Procès des attentats de Charlie et de l'Hyper Cacher

Charlie face au "terreau de lâcheté"

Lundi 7 septembre 2020 par Nicolas Zomersztajn

Ce n’est pas le premier procès en France de cette mouvance djihadiste liée à l’Etat islamique en Syrie. Il y a déjà eu celui d’Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, l’auteur de l’attentat contre l’école juive Hozar HaTorah de Toulouse et de l’assassinat de trois militaires en mars 2012.

 

Il n’empêche, ce procès est historique. Des caricaturistes et intellectuels pris pour cible parce qu’ils exerçaient leur liberté d’expression et des citoyens juifs ont été assassinés parce qu’ils étaient juifs.

La cour d’assises spéciale doit juger des faits pour lesquels les principaux auteurs sont décédés. Les frères Kouachi, Saïd et Chérif, ayant attaqué la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo ont été abattus pendant leur cavale lorsqu’ils se sont retranchés dans une imprimerie de la banlieue parisienne. Et Amedy Coulibaly, l’auteur de la prise d’otages et de la tuerie de l’Hyper Cacher de la Porte de Vinciennes est mort lors de l’assaut policier.

Quatorze accusés sont renvoyés devant la cour. Ils sont souvent présentés comme les « petites mains » ou des seconds couteaux. Peut-être. Mais dans des crimes de ce type, chaque maillon de la chaîne est indispensable. « Il s’agit d’individus qui sont dans la logistique, dans la préparation des faits, qui ont fourni des moyens de financement, du matériel opérationnel, des armes, un domicile, a détaillé le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard. « Tout cela est indispensable à l’action terroriste. ».

Que faut-il attendre d’un tel procès ? la question est importante et en Belgique, nous savons que la procédure judiciaire, aussi imparfaite soit-elle, permet à la société d’en tirer des enseignements. Ce fut évidemment le cas en 2019 avec le procès de Mehdi Nemmouche, l’auteur de la l’attentat du Musée juif de Belgique en mai 2014. Il est vrai que l’accusé était bel et bien présent dans son box. Mais le silence dans lequel il s’est muré n’a pas empêché la Cour d’assises de faire toute la clarté sur cet attentat antisémite, et ce en dépit des outrances insupportables de son avocat.

Pour certains, le problème est ailleurs et c’est précisément cela qui les rend pessimistes. « En vérité, il ne faudra pas en attendre grand-chose, si l'on s'en tient au débat strictement judiciaire visant à déterminer la responsabilité des seconds couteaux qui ont fourni qui une carte SIM, qui une bagnole, qui une kalachnikov aux assassins… », déplore Philippe Val, directeur de publication de Charlie Hebdo entre 1992 et 2009. « Pour que ce procès ait vraiment du sens, il faudra interroger la responsabilité des intellectuels, des hommes politiques, des journalistes, des universitaires qui ont et continuent d'alimenter ce terreau très étrange, et d'une profonde lâcheté, qui nous a conduits à la catastrophe. Ce procès, il va falloir le travailler et le faire vivre en dehors du prétoire ; interroger la société tout entière sur ce qui s'est passé avant et après ».

Il n’a pas tort. Depuis 2015, on a pu voir des personnalités médiatiques saluer le combat pour la liberté d’expression de Charlie Hebdo alors qu’elles ont traîné dans la boue ce journal pendant de nombreuses années, et qu’elles continuent de le faire, en le présentant comme un journal islamophobe et raciste. Non seulement ils versent des larmes de crocodiles pour des journalistes et des dessinateurs qu’ils ont diabolisés mais ils n’ont eu aucun scrupule à évacuer une dimension antisémite particulièrement présente dans les événements tragiques de janvier 2015.

Ces « amis » de Charlie sont nombreux et hélas souvent de gauche ou d’extrême gauche. Le journaliste fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, incarne jusqu’à la caricature cette fonction de « facilitateur de haine ». Il ne commet aucune exaction, ne manipule pas directement les auteurs de passage à l’acte, ne les incite pas ouvertement à agir, mais ses opinions, ses propos et quelquefois simplement ses silences viennent légitimer et banaliser cette haine envers Charlie Hebdo et cette complaisance envers les djihadistes. Philippe Val ne se trompe pas : cette problématique ne sera pas au cœur de ce procès historique.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/