Nouvelle génération

Jonathan Guzy "L'ULB, mon Alma Mater..."

Mardi 2 juin 2020 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1064

Parti pour devenir avocat, Jonathan Guzy a finalement trouvé sa voie comme entrepreneur dans le secteur du transport à la demande. Sa société rachetée il y a peu par D’Ieteren semble avoir bien intégré les lois du marché et déjà prête pour suivre les changements de comportements qui risquent d’apparaitre après le déconfinement.

 

Jonathan Guzy est de ceux qui souhaitent regarder vers l’avenir plutôt que de s’attarder sur leur passé, sans pour autant rien en renier. Jonathan est né à Bruxelles le 11 septembre 1984. Il suit un parcours « classique » entre l’athénée Ganenou et son mouvement de jeunesse, l’Hanoar Hatzioni, évoluant dans un milieu juif laïque, avec l’héritage d’une histoire familiale qui le marquera. « Mon arrière-grand-père maternel était Roger David Katz, un grand résistant et une figure de référence pour moi dans sa manière de se positionner et d’être intransigeant », confie Jonathan, dont les quatre grands-parents ont été des enfants cachés. « Mon père, comme directeur de Ganenou, a dédié sa vie à l’éducation et à la transmission d’une identité juive ouverte, avec un bagage culturel suffisant pour pouvoir vivre dans un monde qui change en faisant partie de ce monde », souligne Jonathan. « Sa contribution dans le rôle éducatif de milliers de personnes m’a également été transmise, à côté du rôle fondamental qu’a joué ma mère dans mon éducation ». La séparation de l’Eglise et de l’Etat est aussi essentielle pour Jonathan que l’est son identité juive, qui le relie à son histoire comme aux textes fondateurs. « J’estime avoir à la fois une obligation de fidélité vis-à-vis des textes et un héritage qui m’impose une forme de responsabilité et d’exigence », explique-t-il. « Nous avons le rôle d’être les témoins de notre époque, à nous d’accepter cet héritage culturel et religieux et de le transmettre chacun à notre façon ».

Après sa rhéto, Jonathan part huit mois en Jamaïque avec l’AFS dans le cadre d’une mission humanitaire. L’occasion surtout de découvrir un nouveau pays en habitant dans une famille locale et de sortir de sa zone de confort, avec un sens de la débrouillardise qui ne le quittera plus. A son retour, il se lance dans des études de droit, suivant « un chemin implicite ». « L’entrepreneuriat était assez peu valorisé chez moi, à la différence des métiers plus intellectuels. Ma sœur est devenue médecin, j’allais devenir avocat… », raconte-t-il.

Quelques années après avoir commencé ses études à l’ULB, Jonathan devient président de l’Union des étudiants juifs de Belgique (UEJB), sa « première expérience entrepreneuriale », en quelque sorte. « L’équipe était excellente, mes deux prédécesseurs aussi, et nous avions les moyens de nos ambitions », se souvient-il. « Tous ces éléments cumulés nous ont permis de lancer un Cycle de conférences Simon Wiesenthal, en invitant des intervenants de grande qualité, tels le Père Desbois ou Philippe Val, au moment des caricatures de Mahomet… Le Cercle du Libre examen a malheureusement refusé d’être notre partenaire dans cet événement ». Jonathan Guzy sait l’ULB critiquée, et la défend d’autant plus. « L’ULB est mon Alma Mater, pour les valeurs qu’elle véhicule dans ses fondements », affirme-t-il. « Un combat interne est nécessaire au sein du Librex, on l’a vu encore lors de la dernière venue de Caroline Fourest. Le cadre de l’ULB est celui qui permet de mener ces combats-là. Certains sont résignés, mais il ne faut pas abandonner ».

Après une année et demie dans la profession d’avocat, Jonathan part suivre un post-Master en droit toujours, à l’Université de Californie à Berkeley. Il rentre en ayant mieux compris vers quoi il se dirige, en ayant identifié également une vraie opportunité de marché dans le secteur du transport à la demande. L’expertise et les compétences acquises pendant ses études alliées à la naïveté de l’outsider sont autant d’atouts qui lui permettent de se lancer.

En février 2015, Jonathan Guzy fonde sa société « CarASAP » de location de véhicules avec chauffeur et service personnalisable, mettant en relation chauffeurs de véhicules professionnels et personnel des entreprises. Solvay, GSK, Belfius ou Proximus seront preneurs. Quatre ans plus tard, « CarASAP » devient « Husk », rachetée par le groupe D'Ieteren dont il rejoint la filiale nouvelle mobilité Lab-Box. Jonathan Guzy reste actionnaire minoritaire.

A l’heure du déconfinement, il se félicite d’avoir intégré cette boite familiale belge cotée et solide, qui a fait le pari des solutions de mobilité de demain. « Nous venons de connaitre une baisse de 90% de notre chiffre », déplore Jonathan. « Mais avoir le soutien d’un actionnaire qui a la culture et la stabilité financière et partage nos convictions nous permet de ne pas devoir nous focaliser sur les résultats du jour, et de nous consacrer à la phase transitoire de déconfinement et au rebond qui sera lent, mais créateur d’opportunités ». La crise économique qui fera suite à la crise sanitaire va immanquablement modifier les comportements des consommateurs. Les 350 chauffeurs indépendants qui travaillent pour Husk ont vu leurs véhicules équipés de vitre de séparation entre l’habitacle et la partie passager, avec gel hydroalcoolique et masque dans toutes les voitures. La livraison de colis et le transport collectif de personnes sont aussi devenus prioritaires.

Jonathan sait que le sentiment de sécurité et la confiance qu’auront les clients dans la contrepartie commerciale seront demain essentiels. « La situation va rester difficile plusieurs mois encore, même si nous pouvons essayer de diversifier nos sources de revenus », estime-t-il. « Les sociétés continueront de fonctionner en-deçà de leur capacité. Mais il faut garder confiance, et la résilience est aussi une des qualités de l’entrepreneur. Tant qu’on a des bonnes raisons d’y croire, il faut convaincre son équipe pour l’embarquer dans sa vision et pouvoir partager ensemble les bénéfices des résultats ».


 
 

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