Heureux Séjour

Dr Alain Jesuran : "Le danger sanitaire est derrière, mais évitons un second pic"

Mardi 28 avril 2020 par Géraldine Kamps

Après un week-end particulièrement éprouvant à l’Heureux Séjour qui, pour ce seul samedi, a vu le décès de trois de ses pensionnaires, dont Henri Kichka, son médecin-coordinateur Alain Jesuran nous donne un nouveau bilan de la situation.

 

« Nous avions espéré très longtemps ne pas compter de cas du tout, et nous avons été l’une des dernières maisons de repos à en avoir », affirme le Dr Alain Jesuran, lorsqu’on lui demande plus de nouvelles sur la situation de l’Heureux Séjour. « Malgré toutes les précautions que nous avions prises, le port de masques et de gants et l’usage du gel hydroalcoolique depuis plus de deux mois, plusieurs membres de notre personnel ont malheureusement été atteints… ».

La situation est devenue plus tendue ces dernières semaines, avec une pression considérable sur les soignants. « Les cas suspects ne présentaient pas de symptômes et résistaient bien. Mais ils se sont ensuite dégradés très rapidement », déplore le médecin-coordinateur, précisant que les victimes étaient, pour leur grande majorité, âgées de 94 à 102 ans et dépendantes de soins. « Ce n’est pas par la voie orale que le virus s’est répandu, mais par le toucher, chez des personnes nécessitant un repas, une toilette, soit des contacts prolongés ».

L’Heureux Séjour n’aurait plus recensé de nouveaux cas depuis dix jours. Un constat plutôt rassurant selon Alain Jesuran : « Nous avons dépassé le pic épidémique dans les maisons de repos après celui au sein de la population. Il a également été plus aigu, mais le danger sanitaire est aujourd’hui derrière nous », estime-t-il, tout en nuançant : « Notre plus grande préoccupation à présent est qu’il n’y ait pas de second pic évidemment… ».

Résidents et personnel testés ce jeudi

Les tests officiels viennent, eux, tout juste d’arriver dans cette maison de repos, en raison du cluster (foyer de contamination) relativement réduit dans cette maison de repos qui aura été en quelque sorte victime de ses bonnes mesures en bénéficiant des tests après celles plus exposées. Ils seront réalisés ce jeudi pour l’ensemble des résidents et du personnel, afin de réorganiser l’institution selon les résultats et établir une séparation absolue. « Notre maison sera divisée en deux, avec d’un côté les personnes atteintes, qu’elles soient parmi les pensionnaires ou le personnel, et de l’autre les personnes qui sont testées négatives de sorte que ces dernières puissent être progressivement déconfinées et reprendre contact avec leurs familles, tout en maintenant bien sûr les précautions élémentaires. Le danger sanitaire écarté, nous ne voudrions pas les perdre par désarroi », souligne Alain Jesuran.

Après avoir dans un premier temps réautorisé les visites d’un proche dans les maisons de repos, le gouvernement avait fait marche arrière, si bien que les résidents sont depuis le début du confinement très isolés. Certains cas exceptionnels, notamment de fin de vie, permettent la venue d’un parent, mais la permission n’étant pas officielle, les maisons de repos jugent au cas par cas. « A partir de lundi, nous organiserons des visites à travers le sas pour ceux qui auront été testés négatifs, en continuant de rester très prudents », affirme le médecin-coordinateur, qui répond par ailleurs à ceux qui se demandent pourquoi rien ne peut entrer à l’Heureux Séjour, en dehors du courrier. « Chaque objet devrait être désinfecté et nous ne voulons pas être débordés. Cela mobilise à chaque fois quelqu’un qui devrait s’arrêter de faire sa tâche pour s’en occuper. De plus, c’est par les contacts et les manipulations que le virus se propage, nous essayons donc autant que possible de les limiter ». Le médecin-coordinateur revient sur les hospitalisations de ses pensionnaires : « Nous avons une obligation de moyens et une obligation morale à l’égard des familles. Si je décide d’hospitaliser quelqu’un, c’est parce que je n’ai pas accès aux antibiotiques et à l’oxygène nécessaires pour m’en charger moi. On a dû pourtant se battre pour faire admettre nos résidents à l’hôpital, or les soins intensifs ne sont pas complets, ce n’est pas normal ! »

Pour ce qui est du matériel à disposition de l’institution, l’Heureux Séjour affirme qu’il est parvenu à obtenir tout ce dont il avait besoin, ayant cru plutôt un moment qu’il serait en manque de personnel. « Nous n’avons finalement pas eu besoin de bénévoles en pouvant compter une fois encore sur un personnel exceptionnel. L’action qui avait été lancée pour le soutenir a été accueillie avec une formidable générosité, il y a été très sensible ».


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Grunchard Francis - 29/04/2020 - 11:30

    Félicitons le Dr Jesuran pour l’efficacité de sa gestion.

  • Par Jacky - 30/04/2020 - 8:52

    J’ai personnellement connaissance d’un cas diagnostiqué ce 27/4/2020.

  • Par Remy - 1/05/2020 - 5:58

    Comme aurait dit le Président de la Commission parlementaire Dit roux : "un de vous deux ne dit pas la vérité "