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Deux poids deux mesures, Israël seul sur le banc des accusés ?

Lundi 5 avril 2021 par Maurice Einhorn

On a assez souligné à quel point l’antisionisme représente une forme contemporaine majeure de la haine des Juifs, même si ceux qui le pratiquent assidument poussent le plus souvent des cris d’orfraie lorsqu’on qualifie leurs propos et attitudes d’antisémites.

 

Au point que pour certains le terme même de sioniste relève d’une insulte en soi, même si nombre des contempteurs d’Israël ne connaissent même pas la signification exacte de ce vocable.

Nous ne contenterons pas ici de répéter, une fois de plus, que l’antisionisme n’est qu’un habit neuf de l’antisémitisme ou, comme le formulent d’aucuns, son cache-sexe. Nous montrerons au contraire au moyen d’une série d’exemples détaillés et irréfutables qu’on est là bien-delà de la critique, d’ailleurs moralement parfaitement fondée, de la politique du gouvernement israélien.

Les Américains parlent à ce propos des « trois D », à savoir Diabolisation, Délégitimation et "Double Standards". C’est par la pratique des doubles critères de jugement que les antisionistes parviennent à diaboliser et, de plus en plus souvent, à délégitimer l’Etat d’Israël, coupable du péché originel d’oppression du peuple palestinien. Le mouvement de boycott BDS en représente le modèle parfait, l’arme du boycott étant strictement réservée à Israël, alors que le comportement criminel de toute une série d’Etats mérite infiniment plus l’étiquette de crimes contre l’humanité, plaquée de façon sans cesse répétée sur Israël seulement.

La diabolisation de l’Etat juif peut notamment s’illustrer par le concept de « territoires occupés », qui est devenu l’apanage exclusif d’Israël alors qu’il existe tant d’autres occupations et annexions illégitimes dans le monde.  On citera ainsi, à titre d’exemple, l’annexion du Tibet par la Chine en 1950-1951 ou celle de la Crimée par la Russie de Poutine il y a quelques années et que le maitre du Kremlin tente par tous les moyens de compléter par celle de l’Ukraine.

Il n’est sans doute pas réellement excessif de mentionner les quelques « territoires occupés » existant encore en Europe et notamment au sein de l’Union européenne. Les deux exemples les plus frappants sont sans nul doute celui de l’Irlande du Nord, occupée par la Grande-Bretagne et celui de Chypre, dont la moitié de l’ile est occupée par la Turquie. C’est encore la Grande-Bretagne qui occupe depuis des siècles Gibraltar, que les Espagnols ont maintes fois tenté, mais en vain, de reprendre. Ces mêmes Espagnols qui, eux, occupent l’enclave de Mellila au Maroc.

Nous n’irons pas jusqu’à englober dans cette énumération les territoires français d’Outre-Mer, mais l’on peut tout de même se poser certaines questions à leur sujet.

Silence, on tue

Comme celui d’occupation le terme de « crimes contre l’humanité » est très souvent identifié à Israël. C’est là un comble puisque cette terminologie a été introduite par le Tribunal de Nuremberg en 1945 à la suite de la révélation des crimes commis par les nazis contre les Juifs durant la Deuxième guerre mondiale.

Nous développerons donc en détail dans une série d’articles quelques-uns des crimes contre l’humanité les plus atroces de ces dernières décennies. Ils ont presque tous en commun de passer quasiment inaperçus dans une opinion internationale si prompte à vilipender Israël.

 Nous analyserons successivement les cas d’oppression, de discriminations graves voire de massacres dans une série de pays. Nous commencerons par les Ouïgours en Chine.

Des camps pour parquer les Ouïgours

L’oppression extrême des Ouïghours par le régime chinois est sans doute le seul parmi ceux que nous citerons qui commence à émouvoir le monde. Même s’il n’est pas le seul à s’indigner du comportement de la dictature chinoise à leur égard, le combat que mène inlassablement en leur faveur Raphaël Glucksmann, député européen socialiste, a quelque retentissement. L’Obs titrait ains d’ailleurs, dans son édition du 4 mars, « Ouïgours. Le génocide caché » avec la photo de Glucksmann en couverture.

Les Ouïghours, qui vivent dans la région dite autonome du Xinjiang, constituent une minorité en Chine, à la fois sur le plan religieux et linguistique. Musulmans, ils pratiquent une langue assez proche du turc. Pour un régime qui ne supporte pas les têtes qui dépassent, c’est là une situation inacceptable, d’où une répression féroce constante, qui n’a d’ailleurs rien de récent, puisqu’elle connut un sommet lors de la Révolution culturelle de Mao.

Une enquête de la BBC, rendue publique en février, fait état, témoignages à l’appui, de tortures, viols collectifs systématiques et stérilisations forcées sur des femmes ouïghoures.

Ce sont plus d’un million de membres de cette minorité qui sont détenus dans des camps, qualifiés par le régime de Xi Jinping d’établissements de rééducation politique, voire même de « formation professionnelle ».

Un tribunal indépendant mis sur pied en Grande-Bretagne faisait état l’année dernière de prélèvements d’organes de prisonniers, notamment ouïghours.

Raphaël Glucksmann, lui, parle d’un véritable génocide culturel. Cette politique chinoise est également durement critiquée en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et dans l’Union européenne, mais la condamnation par ces pays ne va jamais au-delà du stade verbal. Human Rights Watch fait état des véritables algorithmes de répression » d’un gouvernement chinois qui met les technologies les plus modernes au service de sa politique de répression dans le Xinjian.

Ce qui est, par contre, infiniment plus frappant encore est le silence assourdissant du monde arabe et musulmans face à ce drame insoutenable, comme d’ailleurs à celui des Rohyngias birmans, comme si le rôle de victime absolue et permanente était réservé aux seuls Palestiniens. Un silence partagé par celui des mouvements d’extrême-gauche européens.

C’est pourquoi Dilnur Reyhan, présidente de l’Institut ouïghour d’Europe a récemment dénoncé publiquement l'immobilisme des pays musulmans face aux crimes contre l'humanité perpétrés par Pékin à l'encontre des Ouïghours dans la province du Xinjian. Un éditorialiste de TV5Monde, déplorait, lui, ce manque de « solidarité confessionnelle ». Si la présence musulmane en Chine date de 15 siècles environ, l’attitude des pays du monde islamique s’explique en grande partie par les excellentes relations qu’entretiennent avec Pékin des pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran.

La proximité de la culture ouïghoure avec celle de la Turquie, notamment sur le plan de la langue, ne procure de toute évidence pas le moindre état d’âme particulier chez Erdogan.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Thierry - 6/04/2021 - 8:17

    Parmi les régions occupées, on peut citer également le cas du Sahara Occidental occupé par la Maroc.

  • Par Jacky UNGER - 6/04/2021 - 8:55

    La convention de l’ONU sur le génocide ( 1948 ) a explicitement exclu le «  génocide culturel » du crime contre l’humanité . L’utilisation de cette expression tend à banaliser le crime et à en édulcorer l’horreur. Elle doit être proscrite.