Cinéma/Mémoire

Serena Dykman nous présente "Nana"

Lundi 16 novembre 2015 par Géraldine Kamps

Elle a aujourd’hui 23 ans, l’âge qu’avait sa grand-mère lorsqu’elle a été déportée. Et c’est pour perpétuer le message d’ouverture et de tolérance qui lui a été transmis qu’elle a souhaité faire ce film Nana. Un magnifique hommage de la 3e génération pour prévenir la jeunesse de ce qui peut arriver de pire.

 

Maryla, Alice et Serena, trois femmes, trois générations, trois pays, la Pologne, la Belgique et les Etats-Unis. « Ma mère a toujours été très attachée à raconter son histoire pour perpétuer la mémoire », confie Alice Michalowski. « Même dans les camps, elle voulait tout savoir, les noms des SS et un maximum de précisions sur les faits, pour tout raconter et pour témoigner, le jour où elle sortirait ! »

Maryla Michalowski est une jeune fille pendant la guerre. Elevée dans une famille juive très ouverte, des grands-parents religieux sans pour autant manger casher, elle suit sa scolarité dans un « gymnasium » en Pogne, où elle apprend l’allemand. Elle commencera des études universitaires en médecine avant de les voir interrompues par la guerre... « A l’école déjà, on la surnommait « rebeliantka » », explique sa fille Alice. « Elle contestait et réagissait à la moindre remarque antisémite. Puis, la guerre a éclaté en mettant malheureusement fin à ses projets ».

Déportée en 1943, Maryla Michalowski restera près de deux ans à Auschwitz, échappant de justesse aux chambres à gaz. Ses connaissances en allemand et une première année de latin lui permettent en effet d’être choisie comme interprète du redoutable Dr Mengele. « Grâce à son intelligence, sa débrouillardise, sa jeunesse, et un peu de hasard, elle s’en est sortie », soutient Alice. « Mais elle est revenue seule, ayant perdu à Auschwitz toute sa famille ».

Grâce à sa détermination et à son optimisme, Maryla Michalowski parvient ensuite à transcender sa souffrance et son vécu vers une ouverture, une tolérance et une empathie à l’égard des autres communautés. « Elle voulait préserver la jeunesse de ce qui pouvait se passer dans un monde où dominent les préjugés et l’intolérance », poursuit Alice.

Si Maryla avait bien l’intention de tout raconter, et a décidé de témoigner publiquement lorsque sont apparus les premiers négationnistes, c’est sa petite-fille, Serena Dykman, cinéaste, âgée de 11 ans à son décès en 2003, qui reprend aujourd’hui le flambeau.

Résidant à New York, Serena venait de rentrer à Bruxelles le jour de l’attentat au Musée juif. Elle se trouvait à Paris lors de l’attaque à l’Hyper Cacher. Le livre de sa grand-mère, Mémorial des morts sans tombeau, elle le gardait depuis longtemps auprès d’elle, sans parvenir à l’ouvrir... « J’ai attendu un peu pour grandir, et pouvoir agir », confie la jeune femme de 23 ans, qui le lira finalement d’une traite après les attentats de Paris. « J’ai alors réalisé que ma grand-mère n’était pas juste une survivante, une Juive, une Polonaise, elle était une vraie combattante pour la tolérance », estime-t-elle.

Un message universel

Forte d’un parcours cinématographique déjà largement primé, réalisatrice de Welcome, traitant du drame de l’immigration américaine diffusé récemment dans une trentaine de festivals, Serena Dykman et sa mère Alice ont décidé de se mettre ensemble pour produire ce documentaire sur Maryla. Un film de 90 minutes dans lequel on suit la jeune fille découvrant l’histoire de sa grand-mère. « Si moi, issue de la troisième génération, je ne raconte pas son histoire, qui le fera ? », interroge-t-elle. « Parce que nous portons son histoire de génération en génération, nous avons voulu être ma mère et moi devant la caméra. Pour que cela devienne aussi une quête personnelle et que d’autres jeunes de mon âge puissent s’identifier à moi. Ma grand-mère a toujours eu une excellente relation avec la jeunesse, elle parvenait à captiver son auditoire, avait beaucoup d’humour et ne se victimisait pas. Je veux rendre son message de tolérance universel ».

Tourné en mars 2015, comprenant notamment une interview du président du CCLJ, Henri Gutman, et de Ina Van Looy, directrice de « La Haine, je dis NON ! », le documentaire « Nana », qui a déjà décroché le Alan Landsburg Awards pour sa bande-annonce, est actuellement en phase de postproduction. Une étape très coûteuse, pour laquelle Serena Dykman a lancé le 1er novembre une collecte de fonds via Kickstarter : « On dispose de 80 heures d’archives de ma grand-mère », souligne Serena Dykman, « notamment des témoignages enregistrés pour la Fondation Auschwitz et la Fondation Spielberg que nous devons digitaliser. Nous devons aussi couvrir les frais des voyages en Belgique, à New York, à Auschwitz, le coût des monteurs, des journalistes, de tout ce qui est son, la musique, les droits d’auteurs… On espère atteindre les 40.000 dollars pour le 6 décembre 2015 ». Sans quoi, tout sera perdu, et le montant investi par les donateurs restitué. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire…

Plus d’infos http://www.nanafilm.com


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par HENRI GUTMAN - 16/11/2015 - 19:40

    Maryla s'appelait Diamant et c'en était vraiment un. Elle était l'amie de ma maman qui a connu un parcours fort semblable au départ de la même ville en Pologne, pas loin d'Auschwitz ...Bravo Serena et bonne chance ! Henri Gutman

  • Par gustavo enrique... - 17/11/2015 - 0:35

    bon soire a tous. est-ce q'il n'y a pas, peut-être, un numéro de copte pour faire un virement, ou est-ce qu'on peut déposer quelque part, chez vous par exemple, ça petite coopération ?

  • Par geraldine - 17/11/2015 - 9:41

    Gustavo Enrique, tout est clairement indiqué sur le site HTTP://WWW.NANAFILM.COM
    Bien à vous
    G. Kamps