec nos professeurs », souligne-t-elle. « J’envisage d’entrer au Technion (école de polytechnique à Haïfa) et je pense être très bien préparée pour la suite de mes études. Quand je vois aussi les nouveaux élèves qui nous ont rejoints, ils semblaient ravis ». Elle affirme : « Il y a eu des années difficiles, mais j’ai l’impression qu’avec l’arrivée de Darmon, Maïmo est redevenu une école… ».
 
Une pédagogie du bonheur
Claude Darmon assume depuis un an la fonction de directeur général. « Le conseil d’administration recherchait quelqu’un qui connaisse la constellation de l’éducation juive à Bruxelles pour tenter de réparer et corriger certains dysfonctionnements », explique celui qui fut directeur d’école à Beer Sheva puis, pendant 27 ans, de l’école Ganenou, avec le succès qu’on lui connaît. « Ma motivation : aider les enfants juifs à construire leur identité juive », insiste-t-il.
En attendant, les « dysfonctionnements » ont eu des conséquences fâcheuses. « De nombreux parents ont retiré leurs enfants de l’école, ayant perdu confiance dans sa gestion journalière et dans l’application de sa pédagogie », poursuit-il. « Je me suis en effet rendu compte de plusieurs incohérences, mais j’ai vu aussi une véritable motivation, du côté des enseignants, du conseil d’administration et des élèves, avec un niveau d’études excellent ».
Psychologue de formation, auteur d’un « Plaidoyer pour une pédagogie du bonheur » (Une école juive au cœur de l’Europe, Les Editions de la Mémoire, 2008), Claude Darmon souhaitera égayer le cadre de vie de l’établissement, « pour que les enfants soient heureux de venir ! ». Instauration des mifkad (rassemblements), remplacement des sonneries par de la musique classique ou israélienne, organisation de kabalat shabbat (cérémonies de shabbat) et d’activités sociales ou sportives entre les classes, renforcement des contacts individuels entre enseignants, direction et élèves, possibilité d’approfondir certaines matières… « J’ai aussi voulu rationaliser et actualiser l’enseignement de l’hébreu, même si certains ont cru que je souhaitais le rendre moins religieux », précise le directeur. « Notre programme judaïque est établi suivant la tradition ancestrale et livré par des enseignants avertis, aux conceptions philosophiques diverses pour empêcher le ghetto intellectuel et spirituel ». Des changements ont également été faits dans le programme d’immersion qui débute en 3e maternelle. « Nous avons notamment décidé d’amener plus tôt dans le cursus l’enseignement des mathématiques en français, pour faciliter le passage du CEB en fin de primaires. Les résultats obtenus sont parmi les meilleurs de la ville ! ».
 
Un déménagement très attendu
« Claude Darmon est un professionnel de l’éducation », affirme Marco Serfaty, un ancien de l’école qui y a inscrit ses cinq enfants. « Il est arrivé en pleine crise : plusieurs parents réclamaient des changements, parfois même suivis de chantages. Cela devenait ingérable. Lui est venu avec des objectifs clairs, ce qui n’a pas forcément plu. Mais je crois au principe de l’élastique : on recule pour mieux rebondir. M. Darmon semble très bien savoir où il va. On peut peut-être juste regretter qu’il ne soit pas arrivé plus tôt… ».
Se concentrer sur les maternelles et les primaires, fusionner, déménager… depuis quelques années, les rumeurs vont bon train, « certains ont même déjà acheté la matzeva (pierre tombale) », dénonce Marco Serfaty. Avec une crèche florissante et 40 bébés, une section maternelle réputée, des primaires qui se portent assez bien et des secondaires dans un processus qualifié d’ascendant, Maïmonide ne dépasse pas les 250 élèves. Elle bénéficie d’une dérogation pour être « le seul établissement en Communauté française à dispenser un enseignement juif d’obédience religieuse ».
« On ne peut pas nier qu’on est dans le creux de la vague, mais on répond toujours à une demande », soutient Marco Serfaty. « Les professeurs aiment leur travail et les enfants, et cela s’en ressent. En tant que ministre officiant à la synagogue Stalingrad, je peux vous garantir que Claude Darmon connaît très bien la religion et la respecte. Je n’attends pas de mes enfants qu’ils deviennent des hassidim, je souhaite qu’ils continuent à vivre pleinement leur judaïsme religieux comme toute ma famille. Pour ça, à Bruxelles, Maïmo est indispensable ».
Si beaucoup sont conscients qu’un déménagement n’est probablement pas la solution miracle, celui-ci semble plus que jamais d’actualité. Quand tombera la nouvelle ? Le directeur général reste vague : « Dans très peu de temps... Je constate que de nombreux élèves viendraient ou reviendraient peut-être dans un environnement plus favorable, même si je ne pense pas qu’une situation géographique prime sur la valeur d’une école ». Il conclut : « Une école ne doit pas se déguiser pour plaire. Elle doit chercher les meilleures méthodes, inculquer les meilleures habitudes, disposer des meilleurs professeurs et poursuivre des objectifs cognitifs, affectifs et spirituels que rien ne fera bouger. Maïmo doit se remettre en question et s’adapter, procéder aux changements qui s’imposent même s’ils semblent audacieux, sans perdre ses fondements ».
Une réponse à ceux qui expliqueraient sa baisse de régime par une laïcisation croissante de la communauté juive bruxelloise ? En tout cas la preuve que certains lutteront encore longtemps contre les vents. La richesse d’une communauté ne se traduit-elle pas aussi dans le fait de pouvoir choisir sa scolarité ?  
  
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La force de Bamberger
 
La première Ecole israélite de Bruxelles est née en 1947. Son fondateur, Seligman Bamberger, âme du futur Athénée Maïmonide, recensera près de 600 élèves « à la belle époque ». Elève avant d’y être professeur de langues germaniques et coordinateur de l’enseignement hébraïque, son fils Samuel s’est confié à nous.
 
Samuel Bamberger est aujourd’hui inspecteur de religion en Communauté flamande. Il se rappelle avec émotion le travail accompli par son père, Seligman, sur lequel toute l’école a reposé de longues années : « En 1945, il est devenu directeur de l’Orphelinat israélite de Bruxelles, rue des Patriotes », raconte-t-il. « A tous ces enfants qui fréquentaient l’école communale, il dispensait un enseignement juif. Mais il restait persuadé que pour reconstruire la communauté, il fallait une école. Il a donc décidé de reconvertir le home en une école juive en 1947 ». Quatrième génération de rabbins,Seligman Bamberger a étudié à la célèbre Yeshiva de Heide (près d’Anvers). « Il rêvait d’élargir les horizons des Juifs pratiquants en leur permettant d’enseigner les matières profanes », poursuit son fils. « Il souhaitait que l’on parvienne à assumer une position élevée dans la société tout en restant fidèle au patrimoine spirituel d’Israël. En cela, il s’est inspiré de Maïmonide ».
Rentré en Israël, Seligman est rappelé en 1954 par le rabbin Steinberg pour reprendre la direction de l’école… jusqu’en 1982, date à laquelle il recevra du Président israélien le Prix Chazar pour éducateurs.
L’Athénée, ouvert en 1959, déménagera à de nombreuses reprises pour se fixer dans l’ancien Lycée français du Boulevard Pointcaré (à proximité de la Gare du Midi).
M. Bamberger assistera à l’inauguration des nouveaux bâtiments en 1993, avant de mourir. Par sa personnalité, son charisme et sa force de persuasion (il se disait « shnorrer principal »), son décès marque pour beaucoup le début des difficultés, suivi du départ progressif des enfants israéliens venus de l’ambassade qui représentaient près d’un tiers de l’école et un apport financier non négligeable… « Je suis triste aujourd’hui, pour le travail de mon père et pour ma mère qui vit chez nous », confie Samuel Bamberger qui a totalisé 42 ans de présence à l’école. Résidant désormais à Anvers, il rappelle les déclarations de son père : « Mes prévisions pour l’avenir pour l’entièreté de la communauté juive de Bruxelles sont assez pessimistes. Les mariages mixtes, la dénatalité… Survivront uniquement ceux qui sont attachés à la Torah et aux Mitzvot, ceux qui donneront une éducation juive intégrale et sans compromis à nos enfants et ceux qui comprennent qu’ils jouent leur propre survivance et celle du peuple juif »...

 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par RAVyonathan - 10/11/2011 - 20:09

    le rav bamberger à raison et c'est pour cela qu'il faut des rabbanim qui enseignent la religion, torah... de façon à ce que cette jeunesse soit intéressee et se construise comme il se doit !!
    et redonner se gout que les jeunes soient motivés par la religion

    ils leur faut un rav qui sache les prendre et creer un lien avec eux et creer une dynamique dans son cour.

    je n'est que 27ans donc je sais en conaissance ce que aujourd'hui la jeunesse recherche

    par contre je sais que anderlecht et le pire des quartiers de bruxelles!!! demenagez d'urgence et cela donnera aussi une meilleure image à l'école parce que rien qu'à l'idee qu'elle est dans un mauvais quartier, moi personellement j'aurai pas peur de venir enseigner mais j'y mettrai pas mes enfants!!

  • Par Anonyme - 17/11/2011 - 9:04

    Le problème n'est pas le quartier.
    Pratiquement aucune des familles ayant quitté Maimonide ces trois dernières années ne l'ont fait à cause du quartier.
    Ils sont partis par mécontentement des cours, de l'organisation, de la gestion.
    La même gestion dans un autre quartier et les parents seraient quand même partis.
    Il y a de très bon restos dans des « mauvais » quartiers et les gens y vont car la qualité y est.
    Allez mettre un mauvais resto dans un super quartier, les gens ne vont pas y venir longtemps.
    Un déménagement ne peut aller que de paire avec un meilleur fonctionnement si non à quoi bon.
    Mais y a-t-il quelqu'un dans la communauté à même de faire cela, cela exige, temps, argent et courage.
    Cette situation est regrettable car Maimonide était une vraie famille et ce qui arrive est une catastrophe.

  • Par rav yonathan - 22/03/2012 - 14:53

    si vous cherchez des rabbanim en tout cas pour les cours de kodesh, pensee juive et d apprendre nos racines de juifs, j en serai ravis d être au courant car pour le service Divin je serai prêt de venir habiter en belgique

    mon email [email protected] pour correspondre et repondre aux questions si il y en a.
    jai postule dans lecole maimonide mais sans reponse a se jour.
    que HACHEM vous protege ainsi que toute la communaute.

  • Par ûn rav de marseille - 7/02/2013 - 20:33

    je viens de lire les nouvelle jsuis content que lecole va demenager!!! berzrat HASHEM l'ecole et les eleves vont retrouver les vraies valeur du judaisme authentique et quelle sera à nouveau remplie et plein de reussite AMEN

  • Par jake1986 - 30/10/2014 - 14:34

    Mes prévisions pour l'avenir pour l'entièreté de la communauté juive de Bruxelles sont assez pessimistes. Les mariages mixtes, .....
    oui et alors les mariages mixtes ? ce commentaire est un peu discriminatoire non ?
    on est en BELGIQUE donc que cela soit clair : un marocain qui ne se plait pas ici peu retourner au maroc si il se sent mal ici
    et même chose pour toutes les communautés. Si tu ne veux pas te mélanger , part en Israel mais ne perds pas ton temps a essayer de convertir un pays à cause de tes angoisses mon cher.
    Avec tout le respect que je vous porte et vous dois, je vous salue et vous invite à être moins sectaires.
    vous êtes citoyens belges avant d'être juifs, musulmans, chrétiens ou autres.
    Ne le prenez pas mal mais le communautarisme me dérange extrêmement et nous sommes en 2014 alors ou on va de l'avant et on arrête la pleurniche du passé, ou c est une guerre civile qui nous attend.
    bien à vous