L'édito

Des liaisons honteuses

Mercredi 2 Février 2011 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef

 
Un événement aussi curieux qu’inattendu s’est produit dans le courant du mois de décembre 2010. Des députés d’extrême droite autrichiens, allemands, suédois et même belges se sont rendus en Israël. Ce n’est rien de moins que la figure de proue de l’extrême droite flamande, Filip Dewinter, qui a donné à cette délégation une tonalité belge, ou plutôt flamande. Le dirigeant du Vlaams Belang a eu l’honneur d’être reçu à la Knesset par Nissim Zeev, député du Shass, parti ultra-orthodoxe séfarade.
 
Cette visite a été largement commentée sur des sites internet résolument hostiles à Israël. En revanche, dans le monde juif, cet événement n’a suscité presque aucune réaction. Il s’agit pourtant d’un précédent honteux et indéfendable. Il faut le dire clairement : l’extrême droite européenne n’a rien à voir avec les Juifs, encore moins avec le seul Etat qui se revendique comme celui du peuple juif. Si une partie de l’extrême droite européenne s’efforce de mettre en sourdine l’antisémitisme dont elle se nourrit depuis ses origines, et de séduire les Juifs en se présentant comme un rempart contre l’islamisation de l’Europe, c’est son problème. A nous, Juifs, de ne pas tomber dans le panneau en ne nous réjouissant pas à l’idée que l’extrême droite a cessé d’être antisémite. Cette pseudo-conversion au philosémitisme et à la défense d’Israël apparaît clairement comme un procédé habile pour exprimer légitimement sa haine bien réelle de tout ce qui est arabe et musulman. Dans cette nouvelle stratégie anti-musulmane, les Juifs passent du statut de cible à celui de pions que l’extrême droite instrumentalise. Il s’agit en fait de l’application d’un principe vieux comme le monde : l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Une alliance de circonstance dénuée de sincérité.
 
Certains d’entre nous en Europe et en Israël sont-ils à ce point heureux de trouver enfin des « amis » prêts à soutenir et à applaudir la politique d’occupation et de colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, qu’ils en oublient l’identité, l’histoire et l’idéologie de ces « amis » ? Une recherche rapide sur internet suffit pour constater que ces « amis » ont l’antisémitisme inscrit dans le disque dur de leur corpus idéologique. Ils honorent la mémoire d’anciens collaborateurs ou d’anciens nazis, ils produisent et diffusent une littérature négationniste, et la « question juive » les obsède toujours autant.
 
Malgré cela, des députés israéliens s’acoquinent avec ces mouvements politiques qui, pour le coup, affichent un parti pris favorable aux colons israéliens. Ce phénomène ne devrait pas nous étonner. La lune de miel surréaliste entre les fondamentalistes chrétiens américains et le mouvement colon en Israël reproduit le même schéma. Leur passion pour Israël et les colonies de Cisjordanie ne fait que s’inscrire dans une vision messianique et apocalyptique du monde où le retour du Christ ne se fera que lorsque les Juifs reviendront sur la terre de leurs ancêtres, et plus particulièrement en Cisjordanie qu’ils nomment aussi Judée-Samarie. A nouveau, les Juifs sont associés à des délires haineux où ils sont systématiquement opposés à des musulmans assimilés à des disciples d’Oussama Ben Laden. Tant la fréquentation de l’extrême droite européenne que celle des fondamentalistes chrétiens américains contribuent à façonner l’image d’un peuple juif en guerre contre l’islam. Ce qui est faux.
 
Mais le pire dans cette horrible visite ne réside pas dans l’image désastreuse que des Juifs projettent, mais précisément dans la trahison de notre mémoire. L’accueil à la Knesset et à Yad Vashem des héritiers assumés de nos bourreaux résonne comme une insulte aux Juifs d’Europe. Les plus naïfs interpréteront cette visite comme un acte de repentance. Pourtant, il y a certains détails qui ne trompent pas : lors du moment de recueillement au mémorial de Yad Vashem, Heinz-Christian Strache, le successeur de Jörg Haider à la tête du FPÖ, s’est couvert la tête non pas d’une kippa, mais d’une casquette de la Burschenschaft Vandalia, une corporation estudiantine pangermaniste et antisémite ! Voilà, comme le souligne l’historien israélien Simon Epstein, « les déconvenues cruelles auxquelles on s’expose » quand on néglige une évidence : l’antisémitisme de l’extrême droite.

 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Paul Vandenbroucke - 4/02/2011 - 18:29

    La montée en puissance de l'extrême droite est un poison pour toutes les démocratie. La mémoire ferait-elle défaut à nos compatriotes. La vigilance et le devoir de mémoire s'mposent. Tous les extrémismes font le lit de l'idéologie brune. Restons attentifs !

  • Par Maria Fialho - 4/02/2011 - 20:07

    Je trouve votre commentaire trés important. Ce n'est pas courant de voir ce type de commentaire sur un sujet à mon avis si important .Surtout la façon sans equivoque avec laquelle vous refusez tout mélange d'interet avec ce type de personnes . Ce n'est pas souvent que j'ai pu lire ou entendre ce type de mis au point sur l'extreme droite en Belgique de la part de la commmunauté juive.