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Biden reconnaît le génocide arménien

Lundi 26 avril 2021 par Véronique Lemberg

Par sa déclaration officielle du 24 avril, jour de commémoration du génocide des Arméniens, Joe Biden devient le premier président américain en fonctions à reconnaitre sans équivoque la réalité de l’extermination de plus d’un million et demi d’Arméniens et à la qualifier de génocide.

Dans son allocution du 24 avril 2021, le président démocrate Joe Biden déclare se souvenir en ce jour « de tous ceux qui ont péri dans le génocide arménien de l'époque ottomane », et que l'on se « réengage à prévenir qu'une telle atrocité se reproduise ».

Joe Biden avait pris soin d’informer la veille de sa déclaration de reconnaissance du génocide des Arméniens son homologue turc lors d'une conversation téléphonique. Les deux dirigeants ont convenu de se rencontrer en juin en marge du sommet de l'OTAN à Bruxelles. La réaction turque n'a pourtant pas tardé lorsque le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a évoqué sur Twitter une « réécriture de l'Histoire ». Il a ajouté que « Nous n'avons rien à apprendre de personne sur notre propre passé ». Dans un communiqué officiel, il a ensuite qualifié cette décision américaine de « blessure profonde portant atteint à la confiance et à l'amitié entre Turquie et Etats-Unis ».

Bien que le Congrès américain ait déjà reconnu le génocide arménien en décembre 2019 lors d'un vote symbolique, Joe Biden a ainsi rompu avec une longue tradition de refus de reconnaissance du génocide arménien par les locataires de la Maison blanche. Promettant de reconnaître le génocide durant leur campagne présidentielle, les prédécesseurs de Joe Biden ont tous refusé de tenir cette promesse car ce n’était pas le moment de heurter la Turquie, alliée des Etats-Unis au sein de l’OTAN. Durant la campagne présidentielle de 2020, Joe Biden s’était aussi engagé à reconnaître le génocide. Plus récemment, son secrétaire d’Etat, Antony Blinken avait également laissé entendre qu’une reconnaissance dès avril était possible. A priori, on pouvait en douter car comme toutes les décisions courageuses, ce n’est jamais le moment.

Signal fort envoyé à la Turquie

Contre toute attente, il a tenu sa promesse et devient le premier président américain à utiliser ce terme de manière officielle pour qualifier l’assassinat d’un million et demi d'Arméniens entre 1915 et 1918. « Même si cette reconnaissance du génocide par la présidence Biden n’est pas une surprise totale, elle n’en demeure pas moins un acte politique et moral d’importance, dont les conséquences sont multiples. Par sa prise de position, le président américain entérine de manière a priori définitive la position de son pays sur cette question », explique dans Le Monde (25 avril 2021) l’historien Julien Zarifian, spécialiste des questions mémorielles dans la vie politique des Etats-Unis. « C’est ensuite un signal fort envoyé à la Turquie, s’agissant de la question de la négation du génocide arménien (pour laquelle Ankara se retrouve de plus en plus isolé), mais aussi, de manière générale, s’agissant des intentions de l’administration Biden à son égard. Par sa prise de position, cette dernière indique clairement au régime d’Erdogan que sa radicalité, ses postures anti-occidentales et ses velléités hégémoniques, de la Libye au Caucase, en passant par la Syrie, sont vues d’un mauvais œil à Washington, et ont fait passer la Turquie dans le camp des Etats qu’on ne ménage plus ».

Cette décision s’inscrit donc dans le repositionnement que le président Biden souhaite accomplir. Il faut voir dans cette reconnaissance symbolique et sans conséquence légale une prise de position significative : les droits de l’homme ne doivent pas être écartés des enjeux géopolitiques américains. Depuis ses débuts en politique, Biden est partisan d’une « diplomatie musclée », ferme. Il envoie le message que, contrairement à ses prédécesseurs, il y a des lignes rouges que les Etats-Unis tracent et que ses partenaires, comme ses adversaires, doivent respecter.


 
 

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  • Par Daniel donner - 26/04/2021 - 14:26

    Curieuse ligne rouge celle qui consiste a vouloir rediscuter sans la fermete precedente avec un pays ennemi que l on sait mentir et qui ne cache pas ses intentions de detruire un pays allie s il en aura l occasion et qui fait tout pour que des occasions se realisent...