Culture/Livres

Richesse du cinéma israélien

Vendredi 22 Février 2013 par Propos recueillis par Hannah E.
Publié dans Regards n°771

Journaliste et présidente d’honneur du Festival du cinéma israélien à Paris, Hélène Schoumann publie un magnifique dictionnaire dédié au 7e art de ce pays. Un vibrant hommage qui témoigne d’une société colorée et bouillonnante.

Hélène Schoumann

Qu’est-ce qui fait la particularité du cinéma israélien ? L’énergie. Il est plein de créativité et de drôlerie, à l’instar du cinéma italien des années ’60. De par une certaine façon de filmer, on est confronté à la beauté de l’image et au sens du dialogue. Je suis aussi frappée par la jeunesse et la vitalité que dégagent les réalisateurs ou les acteurs. Il émane d’eux une telle émulsion. Ce pays a beaucoup à dire quant au conflit, aux problèmes sociaux et à ses nombreuses composantes. Loin d’être manichéen, le cinéma israélien est riche. Il fait preuve de tant de démocratie qu’il n’hésite pas à critiquer son pays. Digne de ce dernier, il ne cesse de se renouveler.

Dans la préface de votre livre, Jérôme Clément estime que le 7e art « donne une photographie réaliste d’Israël ». Pourquoi ? Parce qu’il suffit de regarder ces films pour entrer en Israël à partir de son siège. On voit soudain les gens vivre dans ce pays si contrasté, qui évolue entre le désert, la mer et la Galilée. Cette terre est si belle que les réalisateurs aiment filmer en décor naturel. Mais derrière ces paysages, il y a des histoires… Alors que le cinéma français est de l’ordre du psychodrame, celui d’Israël est tourné vers l’extérieur, le dehors. Chaque cinéma reflète une société. Ici, on est face à une jeune nation, pleine de problèmes. Israël est pris entre ses voisins palestiniens, sa population arabe et ses multiples ethnies. N’oublions pas que cette terre est à majorité juive, or les Juifs se posent toujours des questions (rires). Aussi son cinéma n’est-il pas serein ! Il possède une spécificité qui lui est propre. Il est émergent et encore très fragile.

« Devenu incontournable », en quoi a-t-il évolué par rapport à ses débuts ? Le cinéma israélien existe déjà sous mandat britannique. A l’époque, il produit plutôt des films de propagande pour faire venir les gens, comme Avoda (Travail). L’enfant perdu est le premier film parlant (1933). Il révèle, après-coup, l’écart émouvant entre un bambin qui rêve de construire un pays et un million et demi d’enfants qui vont périr lors de la Shoah. Au départ, on ne voit pas l’utilité du 7e art, qui va mettre des années à émerger. Les « films bourekas » ont du succès lorsque  les Orientaux débarquent en Israël, mais avec l’avènement du Fonds d’aide israélien et les 17 écoles cinématographiques, on assiste à la création d’un cinéma d’auteurs. Les événements historiques l’ont servi, mais aujourd’hui, on aspire à la paix. S’il connaît un succès international, c’est parce qu’il aborde des thèmes universels comme la guerre, l’amour et la mort.

Pourquoi avoir imaginé ce Dictionnaire du cinéma israélien ? Tout simplement, parce qu’il n’existait pas avant ! Mon livre se veut une déclaration d’amour à ce cinéma, ses acteurs et ses metteurs en scène. J’avais envie de les raconter, non pas sous forme de thèse, mais de beau livre destiné au grand public. Le choix des photos encourage d’ailleurs les lecteurs à s’y promener. Il s’agit aussi de dire que j’aime Israël. Ses films méritent qu’on s’y attache, car ils nous offrent une plongée dans cette société unique. En les regardant, on a l’impression de mieux la connaître.

Synopsys

Envie d’une « approche de la société israélienne, toujours en mouvement, en débat et en interrogation » ? Alors, plongez dans le Dictionnaire du cinéma israélien, que lui consacre Hélène Schoumann. Il ne se lit pas de façon chronologique, mais alphabétique. Cette gourmandise instructive est peuplée d’artistes merveilleux et de films savoureux. Il se découvre avec bonheur, tout en illustrant l’histoire du pays sous un jour inédit. Hélène Schoumann ne cache pas son admiration pour « ce vent de liberté, exempt de toute censure, on peut tout dire, tout montrer, tout critiquer »,dans ce cinéma.Ce travail lui a pris cinq ans, alors il mériterait d’être traduit en hébreu !

Hélène Schoumann, Dictionnaire du cinéma israélien, éditions Cosmopole

Festival du Film israélien : du 3 au 10 avril 2013, Paris.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par BOOZ - 22/02/2013 - 12:17

    Merci à Hélène Schoumman de son opus.

    Je suis parisien, je ne manquerai pas ce festival dont les thématiques (developpées notamment dans les films d'Eran Riklis, Eytan Fox) les atmosphères particulières (Ah, "Les Méduses" , d'Etgar Keret!) , l'empathie pour les personnages (" Jaffa", "Ajami" "Bonjour M. Shlomi")... prouvent à chaque instant la sottise des sectaires et des haineux de BDS.

    Je ne peux pas me rappeler sans amertume la déprogrammation imbécile par les cinémas Utopia de "A cinq heures de Paris"