Opinion

Dessin de presse, caricature, incitation à la haine : savoir faire la différence

Jeudi 29 octobre 2020 par Jean-Marc Finn, Collectif belge contre l'antisémitisme

En ces jours tourmentés, je suis fréquemment interpellé par des connaissances qui, souvent de bonne foi, me disent en MP sur Facebook : « …Bien sûr, décapiter un professeur, c’est terrible mais…était-il nécessaire de remontrer ces caricatures face à une classe dont ce professeur savait à l’avance qu’ils allaient être choqués et peut-être réagir violemment ! Et en quoi est-ce différent du char du carnaval d’Alost, qui est aussi une caricature et là, comme on parle des Juifs, alors c’est scandaleux et condamnable ? ».

 

Nous avons toutes et tous entendu ou lu cette phrase en forme de sentence. Ne rentrons pas dans le flot de considérations sur ce que ce propos dit de notre époque, mais, en même temps, essayons de faire la part des choses entre les deux exemples repris dans le commentaire susmentionné et expliquons.

Un peu de définition pour baliser le terrain : Le dessin de presse consiste à illustrer l'actualité au travers de dessins parfois simplement figuratifs, souvent satiriques. « Un dessin réussi prête à rire. Quand il est vraiment réussi, il prête à penser. S’il prête à rire et à penser, alors c’est un excellent dessin ». Ce propos du regretté Tignous (mort lors de l’attentat contre Charlie Hebdo) résume parfaitement la vocation du dessin de presse.

« La caricature, elle, est une représentation satirique, exagérée, outrée ou déformée de quelque chose, d'un évènement, d'une attitude, d'un sentiment. Au sens figuré, une personne ridicule ou grotesque en raison de son accoutrement ou de son maquillage, ou laide au point de ressembler à une caricature » (Toupie.org). La première caricature ne date pas d’hier : L'un des premiers ouvrages satiriques, Le Roman de Fauvel, en 1317, représente alors le roi Philippe le Bel, ô sacrilège, avec une tête d'âne. C'est l'acte fondateur de la caricature, il y a 700 ans.

En résumé, un dessin de presse peut avoir pour sujet un comique de situation, une situation ou un acte politique, une référence historique, une parole qui se voudrait définitive (etc.) pour en rire et donc, continuer sous cette forme à communiquer, informer voire rappeler.

Une caricature force le trait pour attirer l’attention sur des idées critiquables et rappeler ainsi que toute idéologie, religion, proposition politique ou philosophique peut et doit être soumise au débat contradictoire. Il ne s’agit donc en aucun cas de critiquer des personnes physiques (quand bien même elles seraient l’objet de la caricature) mais alors comme prétexte d’interpellation de l’idéologie ou philosophie dont certaines d’entre elles se réclament…

La frontière est ténue entre la volonté d’interpeller par le dessin de presse ou la caricature et elle peut choquer certaines personnes. C’est compréhensible et cela nous renvoie en fait à nous-même et à la distance que nous pouvons avoir par rapport à ce qui nous est cher (de l’affect) et ce qui n’est pour les autres qu’une idée ou concept parmi d’autres.

Il est clair que la caricature d’un rabbin ou d’un soldat israélien fera sans doute moins rire certains membres de la communauté juive, idem pour celles qui mettent en scène ceux qui prétendent agir au nom du Prophète mettront mal à l’aise les membres de la communauté musulmane qui se peuvent se sentir réduits à cela.

Mais pouvons-nous interdire aux autres d’en rire. Au fond, cette caricature interpelle et donc ré-ouvre ou continue le débat. Plus que jamais, quand les paroles cessent, c’est la violence qui prend la place…C’était cela l’enjeu de ce cours donné par Samuel Paty : Amener les jeunes de cette classe à aborder tous les enjeux mis en évidence par ce dessin et, pour cela, à « penser contre eux-mêmes », c'est-à-dire contre tous les préjugés qui nous tiennent chauds mais qui nous emprisonnent. C’était cela, rien de moins…mais rien de plus.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Goovaerts - 2/11/2020 - 10:10

    Sans oublier le vitrail dans la cathedrale saint Michel représentant des membres de la communauté juive de Bruxelles perçant au couteau des hosties. Cette légende a coûté bien des vies. Aujourd'hui aucune explication n'accompagne ce vitrail antisémite pour expliquer les dérives du passé.

  • Par Daniel donner - 2/11/2020 - 11:57

    vous ne repondez pas a votre question
    Ou est la difference avec alost?
    Alost n attire pas l attention sur quelque chose de critiquable mais allimente l enseignement du mepris aurait dit jules isaac ou les pires fantasmes concernant les juifs. Nous savons ou cela a mene les peuples du monde au cours de l histoire concernant les juifs

  • Par Thierry - 2/11/2020 - 18:38

    Dans le contexte des abus sexuels de prêtres catholiques contre des enfants, je me souviens qu'un dessinateur de Charlie Hebdo s'était fendu d'un dessin montrant le pape François en train de sodomiser un enfant. Cette caricature (dessin outrancier dénonçant des faits bien réels) n'a pas donné lieu, à ma connaissance, à des réactions violentes (attentat, meurtre, etc) de la part de chrétiens. Même si l'on estime que ce dessin est injuste pour la personne du pape (qui essaye, tant faire se peut, vu l'environnement au Vatican..., de lutter contre la pédophilie au sein de l'Eglise) il n'en exprime pas moins une sinistre réalité que Charlie Hebdo, comme tous les autres médias, doit dénoncer. C'est pourquoi j'estime que les caricatures de Mahomet (celles du journal danois reprises par Charlie Hebdo) dénonçant le lien entre l'islamisme et la violence doivent pouvoir être montrées car elle illustre un phénomène malheureusement trop bien connu, que les auteurs des attentats récents en France viennent en fait de conforter.... Si les médias ou les professeurs ne montrent plus ces caricatures, les islamistes, grâce à leur chantage à la violence, auront gagné et l'Europe aura reculer de plusieurs siècles sur les libertés d'expression, d'enseigner et d'informer. Un recul de plus de 700 ans...

  • Par Rabinovitsj Gloria - 4/11/2020 - 14:45

    Merci pour cet article ECLAIRANT. A diffuser largement auprès de chacun quel que soit l'âge et le niveau d'étude.
    Je verrais bien ce sujet lors d'une conférence/débat..et dans le programme d'éducation à la citoyenneté.