Ukraine

La grande guerre des oligarques

Samedi 28 mars 2015 par O.W.

Malheureuse Ukraine : après avoir perdu la Crimée au sud, annexée de force par la Russie, en butte à des velléités séparatistes à l’est, elle est aussi dépecée par des oligarques qui s’allient ou se combattent au gré de leurs intérêts personnels.

Kolomoïsky contre Porochenko (Montage du site « The Russophile's » )

L’évènement a fait peu de bruit dans les médias et on pourrait trouver cela normal: que  le président ukrainien Petro Porochenko  limoge  le gouverneur de l’oblast (région) de Dniepropetrovsk, Igor Kolomoïsky n’est pas, à priori un fait d’importance.

Sauf qu’I. Kolomoïsky n’est pas le 1er venu : il fait partie de ces oligarques qui ont fait fortune lors des privatisations qui ont suivi l’indépendance de l’Ukraine (1991). Et c’est avec des méthodes que beaucoup  qualifient de mafieuses, qu’ils sont tous devenus milliardaires.

Comme Kolomoïsky, dont la fortune,  évaluée à trois milliards $, est la 3ème de son pays. Depuis lors, les oligarques se sont accommodés de tous les régimes qu’a connus l’Ukraine tant qu’ils ne gênaient pas leurs affaires. Sinon, ils risquent des problèmes.

Le précédent président ukrainien, Viktor Ianoukovitch en a fait l’amère expérience en novembre 2013 , lorsque, sous la pression de Moscou, il a refusé de signer un Contrat d’association avec l’Union européenne sur lequel ils comptaient beaucoup.

Des manifestations ont éclaté, la place du Maïdan à Kiev a été occupée et en février 2014, Ianoukovitch a été  destitué par le Parlement. Et lors des élections présidentielles qui ont lieu en  mai de la même année, le gagnant a été.… un oligarque.

Car Petro Porochenko,  surnommé « le Roi du chocolat » a commencé sa  fortune (estimée à 1, 6 milliard $) par le rachat en 1993 de plusieurs entreprises d’Etat de confiserie. Bien entendu, les autres oligarques, I. Kolomoïsky en tête se sont ralliés à lui…

On notera qu’I. Kolomoïsky n’est pas un inconnu chez nous. : lui-même et son ami et associé, l’oligarque Vadim Rabinovich ont à plusieurs reprises tenté de s’imposer à la tête  des organisations juives européennes.

Lesquelles, estimaient-ils, étaient  « trop molles » et dirigées par  des « leaders qui ne pensent qu’à eux-mêmes ». Entendez que ces derniers ne soutenaient pas assez l’ultra droite israélienne et ne se battaient pas assez contre l’antisémitisme.

Mais les deux hommes ne sont pas parvenus à s’emparer de la direction de la  « Fédération  des Organisations juives d’Ukraine ». Qu’à cela ne tienne,  en 1999, V. Rabinovich crée à coup de millions de dollars, un organisme conçurent : le  « Congrès juif ukrainien ». Dont il se nomme président.

Même démarche au niveau juif européen. En 2010, pour concurrencer le Congrès Juif européen,  les deux compères inventent « l’European Jewish Union », dont ils se nomment, comme de juste, Président et vice-Président 

« Utilisation de milice privées à des fins personnelles » 

Dans la foulée,  ils lancent fin 2012 l’idée d’un  « Parlement Juif européen » qui s’installera à Bruxelles à côté de l’autre Parlement Européen. Selon un processus des plus originaux :  les noms des candidats sont inconnus et il n’y a pas de liste électorale de votants.

Qui plus est le vote se fait par Internet, sans le moindre contrôle.  Et devinez qui ce « Parlement » une fois élu porte à sa tête ? Igor Kolomoïsky, bien sûr. Et qui à la vice-Présidence sinon Vadim Rabinovich associé, pour la couleur locale, à Joël Rubinfeld, ex-Président du CCOJB.

Après quoi le dit « Parlement » tombe en catalepsie.  Peut-être parce que les deux oligarques ont décidé de consacrer leur argent à faire carrière dans leur pays ?  En tous cas, en mai 2014, Vadim Rabinovich pose sa candidature aux présidentielles de son pays.

Mais, comme on l’a vu, c’est Petro Porochenko qui l’emporte. Avec davantage de sagesse,  I. Kolomoïsky se contente, lui,  d’être nomme en 2014 à la tête de sa région natale. Il y gouverne, là aussi, avec son argent.  

Il équipe de ses propres deniers plusieurs bataillons de volontaires qui se battent avec aux côtés de l’armée régulière contre les séparatistes pro-russes et parviennent à conserver cette importante région économique dans l’escarcelle du gouvernement.

Tout va donc bien jusqu’à ce que, mi-mars de cette année, le Parlement vote une loi anticorruption qui réduit le pouvoir des actionnaires privés dans les compagnies publiques. Fureur de Kolomoïsky qui contrôlait de la sorte deux très rentables institutions :

La principale compagnie ukrainienne d’extraction d’hydrocarbures et celle qui gère le réseau de pipelines du pays. Selon une méthode éprouvée dans les années 1990, il envoie alors des hommes armés s’emparer des sièges de ces entreprises.

Sauf que l’ex oligarque P. Porochenko sait aussi comment on joue à ce jeu-là.  Il fait entourer les sbires de Kolomoïsky par la garde nationale ukrainienne. Puis, il convoque ce dernier et le limoge de son poste de gouverneur pour « utilisation de milice privées à des fins personnelles »

Un coup d’arrêt brutal au pouvoir des oligarques qui ne doit rien au hasard : .le Président ukrainien sait que l’obtention des  fonds de l’UE, indispensables à son économie, passent par une réduction sérieuse d’une corruption devenue endémique. Mais rien n’est encore joué.

Selon les rumeurs, Igor Kolomoïsky envisage à présent de soutenir les insurgés séparatistes. Si cela était avéré et si d’autres oligarques, qui ont tous leurs armées privées, agissaient de même, le pouvoir de Kiev ne ferait pas long feu…. De quoi déstabiliser le déjà fragile équilibre du continent européen.

Par ailleurs, on s’étonne du silence prolongé des vice-Présidents du « Parlement juif européen ». Comment croire que ces deux éminentes personnalités, si sensibles au moindre agissement anti-Juif ne considèrent pas l’éviction d’ Igor Kolomoisky comme un acte antisémite ?

 


 
 

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