Génocide des Tutsi

Une commémoration sous le signe de la vérité historique

Mercredi 7 avril 2021 par La Rédaction

Alors que nous commémorons le déclenchement du génocide des Tutsi au Rwanda, un groupe de chercheurs français réuni autour de l’historien Vincent Duclert a remis son rapport sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 au président français Emmanuel Macron le 26 mars dernier. Des conclusions accablantes. 

Même si elle écarte l’idée d’une complicité de génocide estimant qu’elle doit être posée au juge et non aux historiens, la commission Duclert en conclut à « un ensemble de responsabilités, lourdes et accablantes », au sein de l’Etat français.

En évoquant les « responsabilités lourdes et accablantes » de la France au plus haut niveau, le rapport Duclert confronte ses responsables politiques à une vérité trop longtemps niée : celle de la cécité et de l’aveuglement. Au plus haut sommet de l’Etat, c’est-à-dire la présidence, « on a ignoré la réalité rwandaise et plaqué sur le pays les schémas néocoloniaux de puissance occidentaux et de lectures ethnicistes. Cela a été mené selon des moyens très autoritaires », souligne Vincent Duclert. « Nous révélons dans le rapport un système opaque et intimidant fait d’irrégularités et de propagande qui caractérise l’action d’autorités en responsabilité dans cette politique ».

Cela se traduit par une politique française volontairement et résolument favorable au régime génocidaire rwandais : « Elle a adopté un schéma binaire opposant d’une part l’ami hutu, incarné par le président Habyarimana, et de l’autre l’ennemi qualifié d’“ougando-tutsi” pour désigner le FPR [Front patriotique rwandais]. Au moment du génocide, elle a tardé à rompre avec le gouvernement intérimaire qui le réalisait et a continué à placer la menace du FPR au sommet de ses préoccupations. Elle a réagi tardivement avec l’opération Turquoise, qui a permis de sauver de nombreuses vies, mais non celles de la très grande majorité des Tutsi du Rwanda, exterminés dès les premières semaines du génocide. La recherche établit donc un ensemble de responsabilités, lourdes et accablantes ».

Politique parallèle de l'Elysée

En guise de politique française, il est plus approprié de parler de politique élyséenne puisque l’une des occurrences importantes dans le rapport est le mot « parallèle », comme hiérarchie ou circuit parallèle. La confiscation du dossier rwandais par le président François Mitterrand est allée jusqu’à un contournement des ministères et des administrations figurant dans les chaînons habituels de la prise de décision. « La commission, écrivent les historiens, « a démontré l’existence de pratiques irrégulières d’administration, de chaînes parallèles de communication et même de commandement, de contournement des règles d’engagement et des procédures légales, d’actes d’intimidation et d’entreprises d’éviction de responsables ou d’agents. » Derrière la façade démocratique et institutionnelle de la république se dessinent des pratiques qui ne relèvent ni de l’une ni de l’autre.

« L’implication très grande des militaires français dans la formation des Forces armées rwandaises », d’octobre 1990 jusqu’au génocide d’avril 1994, et la transformation de ce pays africain en « laboratoire » – autre occurrence du rapport – portent la marque personnelle du président. Le secrétaire général de l’Elysée est alors Hubert Védrine. Il lit tout, annote souvent de quelques mots secs, organise la circulation de l’information. Il veille à la mise en musique des directives présidentielles. « A chaque moment de crise, une note vient radicaliser les options, cliver les situations », dit le rapport, au sujet de la remontée des écrits des conseillers, civils et militaires, sur le Rwanda.

Ce rapport décortique, analyse et décrypte une politique qui « oscille entre la minimisation des faits ou tout simplement un silence complice », dit la commission. Elle montre également comment se construit ensuite la thèse du double génocide chère aux négationnistes et conforme à la vision ethniciste renvoyant dos à dos victimes et bourreaux, au nom d’une sauvagerie, d’une folie ethnique supposée, effaçant la réalité de la préméditation hutu, base essentielle du crime de génocide.

L'escroquerie intellectuelle du "double génocide"

L’occasion également de démonter complètement la thèse négationniste du double génocide. « Tous les constats effectués révèlent que le FPR lance des représailles, parfois sévères, mais elles sont sans commune mesure avec les massacres des Tutsi durant la période 1990-1993 et, bien sûr, avec le génocide qui débute le 7 avril 1994. Cette thèse du ‘’génocide’’ commis par les Tutsi est une escroquerie intellectuelle et une infamie morale, dirigée contre un régime qui a dû faire face à une situation qu’aucun autre pays au monde n’a connue. Et la France décide de ne pas l’inviter au sommet franco-africain de Biarritz en novembre 1994, de ne rien faire pour aider massivement Kigali. Simplement parce que la France a subi une défaite au Rwanda et qu’elle ne veut pas le reconnaître. Je dirais que cela fait vingt-sept ans que cela dure, avec l’intermède de la lucidité de la présidence de Nicolas Sarkozy. Le président Macron est déterminé à refermer cette période », explique Vincent Duclert.

Maintenant que les responsabilités françaises qualifiées de « lourdes et accablantes » ont été établies par les historiens, il est temps d’entamer le dernier chapitre, celui de la justice pour que les victimes puissent enfin faire dignement le deuil de cette tragédie.  


 
 

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