Grande-Bretagne

On connaît la chanson

Jeudi 25 novembre 2010 par Ouri Wesoly

Mick Davis

Toutes choses égales par ailleurs, c’est un peu comme faire son « coming out » dans une communauté ultra-orthodoxe. Dès qu’un dirigeant juif, si investi dans la communauté soit-il, a le courage d’affirmer que la politique de l’actuel gouvernement israélien mène l’Etat juif à la catastrophe, il devient un gauchiste, traître à son peuple et empli de haine de soi.
 
Jusqu’à dimanche passé, Mick Davis était un pilier solide autant que respecté du judaïsme britannique : président de l’United Jewish Israël Appeal  (UJIA), le principal collecteur de fonds pour Israël, dirigeant du Jewish Leadership Council, l’équivalent du CRIF français ou de notre CCOJB.
 
Et voilà-t-il pas que lors d’un débat au « London Jewish Cultural Centre », il se lance dans une critique tous azimuts du gouvernement israélien ! La stratégie de Benjamin Netanyahou : « incompréhensible et peu courageuse ». La capacité de réaction d'Israël face aux menaces existentielles ? « En baisse constante ». Le serment de loyauté exigé des candidats à la nationalité israélienne ? « Répugnant ».
 
Pour conclure, il déplore le manque d’intérêt des dirigeants israéliens pour la Diaspora : « Ils devraient admettre que leurs actions ont un impact significatif sur les Juifs de par le monde ». Et le pire, c’est que la plupart des dirigeants juifs, laïcs ou religieux le soutiennent. L’un le considère comme « un vrai leader sioniste », l’autre affirme : « Je ne récuse rien de ce qu’il a dit ». Un troisième : « Il a tout à fait le droit de s’exprimer de la sorte »…
 
C’en était, bien sûr, trop pour la droite et l’extrême droite qui -on se demande d’ailleurs à quel titre- se sont arrogées le droit de distribuer des brevets non seulement de « Vrai Sioniste », mais aussi de « Bon Juif ».
 
Ainsi ont-elles décrété que les Juifs britanniques formaient « une communauté de lâches » menée par « des dirigeants qui ont coutume de se cacher la tête dans le sable en tremblant ». Quant à Mick Davis lui-même, la dégelée qu’il s’est prise, les amis !
 
« Une insupportable arrogance intellectuelle » (Abe Foxman, dirigeant de l’Anti-Defamation League). Un ministre israélien : « En dehors de l’Angleterre, qui connaît ce type ? ». Brian Kerner, son prédécesseur à la tête de l’UJIA : « Ses propos ne feront que servir nos ennemis ».
 
Avec leur courtoisie coutumière, les médias juifs de droite en ont rajouté une couche: « Mick Davis est un nouveau riche qui se comporte comme un oligarque russe ». « Une attitude bizarre et totalement inconsciente ». « Il a le toupet d’utiliser le vocabulaire de nos ennemis ». « Il ose dire que ce sont les Israéliens et non les Palestiniens qui sont un obstacle à la paix ». « Des propos d’une vulgarité sans précédent, surtout dans le climat d’antisémitisme qui règne dans le pays ».
 
Sans oublier le couplet sur ceux « qui vivent dans le confort de Hampstead (un quartier de Londres) alors que les Israéliens sont à portée des missiles du Hamas et que leurs enfants font trois ans d’armée ». Curieux comme on a le sentiment d’avoir déjà entendu tout cela. Mais où ?

 
 

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