L'opinion

Les islamistes adorent les caricatures

Lundi 7 décembre 2020 par Michel Kichka, Dessinateur er caricaturiste
Publié dans Regards N°1070

Suite à l’assassinat de Samuel Paty, quand les médias parlent de l’attentat, ils font automatiquement le lien entre sa décapitation et le fait qu’il avait montré des caricatures de Charlie Hebdo pour illustrer son cours sur la liberté d’expression et de la presse, sujet inscrit au programme du Ministère de l’Education.

Dans l’hommage qui lui a été rendu à la Sorbonne, l’accent a été mis sur la liberté de caricaturer en France et sur la liberté de l’enseigner, renforçant ainsi la corrélation entre caricature et terreur, l’expliquant presque, comme si elle était explicable. Le même phénomène s’est produit en 2006 après la publication en couverture du « C’est dur d’être aimé par des cons » de Cabu et les fatwas qui ont été déclarées contre Charlie. Journalistes, juristes, intellectuels ainsi que le Président Sarkozy, tous sont montés à la barre pour défendre cette liberté lors du procès intenté contre le journal. Editoriaux, tribunes, débats, libres opinions, pamphlets, lettres ouvertes ont rivalisé de talent pour défendre la liberté d’expression, la liberté de caricaturer, de blasphémer dans la république laïque qu’est la France. Ce qui est tout à fait compréhensible, Charlie faisant partie de la grande famille des médias exposés eux aussi potentiellement aux menaces. Et rebelote en 2011 après l’incendie criminel des locaux de Charlie Hebdo, toute la presse oppose caricature à terreur.

Puis arrive le 7 janvier 2015. Le scénario du pire. Les cinq dessinateurs étaient des références de la satire politique et sociale pour plusieurs générations. Leurs noms, leurs dessins, leurs visages étaient connus du grand public. A tel point qu’on serait incapable de nommer les sept autres victimes de la rédaction, de même que la policière assassinée le 8 janvier et les quatre clients de l’Hyper Cacher assassinés le 9 janvier. La mobilisation d’une grande partie de la société civile autour de « Je suis Charlie », celle de l’Etat et d’autres Etats et les manifs du 11 janvier dans toutes les villes de France, tout en voulant montrer leur solidarité avec le journal satirique qui n’était plus lu que par quelques dizaines de milliers de lecteurs, a aussi eu pour effet inverse de se focaliser sur la caricature comme moteur de cette terreur et par là-même d’être perçue comme une sorte de victoire par les islamistes. Mais pas qu’eux. Il y avait tous les « Je ne suis pas Charlie » et les « Je suis Charlie, mais… ».

Cette mise en avant du dessin de presse comme rempart face à l’islamisme finit par créer un écran de fumée si épais qu’il nous fait oublier que l’islamisme est une idéologie dictatoriale et fasciste qui n’a besoin d’aucune caricature pour frapper aveuglément. Il suffit pour le comprendre de prendre un pas de recul jusqu’en 2006 pour réaliser qu’Ilan Halimi n’a jamais dessiné de caricatures du Prophète. Les victimes de Mohammed Merah à Toulouse et à Montauban non plus. Les spectateurs du Bataclan non plus. Les fêtards du 14 juillet à Nice non plus. Les clients du marché de Noël de Strasbourg non plus. Les visiteurs du Musée juif de Bruxelles non plus. Les victimes de l’aéroport et du métro de Bruxelles non plus. Le Père Hamel non plus. Les victimes de Notre Dame de l’Assomption de Nice non plus. Il n’y avait pas un seul caricaturiste dans les 3.000 victimes des Twin Towers de New York le 11 septembre 2001. Les victimes de la terreur islamiste sont si nombreuses que je ne peux les énumérer. En France, en Europe, en Amérique, en Asie, au Moyen Orient, en Afrique, en Australie.

Il est grand temps de comprendre que les caricatures en question ne sont pas les causes des attentats contre Charlie Hebdo et contre Samuel Paty. La terreur n’a pas besoin d’un dessin pour sortir sa Kalachnikov ou son poignard et tirer dans le tas, ou à bout portant, ni pour égorger. Les caricatures ne sont qu’un prétexte parmi tant d’autres. Il faut continuer de défendre la liberté de caricaturer dans la presse libre mais pourquoi le faire uniquement en réponse aux terroristes islamistes ? Pourquoi leur procurer ce plaisir ?

Pour conclure, une réflexion sur le terme « islamisme ». Camus a écrit que mal nommer les choses c’est ajouter du malheur au monde. Islamisme inclut le mot islam. Comme s’il l’induisait. Je trouve que ce terme sème la confusion dans les esprits, il fait du tort à des centaines de millions de musulmans qui se sentent parfois pris en otage entre les terroristes et les médias. Les islamistes sont une nébuleuse de gangsters qui se réclament de l’islam tout en le bafouant, le salissant en le trainant dans la boue et le sang. Mahomet ne reconnait pas en eux ses fils. La langue française est riche et offre des synonymes que tout le monde peut comprendre tels que djihadistes/intégristes/fondamentalistes/radicalisés, tous ennemis jurés de l’islam, de la laïcité et de la vie. Bien nommer les terroristes permettrait peut-être à la majorité des musulmans de faire entendre leur voix afin de condamner ceux qui ont usurpé leur religion.


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Gregory Diamant - 8/12/2020 - 13:37

    Pris en otages! oui c'est le principe même d'un monde dont on est captif et dans lequel trouver son chemin vers la liberté est au centre de tous les projets qu'on va tenter y accomplir. Ceci dit toute liberté doit se mériter. Aidons les musulmans à se libérer de ce que l'on a nommé l'islamisme?

  • Par Rabinovitsj Gloria - 8/12/2020 - 17:31

    Ce sont des musulmans fanatiques qui se réclament de pratiquer un islam au pouvoir absolu et politique. Pourquoi leur enlever ce droit qu'il revendique?
    Quand on connaît le danger qu'ils représentent pour la démocratie, tout être Charlie se sentira plus en sécurité dans l'UNION parmi les démocrates.