Décès

L'âme juive de Colin Powell

Mardi 19 octobre 2021 par La Rédaction

Colin Powell est décédé ce lundi 18 octobre. Ancien secrétaire d'Etat américain (présidence George W. Bush) et premier noir à occuper ce poste également été très imprégné de culture juive et yiddish.

Colin Powell a grandi à Hunts Point dans sud du Bronx où vivaiet une importante communauté juive. Parmi ses voisins, il y avait Norman et Amy Brash, des amis "si proches qu'ils étaient considérés comme des parents". Powell les appelait tendrement en yiddish "Mammele et Papelle". "Ne me demandez pas pourquoi ces diminutifs juifs", écrivait Powell, décédé lundi à 84 ans, dans My American Journey, son autobiographie publiée en 1995, "puisqu'ils étaient aussi jamaïcains" !

Mais, ayant grandi dans les années 1940 et 1950 dans ce qu'il appelle le "quartier fortement juif" de Hunts Point, Powell, dont les parents ont immigré de Jamaïque, avait de nombreux amis juifs. En fait, sa vie était remplie de Yiddishkeit.

La famille de Melvin Klein invitait Powell chaque semaine pour regarder Milton Berle et Molly Goldberg sur l'une des premières télévisions du quartier. Les copines les plus "proches" de la sœur de Powell étaient les sœurs Teitelbaum.

Il gagnait 25 cents chaque shabbat pour éteindre les lumières d'une synagogue orthodoxe. Et Jay Sickser, le propriétaire juif de Sickser's - le magasin de meubles "Tout pour le bébé" - a donné un emploi à Powell lorsqu'il avait 14 ans. Le futur chef d’état-major des armées travailla chez Sickser pour 75 cents de l'heure en tant que, selon ses propres termes, shlepper (manutentionnaire) à temps partiel, et y resta jusqu'à ce qu'il soit en deuxième année de collège.

[Voici une courte vidéo dans laquelle Colin Powell revient sur son petit boulot de shlepper chez Sickser’s et des gezunten keppel qu’il se prenait en plein visage. https://www.youtube.com/watch?v=n-apiFO1tEQ]

Il y a appris une quantité considérable de yiddish, qu'il s'est plu, dans les décennies qui ont suivi, à saupoudrer dans ses conversations avec des Juifs et même avec le Premier ministre d'Israël. "Men kent reden Yiddish" dit-il à un Yitzhak Shamir stupéfait, alors Premier ministre israélien, avant la première guerre du Golfe en 1991. "Nous pouvons parler yiddish".

A la fin des années 1950, alors que la drogue et la criminalité rendaient Hunts Point plus dangereux, et que les familles juives quittaient leurs appartements pour des maisons en banlieue, la famille Powell achetait un bungalow de trois chambres dans le Queens à une famille juive nommée Wiener.

Mais ce que Powell apprend sur les Juifs et le yiddish ne le quittera plus. "Laissez-moi mettre fin à cette rumeur selon laquelle je parle ou non le yiddish", a déclaré Powell lors d'un discours à la conférence de l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) à Washington en 1991. "Je ne parle vraiment pas le yiddish, peut-être un bissel (un peu), qui sait ?".

C'était plus qu'un "bissel". Dans My American Journey, Powell - appelé Collie par Sickser- raconte qu'il avait appris suffisamment de yiddish pour comprendre que, lorsque des couples discutaient en yiddish au deuxième étage du magasin du montant qu'ils étaient prêts à dépenser pour une poussette ou un berceau. Il ne leur disait pas qu'il comprenanit le yiddish mais « J'allais faire mon rapport à M. Sickser, qui arrivait et concluait l'affaire ».

En 1992, Powell s'est souvenu, lors d'un dîner de Hanoucca à l'université Yeshiva, que Sickser's lui donnait un "gezunten keppel", une "tête saine", en mimant une gifle. "Pour me garder droit", a expliqué Powell.

Powell n'avait pas l'intention de faire carrière chez Sickser's, mais Jay Sickser craignait que le jeune homme qui avait travaillé pour lui pendant tant d'années ne soit trop attaché au magasin. Il a convoqué Powell un jour, et lui a dit qu'avec des enfants et un gendre, l'entreprise leur appartiendrait un jour, et que Powell devait donc faire de bonnes études pour assurer son avenir. Powell a été touché.

"Il a manifestement pensé que j'avais suffisamment bien travaillé pour mériter d'être intégré à l'entreprise, ce que je n'avais jamais envisagé", écrit Powell. "Je l'ai pris comme un compliment".

Powell avait 11 ans quand Israël a été fondé. Un événement qui l’a profondément marqué. À Hunts Point, il y avait "de la joie dans tout le quartier", le jour où David Ben-Gourion a déclaré l'indépendance d'Israël en 1948, a rappelé Powell dans un discours au Congrès juif mondial en 2017. "Les larmes coulaient, les célébrations partout, ce n'était pas seulement les Juifs qui célébraient, le reste d'entre nous célébrait pour les Juifs. Nous avons tous partagé leur joie, la joie d'avoir une patrie", a déclaré Powell.

En tant que diplomate, Powell était considéré comme un allié loyal de l'État juif. Il n'était pas toujours d'accord avec les dirigeants israéliens et critiquait, par exemple, les actions du Premier ministre Ariel Sharon pendant la deuxième Intifada. Mais il a fait part de sa profonde préoccupation pour la sécurité d'Israël et a contribué à convaincre Sharon, en 2003, d'approuver une feuille de route pour la paix qui incluait un État palestinien.

Mais la réputation de Powell d'être aux côtés de la communauté juive va au-delà de sa diplomatie avec Israël. Il se souvient, dans My American Journey, qu'il devait prononcer le discours de remise des diplômes de 1994 à l'université Howard, historiquement noire, quelques jours après que des militants la Nation of Islam furent acclamés et applaudis par de nombreux étudiants pour avoir stigmatisé les Juifs.

Powell a décidé d'aborder le problème de front, et a dit aux diplômés : "Les Afro-Américains ont fait trop de chemin et nous avons encore trop de chemin à parcourir pour faire un détour dans le marécage de la haine".

"Mon discours à Howard a fait l'objet d'une couverture médiatique exceptionnellement large", a-t-il écrit plus tard, "non pas parce que j'étais plus éloquent que les autres orateurs de la cérémonie de remise des diplômes ce printemps-là, mais parce que ma dénonciation de la haine raciale, d'où qu'elle vienne, était un message apparemment bienvenu ».


 
 

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  • Par Roland Douhard - 19/10/2021 - 15:48

    On ne me fera pas m'émouvoir sur le destin, il est vrai, remarquable, de cet homme brillant et courageux, ami vigilant d'Israël. Cela ne suffit pas à effacer son mensonge d'Etat à l'ONU devant les caméras du monde entier, concernant des armes de destruction massive que Saddam Hussein n'a jamais possédées. La monstruosité du dictateur irakien a largement suffi à ses centaines de milliers de victimes pour le ranger dans l'axe du mal. Mais la grossière manipulation de Colin Powell, via la projection de schémas truqués et concoctés par des services bien trop complaisants, eut des conséquences dramatiques pour le Moyen-Orient et le monde. Comment donc passer sous silence ou pertes et profits cet acte gravissime ? Avoir appris le Yiddish se suffit pas pour ignorer ou oublier l'inacceptable. Paix à son âme ! A coup sûr, l'Histoire ne regardera pas son passage au poste prestigieux de Secrétaire d'Etat des Etats-Unis d'Amérique par le petit bout de la lorgnette. Je crois que l'on peut s'en réjouir.

  • Par Gisèle - 20/10/2021 - 21:43

    Je ne vois pas quelle est la plus-value de cet article.Merci de m'éclairer.