Citoyenneté

Lettre aux enseignants et aux acteurs du monde associatif

Lundi 26 octobre 2020 par Charles Hosten, animateur socioculturel au Centre d'éducation à la citoyenneté (CCLJ)

Non, ce n’est pas Jules Ferry qui s’adresse à vous depuis la France mais un simple collègue, depuis la machine à café. Machine à café où, jusqu’il y a peu, nous parlions pour nous détendre de foot, de voyages, de nos enfants, de théâtre, de VTT.

Nous avons été nombreux à être choqués par ce meurtre barbare.  

Cependant, ce qui est certain, c’est que nous n’étions pas surpris. 

Nous avons un gros problème mais, ça, on le sait depuis longtemps. 

Nous avons un gros problème.  

 Au CCLJ, voilà des années que notre centre d’éducation à la citoyenneté « La haine, je dis NON ! » essaye d’ouvrir le débat, dans les classes et ailleurs sur un tas de sujets. Nous sensibilisons à la différence, à la pluralité de l’identité et au racisme ordinaire qui assigne l’autre à un seul aspect de sa personne. Nous enseignons également l’importance de la laïcité dans notre société, en essayant de rappeler qu’elle est un cadre et non un dogme. Non, le cours de religion « Laïque », ça n’existe pas. Des années que nous essayons de semer une simple chose dans les esprits : le doute, cet ami de la réflexion. Un doute nécessaire à la discussion afin de tenter d’éveiller, à notre niveau, l’esprit critique des jeunes. Un travail certes ambitieux, exigeant mais également merveilleux. Un travail que de nombreux enseignants, éducateurs, animateurs tentent d’accomplir chaque jour. Un travail de déconstruction des certitudes que Samuel Paty essayait, lui aussi, de mener à bien. Pour amener autre chose. Histoire de dire : « Je ne forcerai aucune porte, mais j’ouvrirai quand même les fenêtres".

Je ne vous parlerai pas de l’assassin de Samuel Paty. Il n’en vaut pas la peine. Je vous parlerai par contre de ceux qui nous empêchent de faire notre travail correctement. Ceux qui, par lâcheté, préfèrent labourer les esprits à la descente plutôt qu’à la montée. Ceux qui préfèrent voir des victimes avant de voir des individus plus complexes, qui présentent l’Islam comme monolithique, qui essentialisent les musulmans en les infantilisant et qui agitent de façon immodérée le hochet de l’antiracisme, toujours certains, ainsi, de s’attribuer le beau rôle.   

J’aimerais vous parler de ces personnes qui dans des plannings familiaux et des PMS, expliquent à des intervenantes sociales qu’elles ne doivent pas porter de vêtements qui pourraient heurter la pudeur des femmes voilées en présence ou pire, attiser le désir de leurs époux. Doit-on comprendre que leurs victimes adorées sont, pour eux, incapables de tout rapport à la différence ? Qu’ils ne peuvent pas la comprendre ? Qu’ils sont à ce point débiles que pour ne pas faire l’effort de franchir leur frontière dite « communautaire » ?  

J’aimerais vous parler de ces personnes qui, lors d’une réunion consacrée au vivre ensemble et à la cohésion sociale, nous ont expliqué à ma collègue et moi-même que l’antisémitisme était une réponse appropriée au conflit israélo – palestinien. Oui, vous m’avez bien entendu, des antiracistes nous expliquant posément que l’antisémitisme est justifiable et compréhensible. Oui, ces mêmes personnes qui ne voyait pas le problème d’avoir, à deux tables de nous, Mustapha Chairi, président du Collectif Contre I’Islamophobie en Belgique. Ce même homme qui a posé de nombreuses fois en faisant le signe de la Rabia qui, je le rappelle, est le signe de ralliement des frères musulmans. Où étions-nous ? Je vous le rappelle, à une réunion ayant pour thème le vivre ensemble et la cohésion sociale ! L’homme, tout sourire, se délectait de l’attention disproportionnée et niaise que lui témoignait l’assistance.

« Par pitié, Monsieur Chairi, ne me dites pas que je suis islamophobe ! Je ferai tout ce que vous voudrez ! ».  

Si des politiques sont responsables de la ghettoïsation d’espaces publics, ces gens-là sont responsables de la ghettoïsation des consciences, du recul des esprits quant à certains débats. Ils sont responsables d’avoir encouragé le communautarisme sur le sol communautaire.   Mieux que de saper notre travail de questionnement, ils en profitent pour lustrer leurs armures de vertus – NO PASARAN – en arborant comme autant de décorations à leurs vestes leurs combats de fantoches. Oui, de fantoches. Puisqu’ils ne combattent rien mais caressent leurs ouailles toujours dans le sens du poil identitaire.  

Ce sont EUX qui expliquent que la laïcité comme l’entend notre société est raciste envers les musulmans, alors que cette dernière les protège. Ce sont EUX qui disent que de parler de l’Islam politique et radical est stigmatisant pour les musulmans… Mais depuis quand avons-nous perdu ce droit, comment avons-nous appris à avoir peur de désigner ceux qui tentent de nous terroriser ?  

Il y a aussi mes préférés, ceux qui, pour justifier des meurtres, vous questionnent en inversant la charge :  

« Ils l’avaient quand même bien cherché non ? »  

« N’y avait-il pas provocation ? » 

« Oui, d’accord, mais cette caricature était islamophobe, non ? » 

STOP ! Il n’y a pas provocation dans l’exercice d’un droit ! STOP ! Quand est-ce que le message va passer ?

Oui, nous le voyons bien, une partie de la gauche est sclérosée par la peur. Terrorisée à l’idée de se faire taxer de racisme. Une peur qui malheureusement fait le lit de l’extrême droite qui, au réveil, sera bien moins complaisante. C’est tout ce que nous voulons éviter. Ne l’oublions pas, dans toute société fragilisée, les extrêmes se creusent.   

Notre métier est pourri par des Tartuffes, des egos grands comme des buildings, des précieuses ridicules qui se présentent au guichet de l’antiracisme pour en tirer un profit narcissique. Ils foutent en l’air notre travail. Ils font partie intégrante du problème.  

Comme l’a dit récemment Richard Malka, et ce qui se passe en France est valable pour la Belgique, nous avons perdu 20 ans. Oui, 20 ans et il faudra encore 20 ans pour retrouver un hypothétique équilibre. Mais, là, en l’état, nous ripostons face à un rouleau compresseur avec un fusil à pétards mouillés.

Alors, chers enseignants, chers homologues du monde associatif qui ne sont pas encore fait berner par la berceuse du victimaire et qui considèrent que les choses ne sont pas aussi simples, j’aimerais vous dire une chose : 

Souriez. Souriez lorsqu’on vous traitera d’islamophobe pour avoir voulu soumettre l’islam à la critique, comme toute forme de pensée. Souriez de vouloir prouver, par-là, que les musulmans ont la même place que les autres dans notre société. Souriez de renseigner vos élèves sur leurs droits mais également de les sensibiliser quant à leurs devoirs. Souriez. Même les poings serrés. 

Si l’on vous attaque pour cela, c’est que vous n’avez pas renoncé. Et rien que pour ça, souriez. Ça les fera chier.

Merci


 
 

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  • Par Grunchard - 30/10/2020 - 18:23

    Merci pour ce texte magnifique !