Grèce

Au pays d'Aube dorée, l'antisémitisme est roi

Vendredi 3 août 2012 par O.W.

Pauvre Grèce : étranglée économiquement, elle est aussi malade de l’extrémisme d’extrême droite. Laquelle prospère sur le terreau fertile d’un racisme implanté par l’Eglise orthodoxe.

Nikolaos Michaloliakos, Führer d'Aube dorée

On ne devrait pas galvauder le terme « nazi », comme on tend de plus en plus à le faire, y compris, hélas, dans une partie de notre communauté. Ne devraient être marqués de ce terme infamant que ceux qui se revendiquent avec clarté de l’idéologie la plus nauséabonde du 20e siècle.

Ce n’est donc pas à la légère que l’on qualifie ici, le parti grec « Aube dorée » de nazi. Celui-ci assume l’adjectif, il le manifeste, il en est fier. Malheureux pays, en vérité, cette Grèce, qui paye si cher en ce moment la cupidité de ses élites et l’incompétence de ses gouvernements.

Pauvres Grecs, impitoyablement piétinés sous les botte de l’Europe ultralibérale. Mais, leurs souffrances, injustifiées et révoltantes, si elles les expliquent, n’excusent pas les dérives actuelles.

Car, outre une partie des électeurs, le pays semble manifester une effrayante tolérance envers les partis d’extrême droite. Exemple, le succès, jusqu’il y a peu, du « Laos » (« Alerte populaire orthodoxe »), créé en 2000. 

Comme ses homologues européens, il s’affirmait démocratique et tolérant... tout en tenant un discours raciste, antisémite et homophobe. En toute impunité : si la Grèce s’est donné une législation antiraciste en 1979, elle ne l’a quasi jamais appliquée.

Aujourd’hui encore, le racisme n’est pas un facteur aggravant en cas de crime. Moyennant quoi, le Laos, appuyé par l’Eglise orthodoxe et le patronat, est monté jusqu’à 9% des voix en 2009 et a même participé à l’éphémère gouvernement de Loukas Papademos (nov. 2011-mai 2012).

Parmi ses quatre ministres d’alors, il y avait le secrétaire d’Etat à la Marine marchande, Adonis Georgiadis, éditeur en 2006, d’un livre « Toute la vérité sur les Juifs » déplorant que les nazis ne soient pas arrivés à les exterminer tous.

Le même affirmait en 2009 que le Premier ministre socialiste de l’époque, Georges Papandréou « avait vendu la Grèce à la communauté juive ». Hélas pour lui, le Laos, une fois au pouvoir, soutint avec trop de ferveur les plans d’austérité imposés par l’Europe.

Il fut balayé aux élections suivantes de mai 2012, tombant à 2,9% des voix. Mais on ne peut pas dire que la Grèce gagna au change puisqu’il fut remplacé par « Aube dorée » qui, avec 6,92 % des suffrages et 18 députés, devint le 5e parti du pays.

Les attitudes, les slogans et les méthodes des nazis

Aube dorée ne se soucie guère de maintenir une façade démocratique, lui. Au contraire, le parti reprend, à peine adaptés, les attitudes, les slogans et les méthodes qui ont amené la venue au pouvoir des nazis dans les années 1920-1930.

Ses militants défilent sans cesse à Athènes et ailleurs, drapeau à croix gammée stylisée en tête, saluts nazis à la ronde et bagarres systématiques pour « nettoyer les rues » des immigrés ou des opposants.

Leur programme ? La Grèce aux Grecs, l’expulsion de tous les étrangers, accompagnée d’un minage de la frontière avec la Turquie pour éviter leur retour. Et aussi, refus des plans d’austérité, sortie de l’Euro, rétablissemnts des frontières.

A l’extérieur, c’est, façon Hitler, le retour de tous les territoires peuplés de Grecs à la mère patrie. Ce qui comprend, au minimum, la reconquête de « l’Epire du nord », l’Albanie actuelle et la reprise du nord de Chypre occupé par les Turcs à qui est aussi dénié tout droit sur la mer Egée.  

A quoi s’ajoutent des agressions de plus en plus violentes contre les immigrés : rien que ces derniers mois, les nervis d’Aube dorée ont passé à tabac un Egyptien (hospitalisé dans un état grave), frappé à coups de couteaux des Pakistanais, des Albanais et des Polonais.

Sans oublier une attaque à la barre de fer contre un élu communiste. Sans oublier le porte-parole du parti, Ilias Kasidiaris. Celui qui, le 7 juin dernier, en direct à la télévision, battait à coups de poing deux députées communistes qui avaient osé le contredire.

Autre personnalité d’Aube dorée : le député Artemios Mathaiopoulos, ex-bassiste d’un group de nazi-rock appelé « Pogrom », dont une des chansons appelait à violer Anne Franck et à pisser sur le Mur des Lamentations.

Et, bien sûr, le fondateur du parti, lui-même, Nikolaos Michaloliakos, qui, élu au conseil municipal d’Athènes en 2011, y entra en faisant le salut nazi. Et s’en défendant en expliquant que ce dernier était d’origine grecque et avait été récupéré par les Italiens et les Allemands.

Mais le plus inquiétant dans un pays qui a pourtant subi la dictature des colonels de 1967 à 1974, ce sont les sympathies que suscite Aube dorée dans l’armée et la police. Nombre d’ONG, dont Amnesty International, dénoncent les brutalités de celle-ci, ces dernières années.

Au point que les Ministres de l’Intérieur eux-mêmes s’en inquiètent : en 2009, Mihalis Chryssohoïdis et, au début de ce mois, son successeur Antonis Roupakiotis ont demandé que la justice « agisse très vite contre la violence policière ».

D’autant que la police s’en prend peu aux défilés d’Aube dorée et beaucoup aux contre-manifestants… et aux journalistes. La Grèce ne file pas un mauvais coton du seul point de vue économique.

Un antisémitisme répandu et récurent              

En 2003 déjà, un  rapport 2002-2003 de l’Union européenne affirmait qu’il régnait en Grèce « une atmosphère d’antisémitisme populaire » et la situation ne s’est certes pas améliorée depuis.            

Pourtant, on ne peut pas dire que les Juifs soient envahissants : la communauté ne s’est jamais relevée de la déportation de 86% des 50.000 âmes qu’elle comptait dans les années 1930.                

Il en survit aujourd’hui moins de 6.000. Sur une population de 11,3 millions d’habitants. Ce qui n’empêche pas l' antisémitisme confondu avec l'antisionisme de sévir partout.               

L’existence d’une conspiration juive pour dominer le monde est une évidence pour une bonne partie des Grecs, qui peuvent en trouver confirmation dans le fictif « Protocoles des Sages de Sion » qui est en vente libre, comme nombre d’autres ouvrages antisémites.               

Les profanations de tombes juives ou de mémoriaux à la Shoah sont nombreuses. Quant à la presse, toutes opinions confondues, elle reprend sans nuances toutes les accusations antisémites comme celle qui rejetait la responsabilité du 11 septembre 2001 sur les Juifs.                 

En avril 2002, durant la 2e intifada, un journal de gauche publia, sous le titre « Holocauste II », une caricature d’un soldat israélien habillé en nazi et menaçant un Arabe en pyjama rayé…            

Et en avril 2011 encore, le compositeur Mikis Théodorakis, longtemps classé à gauche avant de virer au centre droit, proclamait à la télévision : « Oui, je suis antisémite et antisioniste.(…) Les Américains juifs se cachent derrière tout, les attentats en Irak, les attaques économiques en Europe, en Amérique, en Asie. Et ils sont aussi derrière la crise qui  touche la Grèce ».         

Tout cela dans une certaine indifférence des autorités et de la justice : en 2007, celle-ci eut à juger le nommé Constantin Plevris pour un livre faisant l’apologie des nazis, qualifiant les Juifs de sous-hommes et niant le génocide commis contre eux.            

Verdict : 14 mois de prison avec sursis. Sauf qu’il fut acquitté par la Cour suprême en 2009. Avec cet attendu qui vaut son pesant de sel : « l’auteur n’est pas coupable d’antisémitisme car il n’attaque que les Juifs sionistes ».              

Chose déplorable, l’Eglise grecque orthodoxe joue un rôle majeur dans la persistance de l’antisémitisme dans le pays. Quasi religion d’Etat (98% de la population en fait partie), elle a conservé tous ses stéréotypes anti-Juifs du Moyen-Age.                     

Ainsi, le métropolite de Salonique expliquait-il, voici peu encore, que les souffrances des Juifs, « peuple impie et illégitime », étaient leur châtiment pour avoir tué Jésus-Christ. Et à Pâques, les orthodoxes pratiquent toujours un rituel de la mise à mort de Judas-le-Juif.

En 2008, l’archevêque du Pirée accusait « les chefs sionistes, représentants de Lucifer », d’être responsables d’une loi autorisant l’incinération des morts, comparée aux fours crématoires et destinée à « brûler l’image de Dieu ».             

Aujourd’hui, c’est le Führer d’Aube dorée qui déclare à un journaliste : « Je ne regrette pas mes écrits sur Hitler. Hitler a réduit le chômage dans son pays. Nos politiciens en sont incapables ».            

Auschwitz, quoi, Auschwitz ? Je n'y suis pas allé. Que s'y est-il passé ? Vous y étiez, vous ? Il n'y avait pas de fours, ni de chambres à gaz, c'est un mensonge ». Il ne risque rien. Dans le pays qui a inventé la démocratie, le négationnisme n’est pas un délit.


 
 

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  • Par Lola - 10/08/2012 - 22:19

    Avec des mentalités aussi "primates" on n'es pas sorti de l'auberge chez moi ça veut tout dire, heureusement il existe des humains qui aiment les autres et la justice comme le CCLJ. Merci à tous.

  • Par Edith Kuropatwa - 21/11/2013 - 19:00

    Je n'avais jamais rien lu ni entendu de tel sur les Grecs: c'est épouvantable! comment une nation, à l'origine de la démocratie et en partie, de notre culture européenne, en est-elle arrivée là? Ne serait-il pas utile de lancer une campagne anti-nazis grecs dans nos médias?

  • Par Rafael Lucas - 24/04/2020 - 18:52

    Cet article est excellent par sa qualité documentaire (dates, noms, lieux, événements) et par son ton contenu, ce qui renforce son impact. Je découvre avec effarement l'ampleur de l'antisémitisme en Grèce et du coup le silence bruyant de la presse française (dans sa grande majorité) sur l'influence fasciste et antisémite dans ce pays enfermé dans son image touristique : mer bleue indigo, maisons chaulées, grillades, baignades... Je souhaite recevoir vos articles sur les formes d'antisémitisme et la culture juive moderne. Toda raba. Rafael