Culture/Cinéma

'Yossi', d'Eytan Fox

Mardi 5 Février 2013 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°771

Interpellé par ses étudiants en cinéma sur le devenir de Yossi du film Yossi et Jagger, le réalisateur Eytan Fox a renoué avec son personnage toujours interprété par le convaincant Ohad Knoller.

 

Yossi vit seul sa trentaine à Tel-Aviv, assumant mal son homosexualité, trouvant dans son métier de cardiologue une échappatoire à ses déboires amoureux. Lors d’un voyage dans le sud du pays, il rencontre un groupe de jeunes militaires et, parmi eux, Tom, lequel lui fait retrouver le goût de vivre... ».Eytan Fox dépeint ici le désarroi persistant de son personnage suite à la mort de son amant, dix ans plus tôt, sur le champ de bataille. Malgré sa reconnaissance professionnelle, Yossi peine à tourner la page, il est, comme le précise le réalisateur, resté au front dans une guerre contre lui-même. Le film relate son long cheminement pour s’extirper de cette solitude accablante.

Le spleen, l’apparence alourdie et la mélancolie dépressive de Yossi occupent pleinement l’écran. Avec lui, on s’enferme dans sa tour de silence. Cette délicate description d’une homosexualité difficile à vivre et à afficher au grand jour est exprimée tout en pudeur. Eytan Fox, porté par son admirable interprète, traduit cet isolement avec sensibilité. Lentement, pas à pas, la rencontre de Yossi avec le monde de l’insouciance l’appellera à déposer ses valises remplies de pierres pour goûter enfin, après une longue traversée du désert, à un amour naissant, vécu en plein jour à Eilat... lieu un peu éloigné de tout cependant.

D’une évolution personnelle à celle d’une société

A travers l’histoire de son personnage, Eytan Fox montre l’évolution des mentalités en Israël : « L’Israël dans lequel j’ai grandi était un Etat très militaire, très machiste. Aller à l’armée faisait partie de la vie de chacun; c’est ce qu’on attendait de vous, devenir un dur. Cela faisait partie de votre éducation, de votre identité. Il n’y avait pas d’alternative. On vous envoyait habituellement dans une unité de combat, comme ça a été le cas pour Yossi et pour Jagger. Il fallait être dur, il fallait être fort, et il fallait être hétéro. La possibilité d’être gay n’était même pas envisagée ».

En dix ans, de 2002 à 2012, la situation semble globalement avoir changé : « Aujourd’hui, il peut y avoir des officiers ouvertement gays dans l’armée et je crois que le film Yossi et Jagger a eu un rôle incroyable pour ouvrir l’esprit des gens, pour rendre l’armée plus tolérante. De nombreuses manières, je pense que le film Yossi et Jagger a permis à un personnage comme Tom, le jeune amant de Yossi, d’exister et d’être un soldat différent. Il est gay, ne s’en cache pas, et il a une grande confiance en lui. Il fait partie d’un groupe de soldats réellement machos et il sait se défendre et s’entendre avec eux. Il ne cherche personne en particulier lorsqu’il rencontre Yossi, mais progressivement, les deux personnages se lient »,précise le réalisateur. Le film est traversé d’une culture très israélienne, les dialogues à l’humour discret, mais tenace sous-tendent le scénario et la musique composée par Keren Ann teinte le film d’une douce mélancolie. On sort de ce film penseur, investi, sensibilisé.

N’ayant pas été d’emblée acheté par tous les complexes de cinéma d’Europe, Yossi passera néanmoins dans deux festivals en Belgique. Ce beau film identitaire pourra vraisemblablement être apprécié de tous.

Bio express

Né en 1964 à New York, Eytan Fox grandit en Israël où ses parents s’installent alors qu’il a deux ans. Son enfance et son adolescence passées à Jérusalem ainsi que son service militaire marquent fortement son œuvre. Il étudie le cinéma à l’Université de Tel-Aviv et réalise à l’âge de 26 ans son moyen-métrage Time Off, où il aborde pour la première fois le thème de l’homosexualité au sein de l’armée israélienne, remportant de nombreux prix. C’est avec Tu marcheras sur l’eau, puis The Bubble qu’il accède à une reconnaissance internationale.

Séances

Festival international du film d’amour de Mons

Mons : mercredi 20 février 2013
Infos : www.fifa-mons.be

Festival gay et lesbien de Belgique

Liège : mardi 5 mars 2013 - Bruxelles : mercredi 6 mars 2013
Infos : www.fglb.org

Lire aussi notre article Heureux comme un homosexuel en Israël


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par ARABDIOU - 1/03/2013 - 13:37

    Bonjour,

    Oui, j'ai vu ce film Yossi mi-janvier à Paris, dans une salle de cinéma multiplexe (MK2), près de centre culturel Beaubourg. La rédactrice de l'article ci-dessus retrace d'ailleurs fidèlement l'histoire et le message que le réalisateur a voulu nous faire passer.

    Je vu le lendemain dans la même salle, un film d'autre réalisateur israélien, porté au nues par toute la gauche en France, dont moi, mais j'ai été déçu. C'est la première fois que je l'ai été de la dizaine que j'ai vu au cinéma, depuis trois ans environ : Jaffa, le Cochon de Gaza, la Marié syrienne...

    Je m'apprête à voir un autre demain : Zaytoun de Eran Riklis

    Cordialement,
    Hakim ARABDIOU