Homosexualité et judaïsme : de l'abomination à l'acceptation ?

Vendredi 12 septembre 2008

 

Qualifiée d'« abomination » par la Bible, l'homosexualité a longtemps fait l'objet d'une sévère condamnation morale par le judaïsme. Si depuis 30 ans, certaines tendances du judaïsme ont évolué vers l'acceptation des homosexuels, cette question demeure encore sensible à la fois pour les communautés juives et pour les homosexuels eux-mêmes. Les textes bibliques offrent de l'homosexualité une image particulièrement dégradante. Le Lévitique la décrit même comme une abomination entraînant la peine de mort. Si aujourd'hui plus personne ne brandit la condamnation à mort des homosexuels, la question de l'homosexualité divise les différentes tendances du judaïsme. Ainsi, les ultra-orthodoxes présentent les homosexuels comme des sodomites dangereux. A l'opposé, le judaïsme réformé conteste l'interdit biblique et considère qu'il est l'oeuvre d'esprits limités craignant la différence. C'est bien sûr au sein de ce courant que sont nées des synagogues homosexuelles.

Une question qui divise
Les orthodoxes, les conservateurs et les libéraux apportent des réponses plus nuancées qui traduisent la difficulté du monde religieux à articuler une vision à la fois consciente du contexte actuel et conforme à l'éthique juive. Les débats se tiennent surtout aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. En Belgique, seuls des rabbins libéraux abordent cette question. Le grand rabbin de Bruxelles, Albert Guigui, sollicité pour un entretien sur ce thème, a refusé de se prononcer, déclarant que « cela ne l'intéresse pas ». Le rabbin Norman Lamm, pourtant, ancien Président d'une prestigieuse école talmudique orthodoxe de New York, appelle les Juifs à ne pas persécuter les homosexuels, « à faire preuve de compassion à leur égard et à les aider à surmonter les troubles de personnalité dont ils sont victimes ». Il ne s'agit pas d'accepter les homosexuels en tant que tels, mais bien d'aider « ces accidentés de la vie ». Selon Gabriel Fahri, rabbin libéral à Paris, « cette conception orthodoxe conforte le préjugé selon lequel l'homosexualité est une maladie mentale. Le rabbin se transforme en médecin soignant des malades. Altruiste en apparence, cette conception est cruelle car elle n'apporte aucune réponse aux homosexuels religieux qui vivent cette situation dans la souffrance ».
Au sein du judaïsme libéral et conservateur, les rabbins ne stigmatisent pas les homosexuels et se concentrent plutôt sur le coeur du problème. « La question n'est pas de savoir si les homosexuels peuvent être membres d'une communauté. D'ailleurs, même les orthodoxes acceptent les homosexuels pour les ramener dans le droit chemin. Tant que des rabbins considèrent l'homosexualité comme une abomination, au même titre que la pédophilie et l'inceste, le débat ne sera pas possible et aucune ouverture ne pourra se faire à leur égard », précise le rabbin Gabriel Fahri. Et d'ajouter : « Le mouvement libéral rejette le terme "abomination" pour qualifier l'homosexualité. Sans faire de celle-ci la norme au sein du judaïsme, le judaïsme libéral considère les homosexuels comme des Juifs à part entière ».
Floriane Chinsky, rabbin de la synagogue libérale de Bruxelles, partage ce point de vue. Elle rappelle d'ailleurs que le respect de la dignité humaine est un principe inaliénable dans le judaïsme : « Dieu n'a-t-il pas créé chaque homme selon sa volonté ? Ce principe se retrouve dans la prière du matin. Qu'on soit hétérosexuel ou homosexuel, on est tous des créatures de Dieu. En rejetant les homosexuels, on remet en cause ce principe ».

Silence et malaise
Ces considérations religieuses exercent-elles une influence sur la vie des Juifs homosexuels à Bruxelles ? Pour Benjamin (nom d'emprunt), c'est le cas. « Lorsque j'ai vraiment pris conscience de mon homosexualité, le judaïsme occupait une place importante dans ma vie. Comme j'appartiens à une communauté libérale, le problème du rejet ne s'est pas posé. En revanche, la violence du texte biblique projette sur l'homosexualité une image répugnante qui pose d'énormes difficultés d'acceptation de soi. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai mis beaucoup de temps à accepter mon homosexualité », reconnaît-il. D'autres, comme Nathalie, qui souhaite également garder l'anonymat, n'ont pas abordé la question de cette manière dans la mesure où leur identité juive est laïque. « Les prescriptions religieuses m'importent peu, encore moins lorsqu'il est question de mon homosexualité », affirme-t-elle. Ni Nathalie ni Benjamin n'ont été confrontés à l'homophobie au sein de la communauté juive à Bruxelles, mais ils estiment tous deux que le sujet y est encore tabou. « Les Juifs se disent encore que l'homosexualité n'existe pas chez eux et que cela ne concerne que les non-Juifs », constate Nathalie. Pour Benjamin, le tabou de l'homosexualité dans la communauté juive se traduit essentiellement par le silence.
« Il peut refléter le malaise de part et d'autre. Si je brisais ce silence en parlant ouvertement de mon homosexualité, peut-être que mes interlocuteurs juifs en parleraient sans problème. Les Juifs homosexuels ont aussi une part de responsabilité », nuance Benjamin. Peut-être. Les Juifs homosexuels perçoivent encore la communauté juive comme un espace susceptible de menacer leur tranquillité et leur liberté. « Lorsque je me retrouve dans la communauté juive, je fais attention. Comme si j'étais sous contrôle. La peur des commérages m'envahit », confie-t-il.
Très à l'aise dans le milieu homosexuel bruxellois où ils assument leur identité sexuelle, ils ne s'afficheront pas en tant que tels lorsqu'ils fréquentent la communauté juive. Michel Duponcelle, coordinateur de Tels Quels, association des gays et lesbiennes, peut témoigner du malaise éprouvé par les Juifs homosexuels. « Lors du festival du film gay et lesbien, un débat avait été organisé en présence d'un représentant du CCLJ à la suite d'un documentaire sur l'homosexualité dans le judaïsme. Toute une série de Juifs homosexuels ont vécu la présence de cette personne comme une épreuve. Certains ne sont pas venus par peur d'être reconnus ». Responsable de projets dans une association culturelle, Nathalie était non seulement venue assister au débat malgré son appréhension, mais elle s'était également occupée du sous-titrage du documentaire en question. « Il fallait que je sois présente et que le représentant du CCLJ me voit car enfin une organisation juive nous reconnaît. Le documentaire projeté, "Hineini", montrait une école juive de Boston où des adolescents créent un cercle pour la reconnaissance des homosexuels dans le judaïsme. L'expérience de cette école témoigne de la possibilité de créer des espaces de rencontre et de tolérance où chacun fait un pas vers l'autre en dépit des réticences ».
Si l'homophobie ne règne pas au sein de la communauté juive de Bruxelles, les espaces de dialogue sur l'homosexualité restent inexistants. Pour passer du silence à la reconnaissance et pour que les jeunes homosexuels puissent s'accepter et prendre conscience qu'ils peuvent concilier leur identité juive avec leur orientation sexuelle, la parole doit se libérer. Elle seule fera sauter les tabous.

Gays, lesbiennes et Juifs avant tout
Lorsque l'association Keshet (arc-en-ciel) a été créée en 1996 à Boston, il s'agissait de permettre aux Juifs homosexuels de se rencontrer et d'organiser des activités sociales et culturelles dans un cadre informel. A partir de 2001, Keshet (www.keshetonline.org), s'est professionnalisée pour se transformer en une association plus militante. Sous l'impulsion de sa directrice, Idit Klein, Keshet milite en faveur de l'acceptation des homosexuels au sein des communautés juives. A cet effet, Keshet accorde énormément d'importance à l'éducation. Comme l'explique Bonnie Rosenbaum, responsable de la communication de l'organisation, « nous avons élaboré des programmes s'adressant aux écoles et aux mouvements de jeunesse juifs pour qu'ils puissent aborder sereinement la question de l'homosexualité. Il ne s'agit pas de faire du prosélytisme homosexuel auprès des jeunes, mais d'expliquer qu'il existe différentes manières de vivre son judaïsme. Par le débat et la discussion, beaucoup de gens ont modifié le regard qu'ils portent sur l'homosexualité ».

Lire la suite de notre dossier sur la page Israël


 
 

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  • Par Camille Checri - 1/06/2013 - 11:13

    J'éspère que vous aurez le courage de lire ce qui suit jusquáu bout.
    Je me considère fils d' Israël (par ma mère), tout autant que Chrétien Catholique, et je suis pratiquant.
    Je suis père de trois enfants, et je dois vous dire que le fait de voir deux hommes ou même deux femmes s' embrasser me révulse viscéralement. Le mot abomination de la Bible est donc trés à propos.
    Néanmoins, nous sommes tous des créatures de Dieu, et réprouve la violence comme voie de dissuasion. Je reconnais que les homosexuels ont des droits et des devoirs au même titre que les autres. Je suis cependant contre le MARIAGE ce concept etant purement religieux ethymologiquement, rien némpêche de créer une catégorie juridique ex nihilo permettant aux homosexuels d'avoir pour organiser leurs " relations" un cadre juridique équivalent au cadre du mariage civil.
    Je ne crois pas que le rôle d'un Rabin où d'un prêtre, et partant des autorités religieuses réspectives, soit de bénir une union homosexuelle. Ils sont tout les deux gardiens d'une norme qui les transcende. Si Dieu éxiste, la norme ne depend pas de l'être humain mais de quelqu'un de plus grand que lui. Sinon, la norme ne dépend que de l'homme. Pour un Rabin où un Prêtre, la question est la suivante: Crois-je où pas en l'éxistance de Celui qui est plus grand que moi ? Si la repons est positive, alors je ne peut rien sur la norme, je dois la prendre telle qu'elle est. Je peux la transgresser, mais je serai seul résponsable puisque je suis libre.

  • Par rosebud57 - 3/07/2013 - 16:44

    N'ose pas accepter mon homosexualité,ensignant,suite à une éducation à la Fritz Zorn,catho.
    Merci de me répondre.
    Tres cordialement
    François Prunieres
    Résid.ST Clément II
    2,Place Utrillo
    34070 Montpellier

  • Par rosebud57 - 3/07/2013 - 16:49

    Enseignant,n'assume ?pas mon homosexualité.Pouvez vous m'aider