Ce n'est pas cet Israël que nous aimons

Mercredi 27 octobre 2010 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef

Le gouvernement israélien a approuvé ce dimanche 10 octobre 2010 un projet d’amendement législatif contraignant les candidats non juifs à la citoyenneté israélienne à prêter allégeance à l’Etat d’Israël comme Etat juif et démocratique. Le projet doit encore faire l’objet de trois lectures par la Knesset où la droite et l’extrême droite disposent d'une majorité confortable.
Sans le préciser explicitement, ce texte vise notamment les Palestiniens et les Palestiniennes cherchant à s'installer en Israël après s'être mariés avec des Arabes israéliens. De nombreuses voix se sont élevées pour contester l’adoption de ce projet d’amendement. Et pas seulement les éternels militants de gauche ou des associations en faveur des droits de l’homme. Dan Meridor, membre du Likoud et vice-Premier ministre du gouvernement Netanyahou, a exprimé ses craintes quant aux conséquences désastreuses de l’adoption d’un tel projet : « Cette mesure est susceptible de créer une atmosphère d’exclusion à l’égard de la population arabe ». Même le très nationaliste Benny Begin a émis de vives critiques.
Une mesure de ce type va à l’encontre des fondements démocratiques de l’Etat d’Israël. Comment peut-on prétendre d’une part que tous les citoyens israéliens, quels qu’ils soient, sont égaux devant la loi, et créer d’autre part des discriminations légales flagrantes à l’égard d’une minorité particulière. On sent bien qu’il s’agit de créer un contexte hostile aux non-Juifs en général, aux Arabes en particulier. Israël possède déjà dans son dispositif légal un texte très clair affirmant le caractère juif et démocratique de l’Etat d’Israël : la Déclaration d’indépendance. Israël, Etat des Juifs, est une réalité tangible depuis le 14 mai 1948. Il n’a pas besoin de la reconnaissance de qui que ce soit pour poursuivre son existence. L’avenir d’Israël en tant que nation juive et démocratique ne peut être garanti par des décrets non démocratiques dont l’esprit et la lettre sont très éloignés des valeurs et de l’histoire du peuple juif.
Alors que les relations israélo-turques connaissent un passage à vide, le gouvernement s’inspire paradoxalement de l’arsenal juridique turc pour alourdir la loi sur la citoyenneté. Le projet d’amendement sur la loyauté des citoyens non juifs peut être classé dans la même catégorie que l’article 301 du Code pénal turc. Cette disposition prévoit une peine de prison pour toute « atteinte à l’identité turque ». Les autorités turques y recourent généralement pour museler les militants des droits de l’homme ou pour violer les droits des minorités. On nous répondra alors que le projet de loi israélien ne vise que les candidats à la citoyenneté. Mais sous quelle forme se traduira un éventuel non-respect du caractère juif et démocratique de l’Etat d’Israël ? Une relation ou un mariage avec un Juif, la participation à une manifestation contre une politique du gouvernement, la lutte contre les discriminations dont sont victimes les Arabes d’Israël sont-elles autant de situations qui risquent d’entrer en conflit avec le caractère juif de l’Etat d’Israël ?
Le gouvernement israélien est en train de projeter au monde entier le plus vilain visage de son pays, mais il viole lui-même le caractère juif et démocratique d’Israël en adoptant un tel projet.   

 


 
 

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