Culture en confinement

Du théâtre "au creux de l'oreille"

Jeudi 28 mai 2020 par Géraldine Kamps

Depuis le 23 mars dernier, à l’initiative de Majdi Mouawad, directeur du Théâtre national La Colline (Paris), près de 80 comédiens, metteurs en scène et amis du théâtre se livrent à des lectures par téléphone. Une riche idée que Marc Kawam a souhaité importer en Belgique. Pour le plus grand plaisir des amoureux de théâtre, jusqu'au 30 mai 2020.

Le principe est simple et audacieux : il consiste à prendre un rendez-vous téléphonique avec un ou une artiste, et à recevoir « un appel rempli de chaleur humaine au creux de votre oreille ». En ces temps de confinement, et d’interruption soudaine de toutes les activités culturelles, il a fallu en effet penser autrement et développer des alternatives. « Au creux de l’oreille » est l'une d'elles.

Avec sa société de production « Ouvrir les portes », Marc Kawam a pris l’habitude depuis plusieurs années de nous faire profiter de bons spectacles et de bonnes idées dégottées notamment en France. Il n’a pas tardé après avoir découvert l’initiative de Majdi Mouawad à vouloir la transposer chez nous. « Le directeur du Théâtre La Colline s’était rendu compte que la mise en ligne des spectacles faisait perdre le côté unique de la représentation devant un public », explique Marc Kawam. « Il a donc pensé faire appel à des comédiens bénévoles pour lire par téléphone un extrait de pièce de théâtre et délivrer en direct à des audio-spectateurs une création unique ».

La recette séduit en France et procure autant de plaisir aux acteurs qu’aux auditeurs. Ils seront 6.000 à prendre rendez-vous pour profiter d’un spectacle « privé ». En Belgique, Marc n’aura pas de mal à convaincre une trentaine d’artistes de se prêter bénévolement au jeu et de ravir plusieurs centaines d’amoureux de théâtre.

Un accès direct à l’intimité

Faire venir la culture à domicile quand le citoyen ne peut plus y accéder lui-même, le comédien et metteur en scène Pietro Pizzuti a trouvé l’exercice très riche, « autant sur le plan humain que professionnel ». « Je connaissais le concept en France, et quand j’ai appris qu’une antenne belge l’avait repris, j’ai voulu essayer », confie-t-il. « Pour l’acteur, c’est u mnouveau circuit d’activité. Avec un accès direct à l’intimité et au désir des gens ».

Les auditeurs de Pietro Pizzuti sont en majorité des dames, un jeune étudiant aussi, « des enseignants et des professions libérales, un public de connaisseurs plutôt », relève le metteur en scène qui s’étonne que l’initiative, « qui n’oblige à rien si ce n’est l’expérience d’écouter lire de belles lettres », n’ait pas suscité plus de curiosité. Il n’en apprécie pas moins les échanges et la complicité rapide avec ces spectateurs de quelques minutes. « Il y a une certaine pression, mais avec laquelle on sympathise assez vite, parce que l’on s’appuie sur de grands textes. On sent une écoute très touchante, et surtout une vraie soif de culture », poursuit le comédien. Pietro Pizzuti a volontairement choisi « de partager des textes intenses et profonds vécus par les humains, en solidarité avec les temps que nous traversons », en ne révélant le titre de la pièce et le nom de l’auteur qu’en fin de lecture pour que l’écoute soit se fasse sans a priori. L’occasion pour les auditeurs d’être plus attentifs encore, de reconnaitre parfois un auteur, d’en découvrir un autre, avec qui sait de nouvelles idées de lectures. « Le fait qu’il n’y ait pas de diversion par le visage, puisque l’on ne se voit pas, permet de découvrir le procédé de construction de l’écriture et rappelle le pouvoir des belles lettres. Le travail de l’acteur consiste à restituer ce que l’auteur a voulu mettre dans ses phrases, l’oralité devant être en phase avec l’écriture. C’est de l’orfèvrerie… », affirme Pietro Pizzuti.

Si l’initiative en Belgique se clôture ce samedi, Marc Kawam n’exclut pas de la poursuivre sur le plus long terme, en formule payante, pour les personnes plus âgées, par exemple, qui auraient du mal à se déplacer. Pietro Pizzuti encourage lui-même l’équipe à poursuivre ce projet. « Nous sommes amenés à imaginer de nouveaux modes, formes et débouchés à notre métier », considère-t-il. « Celui-ci me parait passionnant et a tout à fait sa place, avec des nouvelles technologies qui peuvent aussi être utilisées à bon escient ».

Une lecture au creux de l’oreille ? Inscrivez-vous sur www.ouvrirlesportes.be/acob

 
 

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